La double vie (secrète) de mon mari

Qu’est-ce que mon mari pouvait avoir en commun avec une star du rock des années 1980? Plus que je ne le croyais…

Illustration Joleen Zubek Montage PhotoIllustration: Joleen Zubek Montage Photo
À 20 ans, un homme que je connaissais à peine m’a demandée en mariage sans bague de fiançailles. J’ai dit oui.
Nos amis se sont inquiétés d’une décision aussi rapide qui allait nous expédier à New York, loin du Tennessee où nous étions. Une vieille dame de l’église m’a écrit un mot me conseillant d’attendre de mieux connaître mon fiancé. J’ai eu droit à l’intervention larmoyante de ses amies. L’un de nos professeurs a trouvé notre projet discutable. Ma mère refusait d’appeler mon fiancé par son prénom – David – préférant dire le «parfait étranger».

Mais nous étions amoureux. Après avoir décliné les rencontres de préparation au mariage (inutile, insistions-nous), David et moi avons convolé en justes noces et emménagé à Manhattan. La nuit, quand nous nous assoyions dans l’escalier de secours grinçant et étirions le cou, nous voyions l’Empire State Building.

La vie était aussi romantique qu’une chanson d’amour. Jusqu’à ce jour où le téléphone a sonné.
«Puis-je parler à David?», a susurré la voix sensuelle d’une femme.
J’ai passé le combiné à mon nouveau compagnon.
«Faux numéro», a-t-il dit en raccrochant.
Quelques heures plus tard, le téléphone a sonné de nouveau. Encore une voix de femme. Je tournais autour de l’appareil. Mon époux apparemment fidèle menait-il une double vie?
Faux numéro, a-t-il répété. Les appels se sont faits plus réguliers, le jour comme la nuit. Si bien que je ne m’étonnais plus d’entendre ces voix haletantes céder aux soupirs de déception.
David raccrochait toujours avec exaspération. Ou faisait-il semblant?
Quand il n’était pas là, je notais les messages. Desiree. Brandy. Jill. Elles se montraient parfois irritées de ne pas le trouver. L’une d’elles a même pleuré. «On était ensemble hier.
— Où ça? ai-je demandé.
— À SoHo.»

Photo Fin Costello GettyCostello Getty

Avocat… ou chanteur?

Le quartier était près de chez nous. Mais mon mari travaillait dans un cabinet d’avocats du Midtown, à quatre kilomètres. Enfin, c’est ce qu’il disait. M’étais-je plantée à ce point ? Mes amis avaient raison; je ne le connaissais pas. Et si notre relation était une ruse? Comme dans ces histoires où les gens se marient puis découvrent que leur conjoint mène une double vie.
«Mais de quel David parlez-vous? ai-je demandé. Grand, blond?
— Et séduisant, a-t-elle ajouté avec sarcasme. Vous voulez dire que j’ai le mauvais numéro? Je l’ai sous les yeux, c’est même lui qui l’a noté.» Elle l’a lu. C’était le nôtre.
J’étais troublée et blessée. Derrière toutes ces voix féminines, j’entendais les mises en garde des amis dont j’avais fait fi.
J’ai fini par trouver le courage d’affronter mon mari. «Tu m’expliques ce qui se passe? Quand c’est un faux numéro, d’habitude on ne connaît pas le nom de la personne qui répond.»
David était aussi déconcerté que moi. Du moins en apparence.
Puis un homme a appelé. «Désolée, il travaille, ai-je répondu.
— Tout ce qu’il fait doit passer par moi», a craché l’homme. Je connais mal les habitudes des cabinets d’avocats en matière de rôles et de responsabilités, mais manifestement David avait fait un faux pas.
«Qui êtes-vous ? ai-je demandé.
— Je connais David depuis des années, a-t-il éructé. C’est plutôt à moi de demander qui vous êtes.»
Il n’avait pas tort. J’étais une nouvelle arrivée. À force de vouloir aimer, j’avais mis de côté les détails gênants, comme le fait que je connaissais à peine l’homme que j’avais marié.
«Je suis sa femme.» Ce statut pesait son poids dans ma bouche.
Silence. Long.
«Pourquoi ne m’en a-t-il rien dit? a-t-il fini par lâcher.
— Ça s’est décidé très vite», ai-je réagi avant de me lancer dans la défense du mariage spontané, mais quand même avec moins d’enthousiasme qu’avant.
— Je vous reviens tout de suite, dit-il. Il ne faut surtout pas en parler. On va résoudre ce problème.
— Je ne suis pas un problème à résoudre!
— Êtes-vous…?»

Il s’interrompit, puis d’une voix presque inaudible: «… enceinte? Vous attendez un petit David Lee?
— Lee? ai-je demandé. Non, lui c’est Austin. Je connais tout de même le deuxième prénom de mon mari.
— Et moi je connais le deuxième prénom de mon client.
— Votre client? L’avocat David French?
— Non, je parle de David Lee Roth, le chanteur.»

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