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Ma rencontre avec un ours noir en Colombie-Britannique

Découvrez ce témoignage sorti des archives du Reader’s Digest de 1965: «Au cours d’une excursion au fin fond de la Colombie-Britannique, j’ai fait la rencontre d’un ours noir. Je lui ai donné un poisson. Il m’a offert son amitié.»

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Rencontre avec Bosco l'ours noir.Pictureguy/Shutterstock

Bosco, l’ours noir

J’ai rencontré Bosco dans une région reculée de la Colombie-Britannique, non loin du mont Robson. À la fin d’une longue journée de randonnée, je m’étais fabriqué un abri avec une bâche près d’un ruisseau, et je m’apprêtais à pêcher mon repas. Quand j’ai levé les yeux, il était là: un énorme ours noir, tournant lentement autour de la clairière, à 30 mètres de moi.

Il n’avait pas encore de nom, et sa présence m’a inquiété. Mes provisions étaient à sa portée et, s’il était d’humeur à me piller, il n’avait qu’à les prendre puisque je n’étais pas armé. J’ai continué de pêcher comme si de rien n’était. L’ours s’est avancé.

Lors d’une sortie en auto, vous aurez peut-être la chance d’apercevoir ces animaux près des routes au Québec.

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Les premiers échanges avec Bosco, l'ours noir.loflo69/Shutterstock

Les premiers échanges

Je vis avec des animaux sauvages depuis 30 ans, en respectant toujours leur première peur – les mouvements brusques –, alors j’ai laissé l’ours observer chacun des gestes que j’esquissais. Il s’est bientôt assis sur ses pattes arrière, à moins d’un mètre et demi de moi, extrêmement intéressé par ma pêche. Lorsque j’ai attrapé une truite, je l’ai lancée dans sa direction. Il l’a engloutie sans se donner la peine de mâcher. Et quand j’ai relancé ma mouche, il s’est rapproché, a planté ses fesses bien rembourrées sur l’herbe à côté de ma botte et appuyé la moitié de ses 225 kilos contre ma jambe droite!

La nuit est tombée et j’ai continué à pêcher pour cet ours, fasciné par ses manières débonnaires et son insatiable appétit. Dans ma tête, j’ai commencé à l’appeler affectueusement Big Bosco et je ne me suis pas inquiété quand il m’a suivi jusqu’à mon campement.

Après le repas, j’ai allumé un feu et me suis assis sur le sac de couchage, sous l’abri, avant d’allumer ma pipe. Pendant tout ce temps, Bosco se tenait assis juste à l’extérieur du périmètre de chaleur du feu, mais quand il m’a vu confortablement installé, il est venu à côté de moi. Abstraction faite de la puanteur de sa fourrure humide, j’appréciais plutôt sa chaleur. Quand la fumée a été soufflée dans notre direction, il a reniflé et éternué, et j’ai imité la plupart de ses mouvements corporels, y compris les éternuements et reniflements, dodelinant de la tête et humant l’air comme lui.

Rencontrer un ours aurait pu faire partie de ces catastrophes qui pourraient vous arriver en voyage!

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La première nuit avec un ours noir.Dee Carpenter Originals/Shutterstock

Le rapprochement

Puis Bosco a commencé à me lécher les mains. Devinant ce qu’il cherchait, je lui ai donné une poignée de sel. Plein d’enthousiasme, il a plaqué ma main au sol de ses griffes de cinq centimètres – capables d’arracher l’écorce d’un thuya mature, des griffes capables de supporter ses 225 kilos lancés à pleine vitesse vers le sommet des plus hauts arbres, des griffes qui pourraient trancher un corps humain comme une scie à ruban. Finalement, le dernier grain de sel a disparu, et nous nous sommes rassis côte à côte. Je me suis demandé si je rêvais. Bosco s’est remis sur ses quatre pattes, a émis un long rot sonore à l’haleine de poisson, puis il a disparu dans l’obscurité pluvieuse. Il est bientôt revenu – avec un message. Il s’est assis près du sac de couchage et a tenté de gratter sa croupe juste au-dessus de sa queue, mais il ne pouvait l’atteindre. À plusieurs reprises, il m’a gentiment bousculé en grognant sauvagement en direction de sa démangeaison. J’ai fini par comprendre et j’ai posé une main légère sur son dos. Il s’est aplati pour occuper les deux mètres de l’abri tandis que je commençais à gratter sa fourrure dense et huileuse.

