Les nutraceutiques soignent-ils vraiment?

Extrait d’ail ou de ginseng, glucosamine, essence d’origan: ces substances qualifiées de nutraceutiques sont vantées pour leurs propriétés préventives et curatives. Mais sont-elles vraiment efficaces? L’équipe de Plaisirs Santé s’est penchée sur la question.

Les nutraceutiques soignent-ils vraiment?

Vous avez certainement lu des allégations voulant, par exemple, que le ginseng pouvait contribuer à soulager le diabète, en vous demandant si c’était vrai. Ou entendu votre meilleure amie répéter qu’il n’y avait rien comme l’essence d’origan pour faire face à la saison des rhumes et de la grippe. Santé Canada définit le nutraceutique comme un produit qui «est fabriqué à partir d’aliments, mais vendu sous forme de pilules ou de poudres (potions) ou sous d’autres formes médicinales qui ne sont pas généralement associées à des aliments, et qui s’est avéré avoir un effet physiologique bénéfique ou assurer une protection contre les maladies chroniques». Selon Heather Boon, directrice du Comité consultatif du Programme des produits de santé naturels de Santé Canada et professeure-adjointe à la faculté de pharmacie de l’Université de Toronto, si, au Canada, les nutraceutiques, les vitamines et les minéraux sont tous classés dans la catégorie des produits de santé naturels, les premiers possèdent des propriétés qui dépassent le simple cadre de la nutrition.

C’est certainement pratique d’avaler une pilule offrant les bienfaits d’un aliment sans avoir à en subir les inconvénients potentiels, par exemple, les antioxydants du vin rouge sans l’alcool. Cependant, bien que de nombreux nutraceutiques soient prometteurs, cette catégorie de suppléments soulève un certain nombre de questions. «Les substances naturelles sont complexes», explique Paul Thomas, diététiste et consultant scientifique pour l’Office of Dietary Supplements des National Institutes of Health des États-Unis. «Selon le procédé de transformation auquel on a recours, le mélange des ingrédients du produit fini peut différer substantiellement d’une marque à l’autre.» Ce qui signifie qu’il n’est pas simple pour les professionnels de la santé de recommander une posologie pour un produit donné.

Il faut également tenir du compte du fait que les études menées sur les nutraceutiques n’en sont qu’au stade préliminaire. En outre, il est important de souligner que «naturel» ne signifie pas «sans danger». «Si le produit exerce une action positive sur l’organisme, il peut également avoir des effets négatifs, souligne Paul Thomas. Il est toujours préférable de discuter avec votre médecin des effets indésirables et des interactions possibles d’un nutraceutique avec d’autres médicaments.»

En clair, il n’est pas facile de savoir lesquels, parmi les produits nutraceutiques, sont à la hauteur des allégations de leurs fabricants et lesquels constituent une perte de temps et d’argent. L’équipe de Plaisirs Santé s’est donc penchée sur ceux dont on parle le plus. Voici ce que les résultats des études les plus récentes révèlent à leur sujet.

Acide linoléique conjugué (ALC)

Cet acide gras essentiel est présent dans les produits laitiers, le bœuf, la volaille et l’œuf. Il est habituellement vendu sous forme de capsules ou de comprimés.

Allégation: il favorise l’élimination de la graisse corporelle et, par conséquent, la perte de poids.

Est-il efficace?: Selon une revue de 18 études dont les résultats ont été publiés en 2007 dans le American Journal of Clinical Nutrition, l’ACL entraîne une perte modeste de graisse, soit environ 0,09 kilo (90 grammes) par semaine, comparativement au groupe placebo. Cela correspond à une perte de plus de 4,5 kilos par année, comparativement aux 0,35 kilos que l’on prend en moyenne.

Gardez à l’esprit: Les résultats des études sont mitigés. Dans certains cas, on a observé une élévation des marqueurs sanguins de l’inflammation ou une détérioration de la fonction vasculaire, tandis que d’autres n’ont rien révélé de tel. Lors d’une étude dont les résultats ont été publiés en 2008 dans le Journal of Lipid Research et au cours de laquelle on avait donné de l’ALC à des souris, les chercheurs ont observé une accumulation de graisse dans le foie, ce qui est associé à l’insulinorésistance et au diabète. De nombreux experts estiment qu’il faut mener d’autres études avant de se prononcer. À noter également que l’ALC pourrait interagir avec les médicaments prescrits pour le diabète et l’hyperlipidémie (taux de lipides sanguins élevés).

