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Peut-on se fier à l’IMC?

L’IMC mesure la corpulence, mais que révèle-t-il vraiment sur l’état de santé et la forme physique ? Comment interpréter l’IMC? Des spécialistes se prononcent.

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L’indice de masse corporelle (IMC)

L’indice de masse corporelle (IMC) passe pour le meilleur indicateur de la masse graisseuse, mais de plus en plus de scientifiques pensent qu’il n’est pas aussi révélateur qu’on le croit. En 2013, selon un éditorial de la revue Science, il ne mesure pas avec précision la distribution et le volume de cette graisse (elle est moins nocive lorsqu’elle est également répartie que si elle est concentrée sur le ventre, car elle s’accumule autour des organes internes) ni le pourcentage de tissu musculaire et adipeux (les culturistes peuvent présenter l’IMC d’une personne en surpoids ou obèse).

Selon les estimations, 24 % des adultes dont l’IMC est « normal » montrent en réalité des symptômes d’insulinorésistance et sont plus exposés que la moyenne aux maladies cardiaques, peut-être parce qu’ils ont beaucoup de graisse et peu de muscle. A contrario, 10 % des adultes « obèses » d’après l’IMC sont en bonne santé, sans doute parce qu’ils sont très musclés.

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Devrait-on se fier à l’IMC?

Tout dépend de l’usage qu’on en fait. Selon le Dr Arya Sharma, professeur en médecine et président de la chaire de recherche sur l’obésité à l’Université de l’Alberta, l’indice demeure utile aux autorités sanitaires par exemple, qui veulent savoir si la population nationale prend du poids. « Dans un large échantillon, la corrélation entre l’indice et la masse graisseuse est bonne, explique-t-il. Si l’on calcule l’IMC de 1 000 sujets, le groupe qui obtient la moyenne la plus élevée sera aussi le plus corpulent. Sur le plan individuel, en revanche, l’IMC ne veut pas dire grand-chose. Prenez deux sujets qui ont exactement le même résultat : la graisse peut représenter 40 % de la masse corporelle chez l’un, qui aura tous les problèmes qui accompagnent l’obésité, et à peine 20 % chez l’autre, qui sera en bonne santé. »

L’IMC est surtout utile à la recherche, convient Len Kravitz, spécialiste en physiologie sportive et membre du conseil consultatif de CanFitPro, un organisme de certification des professionnels du conditionnement physique. « Dans certains cas, il mesure mal les risques liés au poids. »

Santé Canada admet également que l’IMC a ses limites quand on l’applique à des individus. Sa position officielle : un poids idéal ne peut pas être déterminé par le seul IMC. D’autres facteurs – la proportion de masse musculaire, l’origine culturelle, les habitudes de vie, la forme physique et autres risques pour la santé – doivent être pris en considération.

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Les nouveaux instruments pour mesurer l’IMC

Les indicateurs qui tiennent compte du tour de taille semblent plus fiables. Dans le cadre d’une étude menée en 2012 au City College de New York, un indice appelé ABSI, basé sur la taille, le poids et le tour de taille a prédit le taux de mortalité au sein d’un échantillon de 14 000 sujets avec plus de précision que l’IMC.

Une analyse de 31 études effectuée la même année à l’Université Oxford Brooks en Grande-Bretagne a déterminé que le rapport du tour de taille à la taille (le premier, mesuré à 2,5 cm au-dessus du nombril, divisé par la seconde) permet de mieux prédire les maladies, y compris le cancer, les AVC et les problèmes cardiaques que le tour de taille ou l’IMC seuls. Les deux méthodes sont employées au Canada, mais pas encore de manière généralisée.

Le Dr Sharma précise que ces outils ne permettent pas de savoir si la graisse abdominale est saine ou non. Même une mesure du pourcentage de masse graisseuse – à l’aide d’un pèse-personne spécial ou d’une pince à plis cutanés dans une salle de sport – ne vous le dira pas. « Le pourcentage de masse graisseuse, dit-il, n’est pas un indicateur sûr de l’état de santé, pas plus que l’IMC. »

Pour en avoir le cœur net, demandez à un médecin de prendre votre tension artérielle, de mesurer votre taux de glucose et de cholestérol sanguin et de vous examiner en se concentrant sur les risques liés à l’obésité comme les maux de dos, les brûlures d’estomac, l’arthrose et l’apnée du sommeil. Selon le Dr Sharma, « aucun autre outil – ni le pèse-personne, ni le ruban à mesurer, ni le calculateur de l’IMC – n’est aussi efficace ».