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8 façons que Youtube a changé le monde

Clips musicaux, conférences, canulars idiots ou chats hilarants, ce phénomène en ligne a envahi nos vies.  

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Le potentiel de Youtube pour changer le monde et les perceptions

Le potentiel de Youtube pour changer le monde et les perceptions

UN JEUNE HOMME D’APPARENCE ORDINAIRE se tient devant un groupe d’éléphants au zoo de San Diego. « Hum, le truc avec ces bestioles, c’est qu’elles ont de longues, mais alors très, très longues trompes, marmonne-t-il maladroitement face à une caméra. Et c’est à peu près tout ce qu’on peut en dire. » Difficile de croire que le chargement de ce clip banal sur un nouveau site web baptisé YouTube, le 23 avril 2005, ait pu déclencher une révolution. Et pourtant… 

Sa «vedette» était Jawed Karim, originaire d’Allemagne de l’Est, qui a développé YouTube avec Steve Chen, né à Taipei, et Chad Hurley. Les trois hommes avaient compris qu’il manquait au web un service permettant à tout le monde de partager ses vidéos personnelles. Leur site est devenu si populaire qu’un an après sa mise en ligne, 25 millions de vidéos y étaient visionnées quotidiennement. Dix ans plus tard, le nombre mensuel de visiteurs dépasse le milliard. Ils y regardent six milliards d’heures de vidéos et y téléchargent 100 heures de films par minute. 

Des dialogues en ligne aux discours présidentiels, il y a de tout pour tous les goûts dans ces milliards de clips. Tout le monde s’y est mis, du geek dans sa chambre à coucher aux multinationales, arrachant YouTube à sa marmonnante obscurité initiale pour en faire un phénomène mondial qui a révolutionné nos méthodes de travail, nos loisirs et nos divertissements. 

La perception du monde 

De la vie quotidienne dans l’île de Pitcairn au calvaire de grimpeurs bloqués sur le K2, YouTube nous offre un panorama de la vie sur terre bien plus vaste que n’importe quel documentaire ou cahier spécial dans un magazine. Plus nous découvrons de lieux et de coutumes dans ces films tournés par les « gens du cru », moins ils nous paraissent étranges et différents, ce qui, souvent, nous oblige à revoir nos idées reçues. Les images des habitants d’un village arctique, pauvres et pourtant heureux et unis, peuvent nous pousser à reconsidérer nos priorités, par exemple. Mais ce n’est pas là le plus profond des chocs potentiels. 

« J’ai connu au Kenya une gamine qui gardait des chèvres, raconte Don Tapscott. Elle avait un portable à pile solaire avec lequel elle pouvait charger et regarder des vidéos sur YouTube. Elle n’avait pas l’eau courante ni l’électricité, elle était enceinte d’un mari qui l’avait achetée 180 chèvres, mais elle participait à une expérience médiatique planétaire. Imaginez la dissonance cognitive que YouTube peut lui apporter. Imaginez la cassure. » 

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Youtube : une nouvelle façon de s'éduquer

Youtube : une nouvelle façon de s’éduquer

On trouve sur YouTube des milliers de tutoriels gratuits mis en ligne par des amateurs de bonne volonté et des entreprises, grâce auxquels on peut apprendre à faire à peu près n’importe quoi. C’est aussi un centre d’enseignement plus avancé. Les conférences TED, par exemple, sont des exposés de spécialistes sur les sujets les plus divers, des tribus d’Amazonie aux fractales. La Khan Academy est une organisation à but non lucratif qui propose des outils et énigmes pédagogiques ainsi que de brèves leçons de mathématiques, d’économie, de santé et d’astronomie. Grâce à YouTube, elle a diffusé 400 millions de cours dans des écoles de tous les milieux, des banlieues cossues de Grande-Bretagne aux villages indiens déshérités.

Même des chercheurs passent par YouTube pour diffuser leurs découvertes : en 2008, Johnny Chung Lee, doctorant à l’Université Carnegie Mellon, a posté une vidéo, qui a récolté plusieurs millions de vues, montrant comment une manette de Nintendo Wii pouvait transformer un simple écran de télé en interface de réalité virtuelle. 

