Qui dit vrai? À la chasse aux fausses nouvelles!

À l’ère de la désinformation, partir en chasse contre les fausses nouvelles en vérifiant ses sources et en privilégiant le journalisme sérieux est plus important que jamais.

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De fausses nouvelles sur Justin Trudeau ont permis à deux adolescents de gagner de l'argent. Bart Lenoir/Shutterstock

En novembre 2014…

Yaman Abuibaid et Daré Adebanjo, deux adolescents passionnés d’informatique de St. Catharines, en Ontario, cherchaient un moyen de faire de l’argent rapidement. Stupéfaits par la facilité avec laquelle leurs amis s’étaient laissés berner par un article d’un journal satirique au sujet d’une star de téléréalité, ils ont décidé de créer leur propre site parodique, « Hot Global News », en espérant percevoir l’argent de la publicité. Au début, le projet leur rapportait peu mais, au bout d’un an, le duo a tiré le gros lot.

Pendant et après la campagne électorale canadienne de 2015, ils ont publié des dizaines d’articles satiriques : « Trudeau interdit à Trump l’entrée au Canada » ; « Trudeau soutient l’État islamique »; « Trudeau distribue du cannabis le soir de l’Halloween ». Ces articles, partagés des centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, ont provoqué des vagues de soutien et d’indignation.

« Justin Trudeau et tout sujet lié à la marijuana constituaient pour eux une formule infaillible », affirme Craig Silverman, rédacteur en chef de BuzzFeed News, qui a publié un article sur le « faux projet » des adolescents. Avant que ceux-ci ne soient démasqués, leur site avait rapporté plus de 10 000 $ en revenus publicitaires pour le seul mois d’octobre 2015.

Lorsque les dictionnaires Oxford ont fait de post-truth (« postvérité ») leur mot de l’année 2016, ils n’avaient sans doute pas à l’esprit de jeunes élèves audacieux du secondaire. La désinformation numérique – provenant d’enfants espiègles ou d’une propagande politique malveillante – est en hausse. Heureusement, il existe des moyens simples de séparer le bon grain de l’ivraie.

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Les fausses nouvelles peuvent être démasquées en vérifiant la source. Rawpixel.com/Shutterstock

Vérifier la source

Avant l’avènement d’internet, les Canadiens se fiaient à leur journal ou à leur station de radio préférés pour s’informer. Aujourd’hui, selon une étude menée par le Pew Research Center en 2018, 42 % des Canadiens utilisent les réseaux sociaux au moins une fois par jour – Facebook, Twitter et même Instagram – pour suivre 
l’actualité.

« L’information provient maintenant d’un si grand nombre de sources qu’il faut se montrer responsable face à ce qu’on lit, affirme Craig Silverman. On ne peut plus prendre tout au pied de la lettre. »

Il conseille de consulter un éventail de sources différentes plutôt que de se contenter d’une seule, mais aussi de se renseigner au préalable sur les sources en question. « Les sites sérieux révèlent qui ils sont – les personnes responsables, où elles sont, leur mission, énumère Craig Silverman. Le manque d’information est un signe qui ne trompe pas. » Lorsque vous tombez sur un site inconnu, il recommande de chercher la page « à propos » pour trouver ces renseignements, puis de regarder la page d’accueil pour déceler une -tendance aux titres bizarres. Chercher le nom du site sur Google permet aussi de découvrir si d’autres sources, par exemple Wikipédia, le considèrent comme de la satire ou de la désinformation.

Jessica Johnston de CIVIX Canada, un organisme caritatif pour l’engagement civique qui a récemment lancé un projet pilote sur la culture de l’information pour les étudiants, soutient qu’il faut aussi se pencher sur l’histoire d’un média et la taille de son auditoire. Par exemple, une webdiffusion peu familière et regardée par une centaine d’abonnés à peine doit être abordée avec plus de prudence qu’une chaîne de télévision qui existe depuis 20 ans et compte des millions de téléspectateurs.

Confrontés à la prolifération de fausses informations, les Canadiens reviennent aujourd’hui aux médias traditionnels. Des recherches menées par la firme internationale de communications Edelman ont démontré que 61 % des sujets interrogés faisaient confiance au journalisme traditionnel, soit 10 points de plus que l’année précédente.

