Le soutien-gorge après le cancer du sein

Pour plusieurs personnes qui ont vaincu le cancer du sein, porter un soutien-gorge confortable ou une prothèse adéquate peut compter pour beaucoup dans leur équilibre physique et émotionnel. Mais trouver le soutien-gorge qui convient après le cancer n’est pas forcément une tâche facile.

Le soutien-gorge après le cancer du sein

Il est déjà difficile de trouver le bon soutien-gorge quand tout va bien. Mais en chercher un après une double mastectomie ou pendant un épuisant traitement de chimiothérapie et de radiation est un défi encore plus grand. Wendy Farha, 51 ans, a survécu au cancer du sein; pour elle, cette recherche a pris des airs de corvée.

Au cours des derniers mois, cette artiste montréalaise a écumé les Wal-Mart, La Senza et Sears afin de trouver la prothèse et le soutien-gorge postmastectomie qui conviendraient à son anatomie, tout en respectant son budget. Mais elle rentrait toujours à la maison les mains vides.

Sa lutte contre le cancer a débuté en août 2009, lorsqu’elle a découvert une bosse à son sein droit.

Préoccupée, elle a passé une mammographie. «Les spécialistes ont dit qu’il n’y avait probablement rien, mais qu’ils allaient vérifier juste au cas, raconte-t-elle. J’ai subi une biopsie qui s’est avérée positive.» 

Compte-tenu que, dans sa famille, sa mère et sa tante avaient eu toutes les deux un cancer récurrent du sein, elle a opté pour la mastectomie double.

Quatre semaines après le diagnostique, ses deux seins 40DD avaient disparu. Elle ne s’apitoie pas sur cette perte: «maintenant, je peux dormir sur le ventre, dit-elle en riant, mais je ne me sens pas complètement confortable avec la poitrine plate.» 

Lorsqu’elle met le pied à l’extérieur de la maison, son absence de seins la rend très consciente du regard des autres. «Je n’aurais pas pensé que ça me troublerait autant, je me surprends moi-même.», affirme Wendy Farha.

Son besoin de paraître et de se sentir bien la motive dans sa recherche d’une prothèse et d’un soutien-gorge postmastectomie, même si cette démarche est pénible. 

À l’instar de nombreuses femmes, après l’opération, elle a porté une camisole postopératoire pour camoufler les bandages. Ces camisoles, que l’on peut se procurer dans la plupart des provinces canadiennes, ont des poches pour recevoir les drains. Et on peut glisser des formes de mousse dans les bonnets pour donner du relief à la poitrine. 

Au bout de six semaines, avec l’approbation du médecin, les patientes peuvent troquer la camisole pour le soutien-gorge postmastectomie, un vêtement adapté pour répondre aux besoins de celles qui ont survécu à ce cancer. Généralement, ce type de soutien-gorge n’a pas d’armature et les bretelles sont plus larges et plus épaisses. Les bonnets sont plus hauts afin de cacher la cicatrice et l’absence de buste, et ils ont une poche pour y insérer une forme partielle de sein, habituellement en mousse, ou une prothèse complète. La majorité des prothèses sont faites en silicone et ont la forme et le poids d’un véritable sein.

Même si certains hôpitaux donnent à leurs patientes une liste de détaillants, plusieurs sont laissées à elles-mêmes pour chercher la prothèse et le soutien-gorge qui peut jouer un rôle essentiel dans le processus de guérison. 

La prothèse adéquate et le bon soutien-gorge postmastectomie peuvent contribuer à améliorer l’apparence, mais ce n’est pas leur seule utilité. «Après une chirurgie mammaire conservatrice ou une mastectomie simple, les femmes  peuvent avoir des problèmes d’équilibre et d’alignement qui affectent la colonne vertébrale, l’épaule et le cou», explique Joyce Nyhof-Young, chercheuse au programme des survivants du cancer du sein à l’Hôpital Princess Margaret de Toronto. Une prothèse et particulièrement un soutien-gorge de la bonne taille élimineront ces problèmes potentiels.

Il faut aussi ajouter une composante émotionnelle. «La perception que vous avez de vous-même peut être altérée après une telle chirurgie, et le soutien-gorge peut vous redonner confiance, si ce n’est pas complètement, du moins à un niveau acceptable.», souligne Joyce Nyhof-Young.