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Youtube comme outil par excellence de l'archivage

Youtube comme outil par excellence de l’archivage

« YouTube est un formidable aide-mémoire, affirme Don Tapscott. Y est archivée une quantité phénoménale d’images sur les événements passés et en cours partout dans le monde, accessible à tous. »

Les vidéos YouTube permettent de revivre une fête de famille à laquelle on n’a pas assisté, comme si on y était. Ou de retrouver un vieux reportage régional oublié, de reparcourir la route de campagne sur laquelle on adorait se balader avant qu’elle ne disparaisse sous une chape de béton, de voir des écrivains et des artistes depuis longtemps disparus. YouTube nous donne une perception bien plus nette et plus complète du passé que les récits de n’importe quel livre d’histoire ou documentaire. 

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Youtube : première source mondiale de l'information ISTOCK

Youtube : première source mondiale de l’information

En 2012, une étude du groupe de réflexion américain Pew Research Center a révélé que YouTube était devenu la première source mondiale d’information. Cinq mois sur les 15 de l’étude, le terme le plus recherché sur le site était lié à l’actualité.

Fait à noter, 39 % des vidéos les plus visionnées appartenaient à des particuliers et non à des organisations de presse, preuve que le vidéojournalisme citoyen est devenu une force puissante. Plusieurs événements marquants ont été documentés d’abord – et souvent seulement – ou plus efficacement par des amateurs, comme le tsunami japonais ou l’exécution de Saddam Hussein. Une vidéo anonyme de la mort de Neda Agha-Soltan, une opposante iranienne abattue en 2009, a d’ailleurs obtenu le prix George-Polk de journalisme. 

YouTube et ses utilisateurs dictent désormais leur ordre de priorité aux diffuseurs, note John Blossom. Ils déterminent l’événement qui attise le plus l’intérêt des spectateurs, à la place des rédacteurs en chef et producteurs d’émissions. « Les grandes organisations de presse doivent s’aligner sur YouTube pour avoir une chance de retenir l’attention du public quand les événements se bousculent », ajoute-t-il. 

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Youtube comme outil politique pour la liberté d'expression    Shutterstock

Youtube comme outil politique pour la liberté d’expression

YouTube a offert aux « sans-voix » une magnifique tribune pour dénoncer les malversations de l’État et mobiliser le désir de changement – surtout dans les pays où la liberté d’expression est limitée. 

Les rebelles syriens s’en sont servi pour faire parler de leur soulèvement contre le président Assad. Le groupe punk russe Pussy Riot y a diffusé sa manifestation contre Poutine en février 2012 dans une église de Moscou. Et des images des premiers mouvements sociaux pour le départ de Hosni Moubarak, sur la place Tahrir au Caire, se trouvaient sur YouTube, galvanisant l’opposition, bien avant que les médias officiels ne comprennent ce qui se passait. 

YouTube accorde également une grande visibilité à des points de vue plus polémiques ou gênants, comme la propagande extrémiste, ou encore le discours de novembre 2013 du ministre des Affaires étrangères iranien Mohammed Javad Zarif, plaidant auprès du public occidental pour le droit de son pays à devenir une puissance nucléaire. 

Mais le site a presque certainement causé plus de bien que de mal. Il a notamment braqué les projecteurs sur les besoins de financement de projets agricoles en Afrique et sur le « Ice Bucket Challenge », qui a recueilli plus de 106 millions de dollars pour une association de la maladie de Charcot aux États-Unis, et d’autres œuvres caritatives. 

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Le monde des affaires, selon Youtube

Le monde des affaires, selon Youtube

YouTube a métamorphosé le marketing, affirme John Blossom. « Pour une entreprise ou un produit, une présence forte sur le site est presque indispensable. » Parce que c’est un excellent vecteur publicitaire, mais aussi parce que les commentaires informent en direct les annonceurs sur la manière dont leur produit est perçu, ce qui permet d’adapter le marketing en conséquence.