Puis la véritable raison de sa visite m’a sauté aux yeux. Juste au-dessus de sa queue écourtée, plusieurs tiques gorgées de sang étaient incrustées dans sa chair enflée.

Lorsque j’ai extrait le premier parasite, j’ai cru que j’allais être mis en pièces – son rugissement a fait trembler la forêt. Mais j’étais déterminé à finir le travail. Chaque fois que je retirais une tique, je lui montrais pour qu’il la renifle avant de la laisser tomber dans le feu, et avant que j’ôte la dernière, il me léchait déjà aimablement la main.

Au rythme de ses allées et venues, de sa truffe froide et humide, l’ours m’a réveillé plusieurs fois au cours de la nuit. Mon sac de couchage ressortait plus mouillé et boueux chaque fois qu’il se tapissait à côté de moi.

Amateur d’histoires qui finissent bien, lisez le témoignage de Jean, qui s’est perdue dans la forêt du Pacifique.

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Bosco, l'ours noir gourmand.worldswildlifewonders/Shutterstock

Bosco, le gourmand

Le lendemain je suis reparti par-delà une crête pour traverser les eaux froides d’une rivière en contrebas, avant de remonter vers le sommet suivant, dans les fourrés de bouleaux et d’aulnes, puis le long d’une large rivière courant vers le nord au creux d’un canyon. À ma grande surprise, Bosco m’a suivi comme un chien fidèle, déterrant des larves ou des bulbes quand je m’arrêtais pour me reposer. Ce soir-là, j’ai pêché son repas.

À mesure que les jours passaient et que je progressais vers le nord, j’ai eu recours à un système de récompenses sous forme de truites, de sel et de gratouilles pour apprendre à l’ours à répondre au nom de «Bosco». Un soir, il s’est avancé jusqu’au rondin de bois sur lequel je fumais et il a commencé à donner des coups de patte sur mes bottes.

Lorsque je me suis levé, il m’a entraîné droit vers un arbre creux abritant un nid d’abeilles, qu’il griffait en vain.

Je suis retourné au campement pour couvrir ma tête d’une moustiquaire, bien fermer ma chemise et mon pantalon, mettre des gants et saisir ma hache. J’ai allumé un feu de fumée près de la base de l’arbre et j’ai donné des coups de hache jusqu’à ce que la coque vide s’effondre au sol, fendue en deux, exposant la production estivale de la ruche. Pour ma compréhension et mes efforts, j’ai gagné trois piqûres mais Bosco, lui, a dévoré 10 kilos de rayons de miel, du pollen et des centaines d’abeilles. Il a passé le gros de la nuit à ronfler au pied du sac de couchage.

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Mieux vaut ne pas faire d'erreur face à un ours noir.Jim Cumming/Shutterstock

Mieux vaut ne pas faire d’erreur

Quand je campais, Bosco ne tolérait jamais de longs moments d’inactivité et, en bonne poire que je suis dès qu’il s’agit d’animaux, j’ai cédé au moindre de ses caprices.

Lorsqu’il a voulu que je lui gratte le dos, je l’ai gratté; lorsqu’il a voulu du poisson, j’en ai pêché; lorsqu’il a voulu batifoler et rouler avec moi dans la prairie, j’ai batifolé et j’ai roulé avec lui – je porte encore les cicatrices prouvant que j’étais très loin d’être à la hauteur de ses jeux.

Au cours d’une séance particulièrement rude, j’ai crocheté sa patte avant droite, l’envoyant rouler sur le dos. Alors que je m’assoyais sur sa panse, il a répliqué d’un crochet du gauche qui m’a non seulement entaillé le menton sur cinq centimètres, mais m’a aussi envoyé valser à l’autre bout du pré. Quand j’ai repris connaissance, Bosco léchait ma plaie. Sa honte et ses remords étaient palpables. Il s’est assis, les oreilles plaquées en arrière, et s’est mis à brailler comme un veau quand j’ai réussi à passer mon bras autour de son encolure pour répéter tous les mots doux en langue ursine qu’il m’avait enseignés.

