Les services funéraires pour animaux en plein essor

Crémation pour chats et chiens, monuments aux perruches… Les services funéraires pour animaux de compagnie ne cessent de gagner en popularité.

Les services funéraires pour animaux en plein essor

Les services funéraires pour animaux en plein essor

Helen Hobbs n’est pas surprise lorsqu’une femme fait irruption dans son bureau avec 15 minutes d’avance sur son rendez-vous. La cliente tient dans ses bras un beagle mort, le museau grisonnant qui émerge d’une couverture blanche.

À peine arrivée, elle se met à sangloter : « Mon bébé ! » Helen la prend doucement par les épaules. Après 11 ans de carrière, voir des in­­­di­­vidus effondrés par la mort d’un animal ne l’é­ton­ne plus, ni entendre des durs à cuire pleurer en disant à leur chien de ne pas s’en faire, qu’ils se­raient bien­tôt réunis.

Helen Hobbs dirige Pets at Peace, une compagnie de Toronto qui offre des services funéraires pour les animaux de compagnie. Comme ses clients, elle pense que les animaux méritent respect et dignité dans la mort. Pas question de fosses communes ou d’incinérations groupées. Pour un tarif de 215 $ à 400 $, selon la taille de l’animal, Helen garantit une crémation individuelle et vous remet rapidement les cendres dans une urne en chêne, en thuya ou en céramique. Pour environ 500 $, vous pouvez assister à la crémation, faire vos adieux dans les règles, puis rentrer à la maison avec les cendres.

Pets at Peace peut aussi « res­taurer » un animal victime d’une voiture, ou organiser l’exposition de la dépouille chez son maître. Quel que soit le service, Helen apporte autre chose : la reconnaissance de votre deuil. Cette femme est si pro­­fession-nelle, si ras­su­rante, que tous les doutes sur la pertinence de funérailles pour votre hamster seront dissipés. « Ce n’est pas un rituel qui se fait à la va-vite. Je prodigue les mêmes soins et le même res­pect à votre animal que s’il s’agissait de votre mère ou de votre père. »

Helen connaît bien la mort. Autrefois directrice d’un funérarium (pour les humains), elle a commencé à s’inté­res­ser aux services pour animaux après qu’une clinique vétérinaire eut égaré les cendres du chat d’une amie – mystérieusement retrouvées six semaines plus tard. « J’avais du mal à croire qu’on pouvait agir ainsi, dit-elle. Il y avait forcément moyen de faire mieux. »

Les vétéri­naires excellent dans l’art de maintenir un animal en bonne santé, mais ils ont aussi la lourde tâche d’organiser la crémation quand un de leurs patients meurt. Pour Helen, c’est comme charger l’hôpital des funé­railles de votre mère. Sentant qu’il y avait là un vide, elle s’est lancée dans le monde des services funéraires pour animaux.

C’était le bon moment. Alors que le nombre de propriétaires de chiens et de chats au Canada res­tait stable à envi­ron 55 % ces dernières années, les dépenses pour animaux de com­­pagnie explosaient, passant de 4,5 milliards de dollars en 2007 à 6,6 en 2013.  « Je savais que c’était une industrie énorme, témoigne Marybeth  Haines, consultante en ma­tiè­re de deuil et auteure de The Power of Pets : 7 Effective Tools to Heal From Pet Loss. Je ne me rendais pas compte qu’elle était monstrueusement gigantesque. »

Pour Marybeth, la croissance de l’industrie reflète un changement dans notre manière de traiter nos compagnons à quatre pattes – une transformation profonde qui les a vus passer de chiens de garde à enfants gâtés. Les Canadiens leur consacrent des sommes faramineuses pour de la nourriture bio­, des pensions de luxe et des photos professionnelles. Il existe des magazines dédiés à la race canine et des cours de premiers soins pour animaux.

Son entreprise obtient un tel succès que Helen projette d’accorder un permis pour le nom et le mo­dèle Pets at Peace à d’autres directeurs de funérarium. En s’étendant, l’industrie du deuil d’un animal domestique commence à être reconnue et à éta­blir ses normes par la Pet Loss Professionals Alliance (PLPA). Fondée en 2009, c’est une division d’une des plus importantes organisations internationales de l’industrie funéraire pour les humains aux États-Unis. Elle compte 325 sociétés membres améri­caines et 13 canadiennes. Elle évalue à au moins 1,9 million le nombre de funérailles d’animaux de compagnie en 2012.

Pour Helen, la mode actuelle des funé­railles pour les animaux domestiques n’est que le retour d’une pra­tique ancienne. Songeons aux nombreux cimetières pour animaux de l’époque victorienne, si obsédée par la mort. « Quand on lit les ins­criptions sur certaines pierres tombales, on comprend que l’at­­ta­­chement à ces animaux était aussi fort qu’aujourd’hui, et le sentiment de perte tout aussi grand », dit-elle.

Les preuves de cet attachement sont partout dans la « salle des arrangements » de Pets at Peace. Des pierres tombales sont disposées dans un coin de la pièce. Des dizaines d’urnes en tous genres sont exposées dans des vitrines, avec des bijoux commémoratifs en forme de cœur ou de patte, à porter en collier ou sur un porte-clés.

Helen se rappelle avoir vendu à un couple une imposante plaque à la mémoire d’un chien errant dont il s’occupait dans les Caraïbes, où il vivait une partie de l’année. Il voulait l’ins­taller dans le stationnement que la bête considérait comme son foyer.   

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