Vous est-il déjà arrivé de tricher lors d’un examen OU d’omettre quelques détails sur votre déclaration de revenus? Vous répondrez inévitablement par la négative, comme l’attestent les témoignages anonymes de ce reportage. «Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre!»

Nous sommes tous menteurs

Geneviève*, 29 ans, a longtemps été complexée par ses deux orteils palmés. «Cela m’a toujours dérangée. Quand j’étais jeune et que je sortais de la piscine, je me dépêchais d’enfiler mes souliers.» Il y a quelque temps, elle a eu recours à une chirurgie esthétique lui permettant de corriger cette anomalie. Le tout, dans le plus grand des secrets. «Je ne l’ai dit à personne, sauf à mon conjoint. J’avais deux heures de route à faire après l’opération et je ne pouvais ni conduire ni marcher. Et avec le pied pansé durant des semaines, il allait bien s’en apercevoir… Le pire, c’est qu’il n’avait jamais remarqué ce petit détail qui me complexait tant!» rigole-t-elle.

Lorsque son entourage l’a questionnée à propos de son gros bandage, elle est restée très évasive. «J’ai seulement fait réparer un petit truc», a-t-elle annoncé, coupant court à la discussion. «Je ne souhaitais pas en parler. Quand tu décides de corriger quelque chose qui te gêne, c’est justement parce que tu n’as pas envie d’attirer l’attention sur ce détail.»
La jeune femme cultive avec grand soin son jardin secret, loin des regards intrusifs. «Je tiens à éviter tout envahissement de ma vie personnelle», affirme celle qui se sent toutefois un peu coupable de cacher la vérité. Et pourtant, un petit mensonge n’a jamais fait de mal à personne…

Inné le mensonge?

Selon le psychologue Camillo Zacchia, le mensonge apparaît très tôt dans le comportement humain. «Je ne sais pas si mentir est inné chez l’être humain, mais une chose est sûre, un enfant qui brise un vase apprend rapidement à en jeter la faute sur un frère ou une sœur», indique le conseiller au bureau d’éducation en santé mentale de l’institut Douglas, qui croit qu’un menteur sommeille au fond de chacun de nous. «Personne n’est honnête à 100%. Nous sommes tous un peu menteurs. On a tous quelque part à la maison un stylo qui provient du bureau!» Pourtant, selon le palmarès de la confiance 2013 commandé par Sélection du Reader’s Digest, seulement 39% des Canadiens avouent avoir déjà volé des fournitures de bureau. «Il y en a plus d’un qui ment!» s’exclame le professionnel. Les résultats indiquent justement que 10% des personnes interrogées ont déjà menti dans un sondage…
Lorsqu’on la questionne sur son poids, Julie, fin vingtaine, soustrait automatiquement 5 ou 10 kilos au véritable résultat qu’indique le pèse-personne. «Je le fais depuis que j’ai pris conscience que le poids est important aux yeux des autres et à mes yeux. Je suis complexée et j’ai peur de me faire juger», confie-t-elle, attribuant cette petite coquetterie qu’elle se permet depuis l’adolescence aux standards élevés de la société en matière d’apparence physique.

Pieux mensonges

Dans son livre Voir mentir, la synergologue experte en communication non verbale Christine Gagnon a regroupé les différents types de mensonges en cinq catégories: le mensonge par omission; le mensonge de survalorisation; le mensonge du pouvoir; le mensonge de protection; le mensonge pernicieux.

Évidemment, certains sont moins graves que d’autres, comme les petits bobards anodins qu’on laisse échapper pour encourager notre entourage. Chérie, ta nouvelle coupe de cheveux est superbe!

«Est-ce qu’on doit toujours dire la vérité sur tout? Honnêtement, ce n’est pas nécessaire. Par exemple, on peut dire à son patron qu’on est en retard à cause de la circulation au lieu de lui dire qu’on était aux prises avec une diarrhée», explique Zacchia.

Quand mentir est bien

Selon l’adage, «toute vérité n’est pas bonne à dire». En fait, le mensonge peut même être socialement acceptable lorsqu’il sert à éviter des conflits, ou lorsqu’il est fait par respect ou politesse. Comme ce fameux: «On s’appelle et on déjeune!», une promesse rarement honorée.

«Il est difficile de déterminer quelles sont les occasions où il est bien de mentir. En général, on veut surtout éviter de tenir des propos vexants. En fait, le mensonge peut être utile si la vérité serait, elle, inutilement blessante», prévient Camillo Zacchia. Selon lui, le mensonge ne doit toutefois pas être encouragé quand il vise à obtenir des avantages personnels.

Les gens préféreraient néanmoins vivre dans un monde exempt de mensonge. «Mais imaginez un monde honnête où tous diraient la vérité sans filtre. Ce serait le chaos!»

À qui la faute?

Certains facteurs contribuent grandement au mensonge, à commencer par le comportement de la personne à qui l’on ment. «On sent parfois qu’on n’a pas d’espace pour dire la vérité. Si notre interlocuteur veut entendre seulement ce qui lui plaît, ou si sa réaction n’est pas raisonnable, il se peut que cette attitudefavorise le mensonge.» Selon le psychologue, la société punit parfois les gens honnêtes: c’est le cas des politiciens. Qui voudra élire celui qui annonce des réductions importantes des dépenses? Personne. On aura plutôt tendance à préférer celui qui promet de l’argent à tout le monde. «Nous n’aurons jamais de politiciens honnêtes si nous leur reprochons de dire la vérité.»

Selon Camillo Zacchia, il faudrait aussi croire le vieil adage selonlequel «faute avouée est à moitiépardonnée». «Il faut avoir uneattitude raisonnable avec ceux quidisent la vérité, et encourager ceuxqui mentent à faire face à leurs responsabilités.»

Avouer ses mensonges… ou pas

Charlotte, dans la vingtaine, a eu une relation extraconjugale. Pour elle, l’honnêteté n’était alors pas une valeur importante; elle trouvait même cette double vie plutôt excitante. «À Noël, j’achetais un cadeau à mon conjoint et un autre à mon amant. Durant les vacances, je passais une semaine avec l’un et une semaine avec l’autre. Mais avoir une aventure implique de mentir à sa famille, à ses amis, et au bout du compte, à soi-même. Mentir, c’est de l’organisation!» raconte-t-elle. Si la jeune femme s’est finalement lassée de vivre dans le mensonge, elle n’a jamais cru bon d’avouer son infidélité à son conjoint, de qui elle est aujourd’hui séparée. «Je ne lui ai pas dit parce qu’après avoir fait un calcul rationnel, je considérais que j’avais trop à perdre. Bien sûr, j’aurais pu tout lui avouer pour me soulager, mais j’aurais été égoïste.»

Bonne ou mauvaise décision? Camillo Zacchia ne saurait le dire, car en tant que psychologue, il ne prend pas position. «La plupart des gens qui ont une relation extraconjugale vont le cacher, histoire de continuer la relation ou de protéger l’autre personne, alors que d’autres préféreront l’avouer.» Le psychologue cite en exemple une de ses patientes, qui a décidé d’admettre ses frasques à son mari. Un aveu qui a causé tellement de torts et de blessures profondes que l’homme ne s’en est jamais totalement remis. Si certains préfèrent ne jamais apprendre une telle confession, d’autres voient dans cette honnêteté une belle preuve d’amour. «Il y a tellement de réactions émotionnelles possibles. On ne peut jamais prédire quelles seront les conséquences d’avouer la vérité.»

*Le nom des personnes qui ont témoigné a été modifié afin de préserver leur anonymat.

Crédit photo: Thinkstock

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