Choix de lecture: Le fils de la veuve

Le fils de la veuve, de Gil Adamson, plonge le lecteur dans les traces d’un bandit taciturne, dans l’Ouest canadien, à l’époque de la Première Guerre mondiale.

Le fils de la veuve: le livre du mois.àÉditions Boréal

De quoi ça parle

Dans la suite de son roman à succès de 2007, La veuve (il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier), Gil Adamson traque William Moreland, un bandit taciturne, dans l’Ouest canadien, à l’époque de la Première Guerre mondiale. Surnommé le «coureur des crêtes», il écume les Rocheuses, pillant argent et nourriture. Au début de l’histoire, il se lance à la recherche de son fils de 12 ans, Jack, qu’il a laissé des années plus tôt aux bons soins d’une nonne irritable et autoritaire, sœur Béatrice. Le roman suit le parcours des deux hommes dans leur désir de se retrouver. Moreland échappe à de sordides gardes, à des bûcherons et à des griz­zlis; de son côté, Jack trompe la surveillance de sœur Béatrice en plein cœur de la nuit, survit seul dans une cabane dans les bois et campe dans les montagnes en compagnie de chasseurs, passant de l’enfance à l’âge d’homme en chemin.

Pourquoi vous aimerez ça

La culture populaire foisonne d’histoires d’aventuriers à la conquête de l’Ouest américain, mais nous avons rarement vu d’équivalent canadien – et si les westerns spaghettis sont poussiéreux et ensoleillés, l’univers de Gil Adamson est bien entendu froid, austère et majestueux, une nature sauvage et intacte soudain émaillée de camps de bûcherons et de villes minières. Les descriptions sont si vivantes qu’elles vous projetteront dans l’univers du «coureur des crêtes». Moreland porte le deuil de sa femme – et mère de Jack – qui lui avait offert un semblant de stabilité avant de mourir, le laissant seul et mélancolique. Jack est contraint d’apprendre à subsister dans la forêt tout en apprivoisant la colère qu’il éprouve envers ce qui lui apparaît comme l’abandon de son père.

Mais le personnage le plus fascinant de tous est sœur Béatrice, dont la carapace cache en réalité une amère solitude et le désespoir d’avoir perdu le garçon qu’elle a aidé à élever. En son cœur, il s’agit d’un roman sur la solitude et les raisons pour lesquelles nous avons besoin des autres – un sujet auquel nous sommes tous sensibles en cette période de distanciation physique.

Qui l’a écrit

Gil Adamson a grandi à Toronto et a d’abord écrit de la poésie et des nouvelles ainsi qu’une biographie non officielle de l’actrice de X-Files Gillian Anderson intitulée Mulder, It’s Me. Elle a passé près de 10 ans à préparer son premier roman, La veuve, un western littéraire qui relate l’histoire de Mary Boulton, une veuve de 19 ans fuyant la justice (révélation: il s’agit de la femme décédée de William Moreland dans Le fils de la veuve). L’attente en valait la peine: le livre a connu un succès retentissant au Canada.

Extrait

William Moreland poursuivait sa route vers le sud. Quand la lune brillait, il marchait toute la nuit, pataugeant dans l’herbe sèche de la plaine. Il était seul et transportait sur son dos la totalité de ses maigres possessions.

C’était le mois de novembre, et la neige s’attardait à l’ombre et dans les fossés, mais elle était vieille, sèche, friable comme de la meringue.

Descendu des Rocheuses par le versant sous le vent, il foulait la prairie vallonnée qui s’étend de l’Alberta jusqu’au Montana. Ayant laissé derrière lui le seul vrai foyer qu’il eût connu, il cheminait vers la frontière.

Les journées étaient froides, mais le soleil brillait impitoyablement. À midi, Moreland cuisait dans son manteau; la nuit, couché sur le sol glacé, il frissonnait et geignait comme un chien. Après quatre jours et quatre nuits, ses pieds étaient en piteux état. Il les imaginait couverts de sang, sans se décider à retirer ses bottes pour y jeter un coup d’œil.

[…] Depuis des jours déjà, il avait perdu de vue les crêtes qu’il considérait comme son chez-lui, et il voyait maintenant défiler des sommets dont il ne gardait qu’un souvenir flou et lointain du temps de sa jeunesse, des formes à demi familières, visages de connaissances anciennes. (p. 11-12)

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Le fils de la veuve, Gil Adamson, éditions Boréal, 29,95$

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