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Usage médical du cannabis: 8 affections courantes

L’usage médical du cannabis est-il bénéfique? Pour quelles affections est-il utile et dans quels cas faut-il encore des études? Voici l’avis des scientifiques sur l’usage de la marijuana thérapeutique pour le traitement de huit affections courantes.

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L'usage médical du cannabis dans le cas de douleurs chroniques.Africa Studio/Shutterstock

La douleur chronique – résultats éloquents

En 2013, 65 % des Canadiens qui utilisaient du cannabis médical souffraient d’arthrite sévère. C’est souvent pour soulager la douleur que les patients l’essaient la première fois. Avec plus de 30 essais aléatoires contrôlés sur l’usage de cannabinoïdes contre la douleur, c’est l’une de ses applications les mieux documentées. Les résultats sont toutefois contradictoires : certaines études ont conclu que le cannabis ou les cannabinoïdes sont efficaces contre la douleur; d’autres, qu’ils ne valent pas mieux qu’un placebo. Les médecins sont en tout cas de plus en plus nombreux à donner leur aval.

L’efficacité du cannabis « n’est pas encore démontrée, mais les preuves s’accumulent », affirme Andrea Furlan, scientifique du département de médecine de l’Université de Toronto et coprésidente du projet ECHO Ontario, qui propose aux fournisseurs de soins de santé des outils pour choisir les meilleurs traitements contre la douleur chronique. Elle reconnaît que des études plus importantes sont nécessaires, notamment sur un plus grand éventail d’affections. D’après elle, l’usage thérapeutique du cannabis est justifié pour soulager la douleur, surtout quand les autres traitements sont inefficaces.

On ne sait pas encore très bien comment le cannabis agit sur la douleur. Il affecte le système endocannabinoïde — les récepteurs dans le cerveau sensibles à l’appétit, à la douleur, à l’humeur et à la mémoire — sans que nous en comprenions vraiment le mécanisme. Et, en plus de ses effets physiologiques, il semble aussi avoir une influence sur les effets psychologiques de la douleur.

« La douleur est le système d’alarme du corps, elle active la région du cerveau qui contrôle les émotions, explique Andrea Furlan. Elle vous signale que vous ne pouvez plus attendre, que vous devez cesser toute activité pour résoudre le problème. » Dans le cas de la douleur chronique, ajoute-t-elle, cette réaction n’est pas utile parce que le problème ne peut pas être résolu ponctuellement. Ses patients lui affirment que le cannabis contribue à l’atténuer.

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L’usage médical du cannabis peut s’avérer efficace contre les symptômes de la sclérose en plaques.Lucky Business/Shutterstock

La sclérose en plaques – résultats éloquents

Avec près de 100 000 cas recensés, le Canada compte l’un des taux de sclérose en plaques (SEP) les plus élevés au monde. Les cannabinoïdes se sont montrés efficaces contre l’un des symptômes majeurs de la SEP, la spasticité — cette raideur qui rend le mouvement difficile et provoque des spasmes musculaires douloureux.

D’après des études d’évaluation faites par des médecins, ces améliorations sont si modestes qu’elles relèvent peut-être du hasard; les témoignages de patients sont plus favorables. Une étude de 2012 menée dans 22 établissements au Royaume-Uni a révélé que 29 % des patients qui ont pris un extrait de cannabis ont vu leurs symptômes reculer contre 16 % de ceux qui prenaient un placebo. Cela s’ajoute aux «preuves significatives que le cannabis contribue à réduire la spasticité», insiste Ziva Cooper, coautrice d’un rapport des Académies des sciences, d’ingénierie et de médecine américaines sur le cannabis et les cannabinoïdes.

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L’usage médical du cannabis peut réduire les nausées liées à la chimiothérapie.Robert Kneschke/Shutterstock

Les nausées et les vomissements dus à la chimiothérapie – résultats éloquents

L’interaction entre le cannabis et la chimiothérapie a aussi fait l’objet de nombreuses études. En 1915, Cochrane — un organisme international à but non lucratif qui analyse les preuves pour la prise de décision médicale — a conclu que les patients sous cannabinoïdes pendant une chimiothérapie étaient trois fois moins susceptibles de souffrir de nausées et cinq fois moins de vomissements que ceux sous placebo. Chez certains patients, la marijuana médicale se montrerait aussi efficace pour certains patients que les antiémétiques traditionnellement prescrits contre la nausée.

Cochrane souligne toutefois que les patients atteints de cancer déclareraient plus d’effets secondaires avec une médication à base de cannabis qu’avec un traitement classique, notamment la sensation de planer, des vertiges et la somnolence. Selon Shelita Dattani, directrice du développement de la pratique et application des connaissances à l’Association des pharmaciens du Canada, c’est ce qui explique que le cannabis médical ne soit pas le premier choix des médecins contre les nausées. « C’est une thérapie d’appoint, précise-t-elle. Il est prescrit aux patients à qui les options habituelles ne conviennent pas. »

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L’usage médical du cannabis aide à surmonter l’insomnie.Lopolo/Shutterstock

L’insomnie – résultats éloquents

Il est fréquent de recourir à la marijuana pour surmonter un trouble du sommeil; les données sur l’effet des médicaments à base de cannabinoïdes sont encourageantes et devraient réjouir les insomniaques.

Jusqu’à présent, la recherche s’est surtout intéressée à l’efficacité de la marijuana sur un sommeil perturbé par l’apnée, la fibromyalgie ou la sclérose en plaques par exemple. Il semble aussi qu’elle améliore la durée et la qualité réparatrice du sommeil; de nombreux patients disent être moins fatigués la journée.