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Les fausses nouvelles circulent beaucoup grâce aux réseaux sociaux. Twin Design/Shutterstock

Dépister la désinformation

Les fausses nouvelles se répandent majoritairement sur les réseaux sociaux, selon Gordon Pennycook, professeur adjoint à l’Université de Regina, qui a étudié ce phénomène à l’Université Yale. « Si vous suivez l’actualité sur Facebook, il faut considérer l’information avec beaucoup d’esprit critique », déclare-t-il.

Il recommande de lire attentivement l’adresse URL du média : un lien vers Bloomberg.com vous conduira sur le site internet de ce magazine d’affaires, tandis qu’un lien vers Bloomberg.market vous mènera à une mauvaise imitation du même site. Si un contenu n’est pas publié directement par sa source, regardez qui l’a partagé : est-ce un proche bien informé, ou un ami qui a souvent des points de vue extrêmes? Quoi que vous fassiez, ne vous contentez pas de lire le titre – selon des recherches publiées par l’Université Columbia et l’Institut national français, environ 59 % des liens qui circulent sur Twitter ne sont jamais ouverts, parfois pas même par les personnes qui les partagent. Ce n’est qu’en cliquant que vous pourrez voir si le titre est exact et récent.

Par exemple, il vous faudra creuser un peu pour vous rendre compte qu’une citation de Justin Trudeau qui a circulé sur les réseaux sociaux lors de la campagne électorale en 2015 – « Je ne lis pas les journaux. Je ne regarde pas les nouvelles » – datait de 2001. Les photos aussi peuvent être détournées, comme ce portrait d’un imam de Mississauga accompagné d’une fausse nouvelle au sujet d’une mosquée texane refusant de prêter main-forte aux non-musulmans après le passage de l’ouragan Harvey. Craig Silverman soutient qu’un moyen sûr de repérer une fausse image est d’utiliser la fonction de « recherche inversée d’image » de Google, qui permet de connaître la date et la provenance d’une photographie.

Si aucune de ces stratégies ne vous aide à vérifier une nouvelle, Gordon Pennycook conseille d’effectuer une recherche sur d’autres sources en ligne comme Snopes, Politifact et FactCheck.org. « Très souvent, les fausses nouvelles ont déjà fait l’objet d’une vérification factuelle. »

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Pour limiter les fausses nouvelles, les lecteurs doivent faire partie de la solution.GaudiLab/Shutterstock

Faites partie de la solution

Les fausses nouvelles sont conçues pour devenir virales afin d’obtenir des « clics », de vendre de la publicité ou de propager une idéologie. Par définition, puisqu’elles sont fausses, ces histoires n’ont pas de limites pour atteindre leur objectif – elles peuvent être aussi étranges et provocantes que nécessaires. Par exemple, certains reportages à la suite de l’attaque au camion-bélier à Toronto en avril dernier, identifiaient à tort le conducteur comme djihadiste.

« Ces articles jouent sur l’émotion en employant un vocabulaire lourd de sous-entendus », affirme Jessica Johnston. Elle ajoute que les fausses nouvelles cherchent souvent à choquer, à provoquer l’indignation ou une joie intense. « Lorsqu’on éprouve un sentiment, on a envie de le partager. C’est un besoin humain. » Son conseil : « Si vous avez soudain très envie de partager une nouvelle, vous devriez prendre une pause et vous demander : “est-ce bien vrai ?”. »

Si vous remarquez qu’un ami ou un proche partage de la désinformation, Craig Silverman suggère de leur en parler hors ligne, sans les mettre à l’épreuve. « Dénoncer quelqu’un sur Facebook ne fera pas changer son comportement, affirme-t-il. Ça aura l’effet inverse. » Au lieu de les sermonner ou de les ridiculiser, faites preuve de tact. « Toute personne – quels que soient son âge, son niveau intellectuel, ses idées politiques ou l’endroit où elle vit – lutte face à ce nouvel environnement médiatique chaotique et déroutant. On ne devrait pas avoir honte de se faire avoir par une fausse nouvelle, dit-il. Mais si on prend le temps de réfléchir une minute de plus, on sera capable d’arrêter la propagation de ces mensonges. »

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Contenu original Selection du Reader’s Digest