Conclusion: «Les composés comme l’ALC peuvent exercer une action mineure sur la perte de poids, mais aucun comprimé ne peut se substituer à l’exercice et au régime», rappelle le docteur Mark Tarnopolsky, directeur du Neuromuscular and Neurometabolic Unit du centre médical de l’Université McMaster de Hamilton. Les études qu’il a menées sur l’ALC indiquent que ce produit est sans danger, du moins quand on le prend sur une période de deux à six mois, à raison de trois grammes par jour.

Extrait d’ail

L’ail déshydraté ou vieilli est vendu sous forme de capsules, de poudre ou d’huile.

Allégation: Il fait baisser le taux de cholestérol et la pression artérielle.

Est-il efficace?: Les résultats d’études sur les animaux indiquent que l’ail fait baisser le taux de cholestérol. Cependant, ceux d’une étude plus récente publiée en 2007 dans Archives of Internal Medicine et au cours de laquelle on a donné à 192 sujets dont le taux de cholestérol était modérément élevé un supplément d’ail, de l’ail cru ou un placébo, à raison de six jours par semaine durant six mois, indiquent que le taux de cholestérol LDL (le «mauvais») n’a changé chez aucun des participants. Il est donc nécessaire de mener d’autres études avant de se prononcer sur la question.

Pour ce qui est de la pression artérielle, dans un compte-rendu de 11 études ayant porté sur l’ail et qui a été publié en 2008 dans BMC Cardiovascular Disorders, les chercheurs ont conclu que les suppléments d’ail ont fait baisser la pression systolique (qui correspond au chiffre supérieur) de 8,4 mmHg en moyenne et la pression diastolique (le chiffre inférieur) de 7,3 mmHg chez les sujets faisant de l’hypertension modérée. Ces résultats sont comparables à ceux que l’on obtient avec les médicaments hypotenseurs. Une fois de plus, les experts estiment qu’il faudrait mener d’autres études pour confirmer ces résultats.

Gardez à l’esprit: L’ail a pour effet d’éclaircir le sang. Si vous devez subir une intervention chirurgicale ou êtes sous anticoagulants (par exemple, la warfarine), il est donc préférable de consulter votre médecin avant d’en prendre. Les comprimés d’ail peuvent également interférer avec les contraceptifs oraux et les médicaments contre le VIH.

Conclusion: «Les comprimés d’ail peuvent faire baisser légèrement le taux de cholestérol et la pression artérielle, mais il est tout de même nécessaire de perdre du poids, d’apporter des changements à son alimentation, de faire de l’exercice et de prendre des médicaments comme les statines (hypocholestérolémiants)», rappelle le docteur Kenneth Melvin, cardiologue de Toronto. Les doses d’ail administrées lors des études portant sur la pression artérielle oscillaient entre 600 et 900 mg par jour.

Ginseng

On a recours essentiellement à deux espèces de ginseng, soit l’asiatique (Panax ginseng) et le nord-américain (Panax quinquifolium). L’extrait est vendu sous forme de capsule.

Allégation: le ginseng fait baisser la glycémie (taux de sucre sanguin).

Est-il efficace?: Les résultats d’une étude menée en 2008 à l’Université de Toronto et portant sur le ginseng asiatique indiquent qu’il y a eu amélioration de la glycémie et du taux d’insuline chez les sujets diabétiques sous traitement médicamenteux qui ont pris un supplément de ginseng pendant 12 semaines; on n’a pas observé ces résultats chez les diabétiques sous placebo. Les résultats d’une étude antérieure menée par la même équipe indiquaient que le ginseng nord-américain contribuait à faire baisser la glycémie chez les diabétiques sous médication.

Gardez à l’esprit: Il est conseillé aux diabétiques ou aux personnes sous anticoagulants de consulter un médecin avant de prendre du ginseng. À noter également que les résultats varient selon le type de ginseng administré, prévient Vladimir Vuksan, le chercheur qui a mené les études à l’hôpital St. Michael de Toronto et est titulaire d’une chaire de médecine et de sciences de la nutrition à l’Université de Toronto. Ainsi, il a observé que si le ginseng nord-américain de culture (essentiellement cultivé en Ontario) et certaines variétés de ginseng coréen ont contribué à faire baisse la glycémie, ce n’est pas le cas de l’espèce japonaise ni du ginseng nord-américain sauvage. Quant au ginseng sibérien et à l’espèce chinoise, ils ont plutôt eu pour effet de l’élever.