Si les chercheurs n’en connaissent pas la raison, certains pensent que le tétrahydrocannabinol (THC) dans la marijuana — la substance qui fait planer — a un effet sédatif.

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L’usage médical du cannabis peut diminuer les crises d’épilepsie.  Liderina/Shutterstock

L’épilepsie – résultats éloquents

L’efficacité de la marijuana contre les crises d’épilepsie a soulevé un énorme intérêt après la diffusion en 2013 sur CNN de Weed, un documentaire sur Charlotte Figi. La fillette, victime de centaines de crises par semaine, ne pouvait ni marcher, ni parler, ni même manger. À cinq ans, ses parents ont convaincu les médecins de lui prescrire de l’huile de cannabis. Depuis, elle n’a que deux ou trois crises par mois.

« Cette étude de cas solidement documentée a inspiré des recherches plus rigoureuses sur les effets des cannabinoïdes, surtout chez l’enfant », indique Fiona Clement, de l’Université de Calgary. Une étude récente sur le recours à un cannabinoïde chez des enfants présentant une pharmaco-résistance aux antiépileptiques a montré une réduction de plus de 20 % des crises — ou les a même fait cesser.

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L’usage médical du cannabis reste contestable en cas de cancer. LightField Studios/Shutterstock

Le cancer – résultats contestables

Internet regorge de récits de guérison du cancer grâce à la marijuana; quelques médecins sans scrupules en font d’ailleurs leur fonds de commerce. On a pu constater en laboratoire que les cannabinoïdes tuaient des cellules cancéreuses, mais on est loin de la guérison du cancer chez l’humain. Certaines études ont aussi prouvé que le cannabis avait des effets négatifs sur des vaisseaux sanguins importants, qu’il fragilisait le système immunitaire et favorisait même la croissance de cellules cancéreuses. Les preuves de son efficacité consistent essentiellement en anecdotes de guérisons miraculeuses qui peuvent aussi bien tenir du hasard.

Jusqu’à présent, les essais cliniques sont aussi rares que modestes. L’un d’eux a prouvé que l’ajout de cannabis à une chimiothérapie classique était bénéfique — mais ne portait que sur neuf patients présentant des tumeurs cérébrales agressives. « Je n’y crois pas, dit Fiona Clement. Le cannabis ne guérit pas le cancer. »

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L’usage médical du cannabis sur les patients atteints d’Alzheimer reste contestable. Photographee.eu/Shutterstock

La démence – résultats contestables

Des études ont révélé que les cannabinoïdes contribuaient à faire disparaître chez des souris de laboratoire les agrégats d’amyloïdes — ces accumulations de protéines dans le cerveau, caractéristiques de la maladie d’Alzheimer — et accroissaient leur capacité d’apprentissage. Il n’existe toutefois aucun essai chez l’homme et il n’est pas rare qu’un médicament efficace sur l’animal n’ait aucun effet sur lui.

On a aussi prouvé que les gros consommateurs de marijuana ont de moins bons résultats aux tests cognitifs quand ils sont sous son emprise, avec un déficit de mémoire et d’attention. Il reste donc beaucoup à apprendre sur l’effet d’un usage médical de la marijuana sur nos capacités mentales.

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L’usage médical du cannabis pour guérir le glaucome reste contestable. g-stockstudio/Shutterstock

Le glaucome – résultats contestables

L’idée de soigner le glaucome avec la marijuana a émergé dans les années 1970, quand on a découvert qu’elle abaissait la tension oculaire — une des causes de cette affection —, qui peut conduire à la cécité. Pourtant, des études de suivi sur la durée de cet effet ont conclu qu’il n’était que de quelques heures et qu’il faudrait jusqu’à huit prises de marijuana par jour pour que le patient en bénéficie.

Le cannabis réduit l’irrigation sanguine du nerf optique, peut l’endommager et annuler les effets positifs de l’abaissement de la tension oculaire. Par ailleurs, des médicaments sur ordonnance récents sont efficaces plus longtemps et sans ces effets secondaires; les médecins leur donnent leur préférence.

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Usage médical du cannabis: les choix de variétés et les modes de consommation.Oprea George/Shutterstock

Choisir une variété et comment l’employer

Il y a des centaines de variétés de cannabis à usage thérapeutique présentant au moins autant de composants, mais les deux plus connus sont le tétrahydrocannabinol (THC) — qui produit l’euphorie — et le cannabidiol (CBD), auquel il semble qu’on doive la plupart des effets médicinaux connus. La majorité de ceux qui se voient prescrire de la marijuana choisissent une variété riche en CBD et pauvre en THC pour bénéficier des bienfaits thérapeutiques sans la sensation de planer.

Les médecins déconseillent de fumer du cannabis en raison des problèmes respiratoires et du risque de cancer qui l’accompagnent. Le vaporisateur, qui fait bouillir les fleurs de cannabis sans les brûler, réduit ces inconvénients. Sous forme comestible ou en huile, il est plus compliqué de trouver le bon dosage, il est donc important de commencer par une petite quantité et d’attendre au moins deux heures avant d’en reprendre. Les cannabinoïdes sont également proposés comme médicaments, ce qui permet de trouver la variété et la dose appropriées plus facilement.

Selon Shelita Dattani, pharmacienne à Ottawa, on croit à tort que le cannabis est inoffensif. Comme tout médicament, il a des effets secondaires. Les plus courants sont les vertiges, la bouche sèche, la nausée, l’épuisement, la somnolence et l’euphorie. C’est aussi pour cela que les médecins recommandent « de commencer lentement et doucement ». Par ailleurs, le cannabis peut interagir avec d’autres médicaments. Il est donc essentiel d’informer votre médecin que vous en consommez s’il n’est pas au courant.

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