Les secrets qu’il faut partager (et comment…)

Ne les gardez pas pour vous! Tout le monde a des secrets. Voici ce qu’il y a de bon parfois à les partager.

Illustration sur les secrets qu'il faut partagerIllustration de Tallulah Fontaine

Il y a 30 ans, Allison McColeman, aujourd’hui âgée de 55 ans et vivant à Toronto, s’est bien gardée de révéler à sa famille qu’elle avait pris mari. Elle craignait que son mariage n’alimente les conflits avec ses parents. Elle savait bien que son beau-père n’aimait pas cet homme et, comme elle fréquentait ce dernier depuis moins d’un an, que sa mère serait inquiète. Dans son for intérieur, elle-même doutait au reste de son initiative.

«Cela m’embarrassait de leur dire la vérité», se rappelle-t-elle. Aussi leur a-t-elle présenté son conjoint simplement comme son petit ami. Seuls ses amis proches ont su qu’elle avait discrètement épousé ce charmant Irlandais à la mairie… Aussi, admet-elle, pour l’aider à obtenir la citoyenneté canadienne. On serait passés à un «vrai» mariage si l’union se révélait durable.

Le couple s’est au contraire disloqué un an plus tard. Et ce n’est qu’après cinq ans que Allison a enfin avoué son mariage à sa mère (son beau-père était alors décédé). Entre-temps, même si l’homme qu’elle avait marié était rarement évoqué dans leurs conversations, elle ne pouvait s’empêcher de penser à son secret. C’était comme s’il y avait eu dans la pièce un éléphant qu’elle seule voyait. «J’avais le sentiment de mentir à sa mère depuis une éternité. Après, je me suis sentie plus légère.»

Nous avons tous nos secrets, même s’ils ne sont pas toujours aussi romanesques qu’un mariage. S’il n’est pas nécessaire que tout le monde sache tout, les avantages qu’on retire à partager un secret sont souvent plus grands que les dommages qu’on redoute. Voici quelques repères pour éviter les maladresses.

Demandez-vous si vous en souffrez

Un secret peut être un poids sur la conscience. Voilà ce qui a d’abord piqué la curiosité du psychologue Michael Slepian, professeur adjoint à l’université Columbia, à New York. Ses travaux ont révélé que 97% des sujets ont un secret et que, en moyenne, tout le monde en a 13 à tout moment de sa vie. Mais garder des secrets a été corrélé avec des relations moins satisfaisantes, des taux d’anxiété et de dépression plus élevés et un moindre sentiment de bien-être. La liste des secrets courants dressée par le spécialiste compte 38 catégories qui vont du grave (infidélité, dépendance) au léger (manie gênante, biens dissimulés).

Tous les types de secrets peuvent déstabiliser la santé mentale, mais cela ne résulte pas du stress même de la dissimulation. L’indicateur le plus significatif à cet égard, c’est plutôt la fréquence à laquelle vous y pensez machinalement, comme si vous grattiez une croûte. Et, ajoute le psychologue, vous y penserez d’autant plus que le secret concerne votre identité profonde (un mariage caché) plutôt qu’une banalité (la réserve de chocolat que vous dissimulez à la famille). «Cela dit, conclut-il, le plus difficile, ce n’est pas de devoir taire un secret, mais de devoir le porter seul.»

Ne pas confondre honte et culpabilité

Les secrets les plus lourds sont en général ceux dont on a honte. Beaucoup d’entre nous savent combien la honte peut nous inciter à la boucler. Mon mari aime à me rappeler que j’ai «oublié» de lui dire que je voyais un médium parce que je savais qu’il trouverait ça nul et que ce n’était que de l’argent gaspillé. Si Allison McColeman n’a pas révélé son mariage à sa famille, c’est entre autres parce qu’elle devinait que son petit ami se servait d’elle et qu’elle avait honte de sa naïveté.

Selon Michael Slepian, le côté le plus malsain de la honte – et ce qui la distingue de la culpabilité –, c’est que quand vous avez honte, vous vous dites je ne vaux rien, alors que quand vous vous sentez coupable, vous vous dites j’ai mal agi, ce qui est beaucoup plus sain. Partager un secret peut vous aider à dépasser la honte pour réfléchir à votre action. Si vous estimez avoir mal agi, ajoute-t-il, vous pourrez vous tracer une ligne de conduite différente, «tirer des leçons de vos erreurs».

Confiez-vous…

La façon la plus facile de réduire le poids d’un secret, poursuit le professeur, c’est de le confier à quelqu’un – à un ami, à un thérapeute, et même à une connaissance en ligne. L’avouer devrait déjà réduire les ruminations comme si vos émotions retrouvaient un peu de jeu. Mais Michael Slepian précise que ce n’est pas la simple confession qui dégage la mémoire de son ornière, mais la conversation qui l’accompagne.

«Une confession anonyme sur internet peut sembler un succès pendant 10 secondes, dit-il. Une conversation avec une personne de confiance, c’est autre chose. Votre interlocuteur peut cette fois vous apporter une perspective originale, du soutien affectif, vous prodiguer des conseils. Ne serait-ce qu’en vous écoutant, il peut vous faire percevoir le problème autrement et vous permettre d’avancer.

… mais choisissez bien votre confident

Selon Michael Slepian, les gens répètent 26% des secrets qu’on leur confie; révéler quelque chose que vous voulez garder vraiment secret (ou presque) est donc un pari risqué. Il faut dès lors bien choisir l’interlocuteur qui a une morale et des valeurs proches des vôtres. «On répétera plus facilement votre secret si on est scandalisé par votre conduite, affirme-t-il. Évitez par conséquent de confier à une personne un aveu qui la choquera.»

Gardez-vous par exemple de dire que vous vous êtes entichée d’un collègue (alors que vous êtes déjà mariée) à l’amie qui verrait une trahison dans le seul fait de regarder quelqu’un d’autre. Faites-en plutôt état à la copine qui traite ces innocentes rêveries pour ce qu’elles sont et qui saura vous convaincre que vous n’êtes pas un monstre condamné à détruire votre famille.

Tout au fond d’elle-même, au-delà du tracas et de la honte, Allison McColeman savait que sa mère réagirait bien. «Elle a été étonnée, mais ne s’est pas fâchée.» Par-dessus tout, elle était heureuse que sa fille aille bien, ait divorcé et ait refait sa vie. «Quant à moi, je me sentais bien mieux une fois libérée de ce poids.»

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