Faut-il craindre plus de feux de forêt cet été?

Les prédictions de feux de forêt semblent assez alarmantes. Nous avons posé la question à Karen Hodge, écologiste à l’Université de la Colombie-Britannique.

Histoires insolites vraies : un douanier américain a déclenché un feu de forêt.Christian Roberts-Olsen/Shutterstock

La saison des feux 2019 au Canada a été relativement calme. Peut-on y voir un bon présage?

Malheureusement, non. Les prédictions en matière de feux reposent sur des facteurs comme le combustible disponible (le bois mort), l’enneigement de l’hiver et la rapidité du réchauffement au printemps. Ces aspects varient tous les ans. S’il est donc vrai que l’année passée a été moins dramatique au pays, on ne peut rien en tirer pour cet été.
Néanmoins, si l’on considère l’évolution des 50 dernières années au Canada et dans le reste du monde, on note une hausse du nombre de feux, qui sont également plus intenses. Les mégafeux – ceux qui dévastent plus de 10 000 hectares – étaient autrefois une exception. Ce n’est plus le cas.

Comment l’explique-t-on?

Le facteur le plus significatif est la crise climatique. Les longues périodes de chaleur actuelles créent des conditions favorables à la propagation des feux. De plus, la grande majorité des feux naturels sont causés par des orages plus fréquents par temps chaud.

Quelles sont les causes courantes des brasiers causés par l’homme?

Les étincelles créées par des outils électriques, les mégots de cigarette et les feux de camp mal éteints. Le fait aussi que les gens investissent de plus en plus de zones auparavant inoccupées. Les incendies en Californie en sont un bon exemple – les nouvelles maisons sont construites dans des milieux extrêmement inflammables.

La nature serait-elle en train de nous demander de nous retirer?

Non, mais cela illustre le défi à relever pour atteindre un équilibre entre notre activité et la volonté de Dame nature. En Amérique du Nord, nous pensons à tort que tous les feux doivent être combattus, alors qu’en réalité ils jouent un rôle important dans la régénération de la plupart des écosystèmes. La suppression des incendies a entraîné la croissance des forêts. Désormais, quel que soit son lieu de naissance, le feu se propagera partout. Voilà un autre facteur qui explique les incendies gigantesques que nous connaissons.

Comment se préparer si on part dans la nature cet été?

Emportez de l’eau et une pelle, de sorte que si une étincelle est allumée, vous aurez un moyen de l’éteindre. Prévoyez un plan de sortie, surtout si vous campez dans une impasse. La dernière chose: ayez avec vous un téléphone portable ou une radio afin de pouvoir être prévenu en cas de danger.

Quels sont les autres dangers dont il faut se méfier?

La fumée est un problème important car elle transporte des particules extrêmement fines (de suie et de gaz) que nos poumons éliminent difficilement. Aujourd’hui, on constate que de grandes quantités de fumée persistent dans nos régions pendant des mois – et voyagent sur toute la planète. Je vis à Kelowna, et il y a eu des semaines, en 2017 et 2018, où notre air était plus pollué que celui de New Delhi et Shanghai.

Il paraît que la fumée des feux de la Colombie-Britannique a voyagé jusqu’à New York.

Je n’en doute pas. En Colombie-Britannique, nous avons eu de la fumée en provenance de Sibérie. Cela fait des milliers de kilomètres.

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