Pour de nombreuses survivantes au cancer du sein, le magasinage de sous-vêtements postmastectomie peut générer beaucoup d’émotions. Pour Diane Thomson, propriétaire de Diane’s Lingerie à Vancouver, l’aspect émotionnel est exacerbé dans une cabine d’essayage parce que beaucoup de femmes se voient dans un miroir pour la première fois depuis l’opération. «Elles observent les réactions de la vendeuse face à leur apparence.» Diane Thomson mentionne que certaines clientes doivent revenir plusieurs fois faire des essayages avant de se sentir à l’aise, mais que la plupart sont bien contentes au final. Elles sont surprises en constatant la différence.» 

Si cette expérience fait partie de la guérison pour certaines, toutes ne sont pas en mesure de bien la vivre. Pour Wendy Farha qui suit toujours un traitement, la recherche d’un soutien-gorge postmastectomie et d’une prothèse a constitué une partie difficile de la guérison parce que ces produits sont très chers.

Une prothèse de silicone coûte 400$ par sein, et une prothèse partielle utilisée après une chirurgie conservatrice se vend à compter de 200 $. Mais, bonne nouvelle, certains assureurs privés remboursent le coût des prothèses et il y a des organismes sans but lucratif qui offrent une aide financière. Certaines provinces dont le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba remboursent une partie du coût des prothèses. Ces montants varient selon les provinces; consultez votre régime d’assurance maladie pour connaître les détails. En Ontario, les patientes reçoivent un montant de 195$ par prothèse.

Même si la province rembourse une partie des montants, cela signifie qu’une femme peut avoir à payer de sa poche près de 400$. Il faut aussi ajouter entre 50 et 100$ pour le soutien-gorge qui n’est pas remboursé dans toutes les provinces. Wendy Farha explique qu’elle est déjà prise à la gorge par sa maladie et elle trouve que ces dépenses additionnelles sont injustes.

Il y a beaucoup de pauvreté associée au cancer. «Plusieurs femmes doivent cesser de travailler, explique-t-elle. Compositrice et interprète, je suis travailleuse autonome et je ne bénéficie pas de l’assurance emploi.»

D’après Aleksandra Chafranskaia, responsable du Programme d’aide aux survivantes du cancer à l’Hôpital Princess Margaret, les préoccupations de Wendy Farha ne sont pas isolées.

«Nous savons très bien que ce ne sont pas toutes les patientes qui ont assez d’argent pour se procurer un soutien-gorge dans une boutique spécialisée.», affirme Aleksandra Chafranskaia. Pour éliminer cette préoccupation financière, des programmes d’accompagnement existent pour montrer aux femmes à coudre une pochette pour insérer une prothèse dans leur soutien-gorge actuel et fournissent même des patrons pour fabriquer soi-même un soutien-gorge. 

D’autres associations réalisent également l’importance de la disponibilité des vêtements pour celles qui ont subi le cancer du sein. Joyce Nyhof-Young s’est associée à l’École de mode de l’Université Ryerson pour élaborer une collection de vêtements et d’accessoires (photos ci-dessous) pour les femmes atteintes du lymphoedème, une complication postopératoire survenant occasionnellement.

Certaines boutiques ont un personnel spécialisé pour aider les femmes à trouver le soutien-gorge et la prothèse qui conviennent. Les femmes qui ont vaincu le cancer du sein représentent près de 25% de la clientèle de la lingerie Brava Boutique de Toronto. La propriétaire Christine Lackan explique qu’elle tient compte du budget de ses clientes lorsqu’elle leur propose des modèles de prothèse.

Wendy Farha espère que les sous-vêtements qu’elle désire deviendront moins chers et plus accessibles, même dans les grandes surfaces.

En attendant, elle fait du bricolage pour épingler la mousse de ses prothèses postopératoires à l’intérieur de son propre soutien-gorge. Cette méthode de fortune vaut tout de même mieux que le rembourrage du soutien-gorge avec des chaussettes, une méthode utilisée par une de ses connaissances.

Si elle a vaincu son cancer, Wendy Farha ne se laissera pas déprimer par la chasse à la prothèse ou au soutien-gorge. Elle est confiante de voir bientôt une plus grande accessibilité à meilleur prix des soutiens-gorge et des prothèses postmastectomie, non seulement pour elle mais pour toutes les femmes qui sont aux prises avec le cancer du sein.

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