Soutenir un proche atteint de dépression

Difficile à affronter, la dépression n’est souvent pas facile à détecter. Voici comment mieux soutenir un proche quand la maladie frappe.

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Le sentiment d'impuissance face à la dépression.fizkes/Shutterstock

Le sentiment d'impuissance face à la dépression

Peu de temps après leur voyage de noces en 2001, Christian Bouvet a senti que quelque chose n’allait pas avec sa femme. Ils étaient de retour à Montréal depuis quelques mois quand Myreille s’est montrée peu à peu plus distante et plus émotive que d’habitude. Elle pleurait souvent; un jour, Christian l’a retrouvée recroquevillée et tremblante dans un coin.

«Je ne m’expliquais pas sa souffrance, tout semblait aller si bien dans notre vie», se souvient l’homme de 52 ans. Peu habitué aux défis que représente la maladie mentale, il tâchait de rester calme et solide auprès de sa femme, tout en déplorant son impuissance à l’aider. «J’espérais que le temps arrangerait les choses», se souvient-il.

Myreille, qui avait 44 ans à l’époque, s’est vu prescrire par un psychiatre un médicament censé la soulager en quelques semaines. Trois mois plus tard, elle était plus que jamais enfoncée dans sa nuit. Elle perdait espoir de retrouver la sérénité. Elle ne sortait plus, se souvient Christian, et préférait rester seule à la maison. Elle a fini par être hospitalisée. Christian voulait rester optimiste, mais ne savait pas trop comment naviguer dans ces eaux troubles.

Au cours de sa vie, un Canadien sur six souffrira de dépression. Et nous serons nombreux à devoir offrir notre soutien à un proche atteint. Voici quelques conseils sur la manière la plus efficace de le prodiguer.

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L’absence de sexe peut être due à la dépression. TZIDO SUN/Shutterstock

La reconnaître et la nommer

La dépression est si courante, explique Robert T. Muller, professeur de psychologie à Toronto, que les gens du métier la surnomment parfois le «rhume de la maladie mentale». Pourtant, ceux qui en souffrent et leurs proches peinent parfois à la reconnaître.

C’est que la dépression a de multiples visages. «Ses causes sont nombreuses, convient Robert Muller, et ses manifestations, très variables.» Les symptômes de la dépression peuvent surgir de l’une ou l’autre des quatre facettes fondamentales de l’être humain: comportementale (auto-enfermement, stratégies d’évitement), physique (douleurs, maux de tête), cognitive (sentiment d’échec ou de culpabilité, parfois pensées suicidaires) et émotive (tristesse, anxiété).

Robert Muller recommande de rester attentif aux changements de comportement chez nos proches. Ils souffrent peut-être de dépression s’ils restent plus souvent cloîtrés à la maison alors qu’ils aimaient sortir, ou que, malgré leur nature extravertie, ils ne répondent plus que rarement aux messages de leurs amis. Il est bon alors d’amorcer les premières conversations sur le sujet en rappelant à la personne qui vous est proche que vous êtes attaché à elle et que vous avez remarqué des changements d’humeur et de comportement. Engager un dialogue ouvert et honnête, insiste le professeur, est la première étape du traitement.

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Soutenir un proche qui souffre de dépression, c'est être compatissant.Africa Studio/Shutterstock

Commencez par la compassion

Les gens qui souffrent de dépression se plaignent de ne pas être pris au sérieux, dit Bart Campbell, éducateur en santé et bien-être mental au Mood Disorders Association of Ontario. Autour d’eux, on croit souvent qu’il suffit de sortir du lit et de reprendre ses activités pour aller mieux.

Or, insiste Bart Campbell, il faut bien comprendre que la dépression est une maladie et non un sentiment que l’on décide d’éprouver ou non. «Vous ne demandez pas à celui qui s’est fracturé la jambe de se relever et de marcher.» Pour assurer un soutien continu, il suggère de commencer par des questions ouvertes: comment te sens-tu aujourd’hui? Que puis-je faire pour t’aider?

Si vous-même avez connu un épisode dépressif, ne présumez de rien pour autrui. «En nous projetant dans la situation de l’autre – nous croyons savoir ce qu’il vit –, nous perdons l’occasion d’en apprendre sur son expérience.»

Pour Anna Mehler Paperny, qui a décrit son combat contre la dépression dans sa biographie Hello I Want to Die Please Fix Me, le soutien pratique est souvent le meilleur: appeler le matin pour s’assurer que la personne s’est levée et se prépare à aller travailler, marcher avec elle une demi-heure tous les jours ou encore lui faire ses courses. «Offrir son aide de manière naturelle à qui a du mal avec les tâches simples du quotidien peut changer sa vie», dit-elle.

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Pour les femmes atteintes d'endométriose, il existe des groupes de soutiens.Photographee.eu/Shutterstock

Prenez soin de vous‑même

Se soucier d’un être cher qui souffre de dépression génère un stress susceptible à son tour d’affecter votre santé – les dépressifs perdent parfois la maîtrise de soi et se tournent contre ceux qui les aident. D’où l’importance de prendre le temps de définir vos limites et de demander du soutien, insiste Bart Campbell.

La Société pour les troubles de l’humeur du Canada et l’Association canadienne pour la santé mentale proposent partout au pays des groupes de soutien qui réunissent des gens souffrant d’un problème et leurs proches. M. Campbell anime ce genre de groupe destiné à former les personnes atteintes de dépression et leur réseau d’aide à la gestion de ce trouble de l’humeur et à élaborer des stratégies pour affronter la maladie.

Si les aidants naturels ne peuvent se joindre au groupe, Bart Campbell leur recommande de se réserver du temps pour une activité agréable qui les soulagera de la charge émotive. «Vous ne pouvez pas toujours être sur le pont, rappelle-t-il. Il faut prendre le temps de recharger vos batteries.»

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Il n'est pas possible de soigner la dépression de son partenaire.Shutterstock

Une simple présence est primordiale

Anna Mehler Paperny connaît bien la difficulté de côtoyer une personne dépressive. Il faut alors savoir s’aménager un espace à soi. Mais de petites attentions peuvent venir d’ailleurs et être fort utiles – un appel, un petit mot font parfois la différence. «Cette simple présence fera que la personne déprimée se sentira aimée et désirée alors qu’elle se sent en général rejetée et indésirable», dit-elle.

Attention toutefois de ne pas devenir le psychologue de substitution, prévient Robert Muller. S’il est essentiel d’écouter et d’exprimer de l’affection, dit-il, jouer au thérapeute sans en avoir les qualités engendre de la frustration. Encouragez plutôt la personne déprimée à consulter un professionnel et répétez-le-lui au besoin.

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Dépression.Shutterstock

La dépression peut récidiver

Avec l’aide de son médecin, Myreille s’est remise de la dépression. Il y a un an et demi, elle a pourtant replongé après 15 ans de répit. L’expérience passée de la dépression de sa femme a permis à Christian de mieux naviguer dans le système de santé. Et cette fois, il est allé chercher le soutien des amis et de la famille. «Il est impossible de s’en sortir tout seul», concède-t-il.

Faites attention à ces symptômes de dépression à ne jamais ignorer.

Contenu original Selection du Reader’s Digest