Conclusion: «Si votre diabète est pris en charge grâce aux médicaments et à votre alimentation, vous pouvez envisager le ginseng comme complément à ces deux approches, explique Vladimir Vuksan. Nous conseillons d’opter pour le ginseng nord-américain cultivé en Ontario, à prendre à raison d’un gramme, trois fois par jour, avant les repas.»

Glucosamine

Cet acide aminé contribue à l’élaboration du cartilage qui protège les articulations. Il est dérivé de la chitine (carapace du crabe, du homard et de la crevette) et vendu sous forme de capsules ou de comprimés.

Allégation: elle soulage la douleur et la raideur causées par l’arthrose et en retarde la progression.

Est-elle efficace?: Les résultats sont mitigés. Ceux d’un essai clinique de grande envergure publié en 2006 dans le The New England Journal of Medicine indiquent que l’administration d’un supplément de glucosamine/chondroïtine (le sulfate de chondroïtine est également dérivé de la chitine; il favorise la rétention d’eau par le cartilage) a permis de soulager la douleur modérée à grave chez les volontaires souffrant d’arthrose du genou, mais pas la douleur légère. Dans un article publié par The Cochrane Library, des chercheurs ayant analysé les résultats de 25 études menées entre 1980 et 2004 concluent qu’ils sont contradictoires: dans certains cas, la glucosamine a permis de soulager la douleur et d’augmenter la mobilité des articulations, dans d’autres, elle n’a pas eu plus d’effet que le placebo.

Gardez à l’esprit: Si vous êtes diabétique, souffrez d’une allergie aux crustacés ou aux mollusques, ou suivez une diète pauvre en potassium ou en sodium, vous devriez consulter un médecin avant de prendre de la glucosamine.

Conclusion: «Je conseille habituellement à mes patients d’essayer la glucosamine pendant deux ou trois mois», explique Joanne Homik, directrice de la division de rhumatologie de l’Université de l’Alberta. «Si cela vous aide, continuez d’en prendre, sinon, arrêtez.» Dans la plupart des études, la dose administrée était de 500 mg à raison de trois fois par jour pour une période de 30 à 90 jours.

Extrait de pépin de raisin et resvératrol

L’extrait de pépin de raisin renferme de la proanthocyanidine, un puissant antioxydant. Quant au resvératrol, il s’agit aussi d’un antioxydant qui est dérivé de la peau du raisin. Ces deux extraits sont vendus sous forme de capsules ou de comprimés, parfois en association dans un même emballage.

Allégations: Ils combattent le cancer, le diabète et l’hypertension artérielle.

Sont-ils efficaces?: L’un des premiers essais cliniques qu’on a menés sur l’extrait de pépin de raisin portait sur l’hypertension artérielle. «Nous avons découvert que le vin rouge stimulait l’endothélium (couche de cellules qui tapisse les vaisseaux sanguins) et détendait les vaisseaux sanguins», explique le docteur C. Tissa Kappagoda, directeur du programme de cardiologie préventive de l’université de la Californie à Davis. «Puis, nous avons cherché à savoir ce qui arriverait si on éliminait l’alcool. Nous avons alors mené deux essais sur l’extrait de pépin de raisin, le premier portant sur le syndrome métabolique (ensemble de facteurs comprenant hypertension artérielle, glycémie élevée, graisse abdominale en excès et hypercholestérolémie), le second sur la préhypertension. Dans les deux cas, la pression artérielle a baissé.»

La plupart des études plus récentes ont été menées sur des animaux ou in vitro. Dans une étude dont les résultats ont été publiés en 2008 dans Cancer Prevention Research, on a découvert que le resvératrol inhibait in vitro la formation de cellules anormales associées au cancer du sein. Dans une autre étude in vitro publiée en 2008 dans Diabetes, Obesity and Metabolism, on a découvert qu’il protégeait les vaisseaux sanguins contre les lésions cellulaires résultant des complications du diabète.

Gardez à l’esprit: L’extrait de pépin de raisin et le resvératrol sont considérés comme sans danger mais que leurs interactions potentielles avec les médicaments n’ont pas été bien étudiées.

Conclusion: «Les personnes qui envisagent de faire de l’exercice et de surveiller leur alimentation dans le but de faire baisser leur pression pourraient prendre un extrait de pépin de raisin afin d’accroître les effets de ces deux approches», conseille C. Tissa Kappagoda. Dans l’étude qu’il a menée, les sujets ont pris 150 à 300 mg d’extrait par jour pendant un mois. La Resvéravine, forme concentrée de resvératrol, est vendue sous forme de capsules de 50 mg.

