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Grossophobie: être gros, c’est pas une mince affaire!

Qu’est-ce que la grossophobie? Pour Mickaël Bergeron, l’heure est enfin venue de changer le discours à l’égard des personnes dont les rondeurs posent problème. Surtout dans le regard des autres.

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Être gros, c’est pas une mince affaire : entrevue avec Mickaël Bergeron.Crédits photo: Émilie Nadeau
Mickaël Bergeron

De petit à gros

En 1994, à l’âge de 12 ans, Mickaël Bergeron pesait 160 livres; en 2012, la balance frôlait les 500 livres. Entre ces deux chiffres, le journaliste, chroniqueur et essayiste a vécu toute la gamme des émotions, subi de multiples humiliations (à l’école, dans son milieu professionnel, dans le système de santé, etc.), et surmonté quelques burnouts.

Il y a plus de quatre ans, il amorçait La vie en gros: regard sur la société et le poids (Éditions Somme toute), essai qui a bien failli ne pas voir le jour, l’écriture ayant été ponctuée de périodes dépressives et d’insécurité financière. Mais ça n’allait pas arrêter celui qui a travaillé pour de nombreux médias (Le Soleil, Voir, Radio-Canada, Ricochet, etc.), déterminé à changer le discours entourant l’obésité et la grossophobie. Car il demeure convaincu qu’il faut sensibiliser le grand public à la douleur profonde de ceux et celles pour qui le poids n’est pas une mince affaire.

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Écrire une lettre quand on s'ennuie.BURAK KARADEMIR/GETTY IMAGES

Le poids des mots

Vous faites preuve d’une grande franchise en dévoilant dans votre essai de nombreux pans de votre vie personnelle, et pas les plus glorieux. Mais vous allez au-delà du simple témoignage.

Au début de la rédaction, c’était un exutoire, une occasion de faire le point. Je cherchais à comprendre pourquoi j’avais l’impression que la société m’envoyait le message que je ne valais rien. À force d’écrire, j’ai eu envie de creuser le sujet, mes réflexes journalistiques ont pris le dessus, et je sentais qu’il y avait un filon qui dépassait mon propre constat. Car un peu moins d’un an avant la sortie, je constatais que le discours était en train de changer, grâce à des blogues comme 10 octobre ou celui d’Édith Bernier, et je savais qu’un livre comme le mien aiderait à franchir une nouvelle étape. Depuis sa sortie, je connais des gens qui travaillent sur d’autres livres sur le même sujet, et j’en suis ravi. Les débats en seront enrichis.

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Soyez scolarisé pour prévenir la maladie d’Alzheimer.FILE404/SHUTTERSTOCK

Un livre personnel

Votre livre est un mélange de journal intime, de recherche documentaire et de pamphlet. Parmi vos revendications, vous souhaitez que le terme «gros» n’ait plus de connotation péjorative mais décrive une réalité objective.

«Gros» vient du latin «grossus» et décrit simplement et sans jugement quelque chose dont les dimensions sont supérieures à la moyenne. C’est la société qui a chargé les mots «gros» et «grosse» d’un imaginaire négatif. Quand on parle d’un «gros livre», on ne le qualifie pas de bon ou de mauvais, alors qu’une «grosse personne», c’est tout de suite négatif.

Quand j’ai commencé à écrire sur le sujet, «gros» était encore pour moi un terme blessant, et même s’il était clair au moment de la rédaction de mon livre qu’il me fallait revendiquer ce mot, ce n’était pas évident. Certaines personnes ont tellement de cicatrices qu’elles ne sont pas encore capables de l’accepter, et il y a des jours où il m’affecte plus que d’autres.

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Obésité et boissons gazeuses.Africa Studio/Shutterstock

Préjugés

Vous affirmez aussi que contrairement à la misogynie, la xénophobie et l’homophobie, la grossophobie demeure le dernier préjugé acceptable en société.

Je n’aurais pas osé aller jusque-là si je n’avais pas lu qu’un chercheur sur la stigmatisation avait dit cela. Ça m’a d’ailleurs rappelé toutes les fois où des gens ont ri des personnes grosses, devant moi, sans se sentir mal. Dans mon entourage, j’entends parfois des blagues racistes, mais la plupart du temps il y a un malaise. Des blagues sur les gros? Les gens renchérissent.

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Télévision.Shutterstock

L’effet miroir

Plusieurs dénoncent le manque de diversité culturelle dans les médias. À leur suite, vous soulignez le manque de diversité corporelle. Pour expliquer cette absence, certains rétorquent que la visibilité de personnes grosses enverrait un mauvais message de santé publique. Analyse avec laquelle vous n’êtes vraiment pas d’accord!

C’est une excuse qui revient souvent. Ce que l’on voit en ce moment à la télévision encourage beaucoup plus les problèmes de santé que les bonnes habitudes de vie. Pourquoi?

Parce que ce que l’on voit n’est pas représentatif: les gens sont beaucoup plus minces que la normale. Ce qui favorise les troubles alimentaires. Ce que je souhaite, c’est une télévision qui ressemble à la population en général. En quoi ça peut encourager à prendre du poids? On devrait viser une vie saine, une bonne santé mentale, et arrêter de mettre l’accent sur le corps.

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Les hommes souffrent rarement de cellulite en raison de la structure de leur peau.ISTOCK/MONKEYBUSINESSIMAGES

Et ça commence par cesser de suivre des régimes?

Comment peut-on à la fois être heureux et obsédé par tout ce que l’on ingurgite? Boire une boisson gazeuse dans un casse-croûte une fois par semaine n’a aucun impact sur notre santé et notre vie; évidemment, c’est différent sur une base quotidienne. Cette obsession est un puits sans fond, et la plupart des régimes ne fonctionnent pas.

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La graisse abdominale est la plus dangereuse.toeytoey/Shutterstock

Nourrir la réflexion

Dans ce combat contre la grossophobie, avez-vous l’impression d’être un modèle, une source d’inspiration pour des gens qui souffrent du regard des autres à cause de leur poids?

Euh… non! Tant mieux si je peux inspirer les gens, nourrir leurs réflexions, c’est ce que j’aime faire dans la vie et dans mon métier de journaliste. Je me considère moins comme un modèle qu’un défricheur. Pour moi, tous les êtres humains possèdent des forces, mais aussi des failles et des faiblesses; c’est sans doute pourquoi je ne crois pas au pouvoir des idoles. Qui a d’ailleurs dit qu’il valait mieux ne pas les rencontrer pour ne pas être déçu?

Par contre, depuis la sortie de mon livre, plus de médias s’intéressent au sujet, et les journalistes font davantage attention à la manière dont ils l’abordent. J’observe également le même phénomène sur les réseaux sociaux, où plus de gens soulèvent des situations problématiques. Au fond, je souhaite atténuer cette stigmatisation, parfois alimentée par les professionnels de la santé à cause de leurs idées préconçues. Il y a encore trop de violence et d’intimidation à l’égard des personnes grosses.

Ce témoignage sur la positivité corporelle pour accepter son poids et son corps va vous plaire!

Contenu original Selection du Reader’s Digest