Je ne suis pas en train d’attribuer à cet ours des traits de caractère qu’il ne pouvait posséder ni d’exagérer ceux dont il disposait. Je l’ai simplement étudié pour ce qu’il était et je ne l’ai vu manifester que les qualités ordinaires de son espèce, déjà suffisamment extraordinaires sans avoir à les grossir. À part le nom que je lui ai donné, je n’ai jamais tenté de le dresser de quelque manière que ce soit. Au contraire. J’ai fait l’impossible pour m’entraîner à devenir moi-même un autre ours.

L’ours polaire quant à lui, compte parmi les plus gros animaux et espèces vivantes au monde.

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Une amitié réciproque avec un ours noir.Nick Fox/Shutterstock

Une amitié réciproque

Notre affection l’un pour l’autre était spontanée et fraternelle. Lorsqu’il a eu l’idée de venir vers moi en se balançant sur ses deux pattes arrière, de m’enserrer dans une étouffante embrassade et d’exprimer l’émotion qui le submergeait en me léchant le visage, j’ai suivi le mouvement pour deux raisons. Premièrement, j’étais fou de ce vaurien

Deuxièmement, j’avais un profond respect pour ce qu’un simple coup de patte de ce géant ambidextre pouvait accomplir.

Bien que la taille et la force de Bosco le rendaient presque invulnérable aux attaques d’autres animaux, il entretenait sa propre collection de phobies. Le tonnerre et les éclairs le voyaient se recroqueviller en gémissant. Lorsque des geais gris ont envahi le campement en quête de nourriture, il s’est enfui, terrifié par les plongeons et coups de bec cacophoniques des volatiles. L’odorat phénoménal de Bosco m’a stupéfié. Marchant d’un pas lourd derrière moi, il s’arrêtait soudain, humait l’air et fonçait droit vers un gros champignon bien juteux 200 mètres plus loin, ou vers une pierre plate de l’autre côté d’une rivière sous laquelle des tamias avaient engrangé leur réserve hivernale de graines.

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L'ours noir peut être très protecteur.slowmotiongli/Shutterstock

Le protecteur

Un après-midi, alors que nous traversions une lande où des saules herbacés poussaient en touffes, Bosco s’est brusquement levé sur ses pattes arrière et a émis un «maa!». Je ne distinguais aucune cause d’inquiétude, mais il est resté dressé et m’a interdit de bouger. Il s’est avancé, a commencé à gronder – déclenchant soudain une cohue. De chaque touffe de saules a surgi un ours dressé sur ses pattes!

Mais il s’agissait de jeunes bêtes de deux ans, qui ne pouvaient rivaliser avec Bosco. Il a chargé son plus proche adversaire avec la fureur d’un tank, et avant que le premier n’ait le temps de se ressaisir, il avait mis en fuite un deuxième ours et plongé dans un fourré pour en déloger un troisième. À la fin de son tour de piste, mon gladiateur d’ami s’est souvenu de ma présence et m’a rejoint d’une démarche pataude, indemne et toujours invaincu.

Ce soir-là, nous sommes restés assis plus longtemps qu’à l’ordinaire devant le feu de camp. Bosco me bousculait doucement, me donnait de petits coups de patte en bavardant longuement, et m’a regardé longtemps dans les yeux avant de m’autoriser à me retirer pour la nuit. Dans mon ignorance, j’ai supposé qu’il s’agissait d’une réinterprétation de la bataille de l’après-midi. Il a été absent une grande partie de la nuit.

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Le grand frère Bosco, l'ours noir.MATTHEW COHEN FOR READER'S DIGEST (LIVRE)
Robert Franklin Leslie et le livre (1968) où il raconte l’adoption de trois oursons en Colombie-Britannique.

Le grand frère Bosco

Vers le milieu de l’après-midi du lendemain, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Bosco ne furetait pas en quête de nourriture mais restait sur mes talons. J’inspectais un campement en bordure de rivière lorsque le gros ours a fait volte-face et foncé tête baissée vers le flanc de la colline. Je ne l’ai pas appelé quand il a disparu de l’autre côté de la crête, lancé à pleine puissance, sans un regard en arrière.

Ce soir-là, j’ai préparé mon repas en gardant un œil sur la colline et je suis resté éveillé des heures dans l’attente de son coup de museau familier. Au matin, j’étais désespéré: je savais que je ne reverrais plus jamais le grand frère Bosco. Il a laissé dans son sillage une relation que je chérirai à jamais.

Tout droit sorti de nos archives, le témoignage de George Westcott, perdu dans la tempête de neige, va vous bouleverser.

Contenu original Selection du Reader’s Digest