Essence d’origan

Cette huile essentielle est dérivée de l’origan sauvage. Elle est habituellement vendue sous forme liquide.

Allégations: Elle contribue à combattre les infections virales, bactériennes et fongiques.

Est-elle efficace?: Les adeptes de l’aromathérapie ne jurent que par elle pour la prévention des rhumes et de la grippe, mais il existe peu, voire pas d’études cliniques permettant de prouver ces allégations. On l’étudie surtout en sciences de la nutrition, car elle a la propriété de prévenir la multiplication microbienne sur les viandes réfrigérées. Au cours d’une étude en laboratoire, Harry Preuss, professeur de physiologie à l’université Georgetown de Washington, D.C., a découvert que des doses relativement faibles étaient aussi efficaces que les antibiotiques couramment utilisés pour empêcher la prolifération du staphylocoque, une bactérie nuisible. On a aussi découvert au cours d’études en laboratoire menées récemment qu’elle inhibait diverses souches de candida (microorganisme qui peut causer des infections vaginales à champignons) ainsi que le E. coli antibiorésistant.

Gardez à l’esprit: Bien qu’on ne lui connaisse pas d’effets secondaires ou d’interactions médicamenteuses, l’essence d’origan n’a pas été étudiée à fond. Par conséquent, n’abandonnez pas vos médicaments. En outre, ne prenez pas cette essence si vous êtes allergique aux plantes de la famille de la menthe, dont le thym, la sauge et le basilic.

Conclusion: Il n’y a pas de problème à prendre de l’essence d’origan une ou deux fois par semaine durant l’hiver pour la prévention ou le traitement du rhume ou de la grippe, explique Iva Lloyd, naturopathe exerçant à Markham (Ontario) et ancien président de l’Association canadienne des docteurs en naturopathie. «Cependant, je ne conseille pas d’en prendre à l’année longue.» Selon la marque du produit, le dosage varie de 5 à 15 gouttes par jour, à raison de 2 ou 3 fois par jour. Si elle est concentrée, mélangez-la avec de l’eau.

Psyllium

On vend sous ce nom la fibre alimentaire qui est extraite de l’enveloppe de la graine du Plantago ovata. Elle se présente sous forme de capsule ou de poudre; on l’ajoute également à certaines céréales.

Allégation: Le psyllium fait baisser le taux de cholestérol et atténue l’inflammation, favorisant ainsi la santé cardiaque.

Est-il efficace?: Les résultats d’études, dont une qui a été publiée en 2008 dans le European Journal of Clinical Nutrition (EJCN), indiquent que le psyllium contribue à faire baisser le taux de cholestérol LDL (le «mauvais») sans modifier le taux de LDL (le «bon»). Par contre, les résultats d’études portant sur son action sur la protéine C réactive (CRP), marqueur inflammatoire dont la présence dans le sang indique un risque de crise cardiaque, sont contradictoires. Lors d’une étude menée en 2007 à l’université médicale de la Caroline du Sud, on a découvert que la consommation régulière de fibres de psyllium sous forme d’aliments ou de suppléments avait pour effet d’abaisser sensiblement le taux de CRP. En revanche, au cours d’une autre étude menée en 2008 par le même chercheur qui, cette fois, n’avait donné aux sujets que des suppléments de psyllium, on n’a observé aucune baisse du taux de CRP, ce qui semble indiquer que les aliments riches en fibres pourraient être plus efficaces que les suppléments.

Gardez à l’esprit: Si vous souffrez du diabète ou d’un trouble tractus digestif, par exemple le syndrome du côlon irritable (SCI), vous devriez un médecin avant de prendre du psyllium. Cette fibre est utile à certaines personnes souffrant du SCI, mais pas à toutes.

Conclusion: «En consommant une céréale de grains entiers enrichie de psyllium, vous obtenez également du fer, des vitamines B, du zinc et du magnésium», rappelle Bonnie Conrad, diététiste de Halifax. Les patients de l’étude publiée dans le EJCN prenaient 3 à 20 grammes de psyllium par jour.

Recherchez les lettres NPN

Avant d’acheter un nutraceutique, assurez-vous que l’étiquette porte les lettres NPN (numéro de produit naturel) suivies d’un numéro de huit chiffres (par exemple, NPN 12345678). Cela constitue une garantie que le produit a été évalué par Santé Canada, qui a décrété qu’il était exempt de risque et efficace quand on le prenait suivant le mode d’emploi indiqué, et qui en a autorisé la vente au Canada. Vous pouvez également consulter la Base de données des produits de santé naturels homologués (BDPSNH) de Santé Canada.

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