Parler d’argent avec le sourire

Selon Pierre-Yves McSween, il ne faut pas attendre une pandémie ou une inflation galopante pour changer sa façon de gérer ses finances personnelles.

Portrait de Pierre Yves McsweenAdil Boukind

«Non, l’argent ne fait pas le bonheur, loin de là. En revanche, la pauvreté non plus.» C’est ce que clame Pierre-Yves McSween, assurément le comptable le plus connu du Québec, une figure médiatique doublée d’un visage rassurant en ce qui concerne nos finances personnelles. Qu’il soit à la radio (au 98,5 FM) ou à la télévision (L’indice McSween, à Télé-Québec), ou encore dans ses ouvrages (En as-tu vraiment besoin ?, Liberté 45, La facture amoureuse – ce dernier coécrit avec Paul-Antoine Jetté), c’est toujours sur un ton léger, avec des exemples concrets – dont plusieurs tirés de son quotidien,« quitte à se faire niaiser»! – qu’il nous incite à réfléchir sur l’importance de prendre nos affaires en main. Et à ne pas croire que la consommation excessive est la solution à tous nos problèmes.

Après plus de deux ans de pandémie, et maintenant à l’heure de l’inflation galopante, Pierre-Yves McSween garde le sourire, mais ne croit pas à une révolution dans nos manières de consommer et d’épargner. Car du haut de son poste d’observation, s’il voit beaucoup de gens habités par l’urgence d’économiser, il remarque que beaucoup d’autres sont habités par l’urgence de vivre. Quitte à hypothéquer de nouveau leur maison.

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Comment décririez-vous notre rapport avec nos finances personnelles depuis deux ans?
Tout cela a pris une drôle de tangente. Ce fut d’abord la panique, se demandant ce qui arriverait de nos vies, de nos emplois. Après le choc, on a assisté à une remontée des indices boursiers, et beaucoup d’argent de l’État a été injecté dans l’économie, d’où un sentiment, paradoxal, d’abondance pour ensuite revenir à la réalité, à la prudence. Parce que les gens se sont mis à rénover leur maison, à acheter un chalet, un véhicule récréatif, mais tout à coup les taux hypothécaires ont augmenté: voilà le problème.

La preuve que les comportements n’ont pas changé, c’est qu’au moment de la réouverture de l’économie, les gens se sont rués pour se procurer un passeport, voyager, et les concessionnaires de voitures sont en rupture de stock. Beaucoup se procurent des véhicules à essence parce qu’ils sont moins chers, alors qu’il y a une attente de deux ans pour ceux qui roulent à l’électricité. À l’opposé, regardez les compagnies qui offrent la livraison de boîtes-repas, un système parfait à l’heure de la COVID-19: la demande et leurs indices boursiers sont à la baisse depuis que les gens n’ont plus peur d’aller à l’épicerie.

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Certains croyaient que nous allions assister à une petite révolution dans nos comportements de consommateurs. Vous n’étiez pas de ceux-là?
L’être humain est drôlement fait: il va modifier ses habitudes seulement lorsqu’il n’aura pas le choix. En fait, la population change quand le porte-monnaie est poussé dans ses derniers retranchements. C’est rarement lié à un désir profond de mener une nouvelle existence, à moins d’avoir pris de bonnes habitudes étant jeune.

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L’éducation financière à grande échelle serait-elle la clé pour un véritable changement?
L’éducation financière a fait un retour dans les écoles secondaires, et j’ai participé à la mise en place d’un projet très utilisé. On a compris que c’était aussi important que l’éducation sexuelle ou à la citoyenneté. Car les choses ont changé. Avant, on valorisait beaucoup l’éducation ; maintenant, avec Internet et les réseaux sociaux, on nous vend le succès rapide… et la promotion de la finance, un phénomène qui n’existait pas avant. Autrefois, on rentrait dans une usine, on cotisait à un régime de retraite, et une fois sorti de l’usine, notre maison était payée. Maintenant, on a besoin de deux salaires pour joindre les deux bouts, et ça exige de l’autogestion, car si l’État donne encore des services, nous ne sommes plus pris par la main. Travailler 30 ans au même endroit, c’est du passé ; on peut désormais occuper jusqu’à six ou sept emplois différents durant sa vie. En plus, payer pendant 25 ans pour une maison avant l’âge de 40 ans, ça peut aller, mais obtenir une hypothèque étalée sur 25 ans à l’âge de 50 ans et continuer de payer au moment de sa retraite, ça ne marche pas du tout.

À une autre époque, l’essayiste Serge Mongeau a connu un grand succès avec La simplicité volontaire, paru en 1985, souvent réédité depuis. Voyez-vous des parallèles entre son approche, à saveur écologiste, et la vôtre dans En as-tu vraiment besoin ?
Serge Mongeau a été un précurseur, mais en le lisant, on avait l’impression qu’il prônait une existence à côté du système. Pour ma part, je préconise une vie moins dépensière, plus optimale, afin de s’offrir une marge de manœuvre financière. Dans chaque chapitre de mon livre, je pose la question : en as-tu vraiment besoin ? Parfois, la réponse, c’est oui ! Ma démarche est d’examiner la société dans laquelle nous vivons, avec ses règles du jeu, pour montrer comment fonctionne ce monde et faire ses propres choix. Au bout du compte, peu importe votre motivation, consommer moins a un impact écologique et vous amène dans la bonne direction.

D’ailleurs, comment expliquez-vous le succès de votre livre, vendu à 200 000 exemplaires depuis sa parution en 2016?
Je parlais d’argent avec le sourire ! Ensuite, il y a le contexte. Les réseaux sociaux s’émancipaient et les gens semblaient croire que tout le monde avait les moyens de tout acheter. Les rues étaient pleines de voitures de luxe, les achats de maisons et de chalets augmentaient sans cesse, mais je regardais les statistiques et les données en me disant : quelque chose ne fonctionne pas. Mon livre est sorti au moment où nous avions peut-être atteint la limite. Le sujet des finances personnelles est important parce que les gens sentent qu’on remet entre leurs mains une part de responsabilités.

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