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Quand les mythes de l’enfance s’effondrent

Les mythes et légendes qui bercent notre enfance nous font grandir dans un monde magique, mais qu’arrive-t-il lorsque le rideau se lève?

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Quand les mythes de l'enfance s'effondrent.Martin Novak/Shutterstock

Enfin, me dis-je. Les enfants ont quitté le nid et, cette année, mes seuls compagnons du premier avril seront mon mari, qui croit de toute façon que de nos jours tout est un canular, et ma chienne, si naïve que je n’ai qu’à lever le bras pour l’envoyer à 20 m chercher une balle imaginaire. Ce n’était pas le cas de ce couple qui a dû faire des travaux pour que leurs enfants (dans la vingtaine) quittent la maison!

Comme presque tout ce qui relève de la parentalité, le premier avril a toujours joué sa part dans ma culpabilité. Alors même que c’était là l’occasion rêvée de m’abandonner à l’espièglerie avec les enfants, j’oubliais systématiquement de me préparer. Le matin, je balbutiais une histoire d’extraterrestres ayant atterri devant la maison dans l’espoir qu’ils se précipitent à la fenêtre. Puis, penaude, j’écoutais mon fils ou ma fille raconter comme une évidence la facétie du père de leur meilleur ami qui avait, lui, «fait couler de l’eau bleue du robinet et geler les céréales»! Mauvaise mère.

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Mythes de l'enfance: la fée des dents.Fotocrisis/Shutterstock

Fée des dents ninja

En réalité, j’ai eu mille occasions de raconter des salades à mes enfants: avec la fée des dents, les animaux livreurs de chocolat, les gros gaillards qui se glissent dans la cheminée avec des cadeaux, et papa et maman qui ne font que s’amuser «à une sorte de lutte».

Pour peu qu’on y songe, la relation qui nous lie aux enfants repose sur une graduelle érosion de notre crédibilité jusqu’à l’adolescence. On se demande alors pourquoi ils lèvent les yeux au ciel et nous ignorent.

Dans mon cas, il y a eu un moment charnière traumatisant qui m’a interdit à jamais de raconter des bobards aux miens. Un matin, en se réveillant, ma fille Clara a surpris son père sur le point de remplacer en douce le mot qu’elle avait rédigé pour la fée des dents (sa molaire scotchée sur le papier) par une poignée de pièces de monnaie. Elle avait huit ans. Ambrose et moi avions oublié de nous en charger la veille pendant qu’elle dormait. À la différence des Danois pragmatiques dont les enfants déposent la dent près du lit dans un verre rempli d’eau, nous avions appris à Clara et à Geoffrey à la glisser sous l’oreiller, faisant de l’extraction nocturne une aventure risquée digne d’un ninja.

Vous pourrez passer plus de temps de qualité en famille en essayant ceci.

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Mythes de l'enfance: une vérité si difficile à accepter.alinabuphoto/Shutterstock

Une vérité si difficile à accepter

Comme l’a raconté Ambrose plus tard, quand il s’est glissé à l’aube dans sa chambre pour entreprendre la substitution, Clara a bondi du lit affolée comme si elle avait vu un fantôme, et mon mari, paniqué, a gobé le mot comme l’aurait fait un espion pour cacher ses instructions. Ils se sont longuement dévisagés, craignant l’un et l’autre de bouger, tous deux incapables d’accepter la réalité de l’effondrement du mythe de la fée des dents.

Clara a piqué une crise monumentale, s’est précipitée hors de la chambre, a dévalé l’escalier et couru dans l’arrière-cour en hurlant. Tout ce chahut m’a réveillée et je me suis jetée à l’extérieur, contrainte de m’engager dans un débat existentiel féroce avant même d’avoir pu enfiler un pantalon ou préparer un café.

«Où est la fée des dents? Pourquoi papa a volé la lettre que je lui ai écrite?
— Elle n’existe pas, chérie…
— QUOI?» Au sens de: est-ce possible? «Ça veut dire que, tout ce temps, vous avez menti?»
Comment réagir? Suivant le tempérament de l’enfant, direz-vous. Et justement, celle-ci semblait destinée à embrasser la carrière de défenseur des droits de l’homme. Il aurait fallu jouer de finesse. Comme je manquais de sommeil, c’était perdu d’avance.

«Il y a eu d’autres mensonges?», a-t-elle demandé, l’air ahuri. (La réaction spontanée de mon beau-frère quand sa fille a posé la même question a été: «Nous t’avons adoptée.» Puis, l’instant d’après: «Je plaisante!»)

Désespérée, j’ai expliqué à Clara que le folklore regorgeait de fées, «mais qu’il n’y en avait pas pour les dents, qui est plutôt… une fée pour de faux … comme une poupée n’est pas un vrai bébé.» Ma fille s’est cabrée, horrifiée d’apprendre que sa poupée Sam n’était pas vraie (sujet délicat depuis quelque temps).

L’échange risquait de se transformer en un long débat théologique qui convierait le père Noël, Jésus et l’âme de nombreux hamsters. Par chance, il fallait se préparer pour l’école.

Apprenez comment stimuler l’intelligence émotionnelle de vos enfants.

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Mythes de l'enfance: cloches et lapins de Pâques.Dora Zett/Shutterstock

Des cloches, des lapins, du chocolat

En Espagne et dans de nombreux pays ou la variante de la fée des dents est une petite souris, il est sans doute plus malaisé pour les parents de convenir que les souris n’ont aucun intérêt à acheter des dents humaines. Mais les souris existent, ce qui n’est pas plus mal. Comme les lapins, heureusement, même s’ils ne savent absolument pas où se procurer du chocolat de Pâques.

Si je vivais en France ou en Belgique, j’aurais du mal à expliquer Pâques à mes enfants: les cloches qui s’envolent le Vendredi Saint et qui traversent le continent jusqu’à la résidence papale où – ayant miraculeusement évité de s’entrechoquer sur la place Saint-Pierre – elles s’avancent vers le pape pour qu’il leur lance des œufs en chocolat, à la suite de quoi elles regagnent les paroisses et font tomber ces œufs dans les jardins. Les enfants dotés d’un esprit rationnel sont certainement soulagés plus tard d’apprendre que tout cela n’est que du pipeau; comment expliquer en effet que des cloches qui n’ont pas de mains peuvent transporter autant d’œufs. Pour d’autres, l’apaisement ne viendra jamais.

L’équinoxe de printemps définit la date de Pâques. Connaissez-vous toutes ces choses à savoir sur l’équinoxe de printemps?

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Mythes de l'enfance: la vérité est un château de carte.TrazoBanana/Shutterstock

La vérité, un château de carte

Les parents savent que l’édifice de leurs mensonges finira par s’écrouler, mais le sujet n’est jamais abordé dans les manuels sur l’art d’éduquer les enfants. «Chapitre sept: que faire quand vous êtes surpris à élaborer un tissu de mensonges sur saint Nicolas, qui, en réalité, est mort?»

Grandir, dit-on, c’est apprendre à jongler avec le réel. Et quand nos enfants commencent à y voir plus clair, ne vous attendez pas à ce qu’ils vous croient avant de longues années épuisantes.

Il est certain que vous êtes vraiment un adulte quand vous savez faire ces choses de la vie quotidienne.

Contenu original Readers Digest International Edition