En revanche, YouTube sape le contrôle que les entreprises tentent d’exercer sur l’image de leurs produits. Les blogueurs qui critiquent aussi bien des supervoitures que des restaurants sur YouTube ont une influence énorme sur des millions de consommateurs. Les entreprises sont contraintes de les amadouer avec des cadeaux, de placer leurs annonces en marge de leurs vidéos et, parfois, de lancer des campagnes de relations publiques pour contrer leurs critiques. Une vidéo de 2009 dans laquelle le musicien canadien Dave Carroll reprochait à United Airlines d’avoir cassé sa guitare aurait contribué à réduire de 225 millions de dollars la capitalisation boursière du transporteur aérien et l’aurait forcé à repenser son service à la clientèle. 

Le coût abordable des annonces ciblées de YouTube permet également aux petites et nouvelles entreprises non seulement de jouer dans la cour des grands, mais aussi d’attirer l’attention d’un grand nombre d’investisseurs potentiels et de multinationales qu’elles ne pourraient jamais approcher autrement. 

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Les cybercommunautés sur Youtube

Les cybercommunautés sur Youtube

YouTube a fait éclore des milliers de nouvelles communautés dans internet. Les amateurs de jeux vidéo sont un cas d’école, selon l’auteur britannique Graham Jones. Les adeptes d’un jeu créent des vidéos révélant leurs indices et astuces, d’autres les commentent, expliquent pourquoi ils aiment ce jeu et, de fil en aiguille, un réseau mondial se tisse autour de cette passion partagée. Le même processus se produit autour de vidéos de pêche ou d’obscurs groupes de rock indépendant britannique des années 1980.

Certes, les commentaires des vidéos ne sont pas toujours de nature à susciter de nouvelles amitiés : sarcasme, méchanceté et menaces abondent. Mais si l’on en croit les études citées par Graham Jones, les réactions favorables sont beaucoup plus nombreuses que les commentaires désagréables. On peut donc légitimement dire que YouTube rapproche les gens en démontrant que « la plupart d’entre nous sommes gentils »

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L'industrie du spectacle recadré par Youtube

L’industrie du spectacle recadré par Youtube

YouTube a permis à une légion de vidéastes amateurs – critiques de musique, animateurs, cinéastes, conseillers en mode et beauté, et autres – de toucher un large public. « Avant, films et émis- sions étaient diffusés à une audience passive, observe l’auteur torontois Don Tapscott. À présent, tout le monde peut participer à la création culturelle. » 

Mais YouTube a aussi créé une lucrative concurrence à l’industrie du divertissement. Le site attire beaucoup plus de spectateurs que n’importe quelle chaîne de télévision, et son programme de partenariat assure aux vidéastes une part des recettes publicitaires annuelles de presque 5 milliards de dollars en fonction du nombre de vues de chaque vidéo. Des milliers de personnes vivent aujourd’hui de leurs créations sur les sujets les plus divers, des conseils matrimoniaux aux courts métrages comiques. Smosh, un duo d’humoristes américains, aurait touché plus de 6,5 millions de dollars en 2014, et le critique sué- dois de jeux vidéo PewDiePie, presque 15 millions grâce à ses 3,7 milliards de vues. 

Au lieu de devoir faire la tournée des petites scènes ou de suivre une formation théâtrale, un artiste peut désormais entrer dans le système traditionnel des médias et du divertissement en passant par YouTube – l’exemple le plus connu étant le chanteur canadien Justin Bieber. 

Avant, cette mise sur orbite était décidée par une poignée de patrons de la télévision, de promoteurs et de critiques. « Sur YouTube, c’est le public qui décide de ce qui marche, explique John Blossom, auteur et analyste de l’industrie du spectacle vivant à Guildford, dans le Connecticut. » La chanson « Gangnam Style » du Coréen Psy, par exemple, est devenue numéro 1 au palmarès dans 30 pays essentiellement grâce à l’engouement qu’elle a suscité sur YouTube – où elle a été vue deux milliards de fois jusqu’ici.