Saskia Thuot : «Le poids? Sans commentaire!»

À compter du lundi 10  novembre, l’animatrice Saskia Thuot nous lance un défi de taille: celui de ne pas parler de poids pendant une semaine. L’audacieuse initiative, proposée par l’organisme ÉquiLibre, vise à sensibiliser la population quant aux impacts destructeurs des commentaires portant sur le poids. Sélection.ca s’est entretenu avec celle qui décore nos vies depuis déjà plus de dix ans, porte-parole de la Semaine « Le poids? Sans commentaire! » se déroulant jusqu’au 14 novembre.

Saskia Thuot : «Le poids? Sans commentaire!»

Pourquoi avez-vous accepté d’être la porte-parole de cette campagne de sensibilisation?

Il y a quelques mois, lorsqu’un internaute m’a fait parvenir un commentaire blessant sur mon poids, je me suis dit que je me devais d’agir. (NDLR: Au printemps dernier, Saskia Thuot a dénoncé une remarque négative reçue de la part d’un fan sur sa page Facebook, ce qui a aussitôt engendré un vif débat, notamment sur les conséquences négatives que peuvent engendrer ce type de propos). Je souhaitais aussi qu’on se sert les coudes, qu’on cesse collectivement de se dire des choses qui peuvent être aussi destructrices. C’est d’ailleurs l’objectif premier de cette campagne qui en est maintenant à sa troisième édition.

Suivant cet incident sur Facebook, vous aviez d’ailleurs reçu un appui important, notamment sur les médias sociaux, avec plus de 20 000 mentions « J’aime ». Plusieurs personnalités québécoises vous ont également appuyé, dont Mitsou Gélinas et Sonia Vachon.

C’est à ce moment que j’ai réalisé que j’avais mis le doigt sur quelque chose, que les gens souffraient en silence en raison de ces propos. Des centaines de personnes m’ont contacté afin de me remercier d’avoir répondu et d’avoir dénoncé publiquement cette remarque sur mon poids. Il faut réaliser que ces mots blessent et nous rentrent dedans. Certaines personnes arrivent à se faire une carapace, mais malheureusement, ces personnes sont très rares… 

Croyez-vous que les modèles de beauté très rigides puissent expliquer, en partie du moins, les effets destructeurs de ces commentaires?

 Il est certain qu’on impose un seul modèle de beauté aux femmes, et de plus en plus aux hommes. Il y a une pression pour ressembler à ces modèles, certaines personnes sont même prêtes à poser des gestes néfastes, voire dangereux pour leur santé afin de répondre à ces exigences souvent irréalistes. Conjugués à ces critères de beauté, les commentaires négatifs, mais aussi positifs, peuvent avoir des effets dévastateurs. Par exemple, lorsque l’on vous dit que vous avez vraiment l’air bien après avoir perdu du poids, que doit-on comprendre? Que vous n’aviez pas l’air bien avant? 

Pensez-vous que l’industrie de la mode puisse également contribuer au phénomène?

 On parle beaucoup de l’impact négatif des défilés et des revues de mode, mais tout cela reste finalement assez loin de nous. Par contre, lorsque les commentaires sur notre apparence viennent des gens que l’on aime le plus, de nos amis, de la famille, c’est encore plus dévastateur pour l’estime de soi. Le poids d’une personne, c’est quelque chose de très personnel. Une personne peut tout à fait décider d’adopter de saines habitudes de vie, mais il faut cesser de confondre maigreur et bonne santé. Arrêtons d’avoir cette fixation sur la minceur: notre corps nous permet de vivre, de respirer, de bouger… Il faut arrêter de passer sa vie à se battre contre lui! 

Certains magazines féminins ont d’ailleurs déjà mis en valeur des femmes décrites comme étant rondes. Mais ces initiatives ne durent souvent que le temps d’un seul numéro…

 Au Québec, des magazines féminins ont présenté des numéros « Spécial rondes ». C’est très bien, et je crois qu’on doit continuer à présenter encore davantage des modèles de beauté naturelle. Mais j’aimerais qu’on nous présente ce type de femmes encore plus souvent, et surtout, sans devoir justifier que c’est parce que c’est un « numéro spécial » qu’on nous présente ces femmes! 

Vous êtes mère de deux jeunes enfants. Craignez-vous qu’ils subissent un jour des pressions ou commentaires au sujet de leur image corporelle?

 C’est certain que ça me préoccupe. De mon côté, je tente d’inculquer à mes enfants une sensibilité afin qu’ils soient conscients des impacts que peuvent avoir les mots sur les gens qui les entourent. D’ailleurs, mon fils me décrivait récemment l’un de ses collègues de classe qui était différent et qui faisait l’objet de railleries. J’ai observé qu’il tentait d’expliquer et de décrire la situation, sans pour autant juger ou dénigrer l’étudiant en question. Je me suis dit que j’y ai mis mon grain de sel, que j’ai pu contribuer à une prise de conscience chez mes enfants. J’espère aussi que cette campagne aidera à nous sensibiliser sur la question. Intéressons-nous à l’autre, intéressons-nous à leur coeur, et non pas à leur poids!

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Un aperçu de la fréquence des commentaires que reçoivent les jeunes Québécoises sur le poids

 Dans une étude* menée en 2012, 38 % des jeunes filles affirmaient avoir reçu de leur entourage des commentaires négatifs sur leur poids. Selon Fannie Dagenais, directrice de l’organisme ÉquiLibre, 73 % des Québécoises souhaitent perdre du poids et un adolescent sur deux est insatisfait de son corps. Sur le site officiel de la Semaine « Le poids? Sans commentaire! », on peut retrouver un test intitulé « Parlez-vous trop de poids? », adapté pour les femmes, les hommes et les jeunes permettant de mesurer la place qu’occupent les commentaires sur le poids dans nos conversations. Des bandes dessinées, de même que des contraventions d’estime à remettre lorsque quelqu’un formule un commentaire sur le poids se retrouvent également sur le site. Enfin, divers outils pédagogiques sont disponibles pour les intervenants qui aimeraient animer une activité de groupe auprès de jeunes ou d’adultes, en milieu scolaire ou communautaire.

www.equilibre.ca *L’échantillon de cette étude est issu d’une méthode d’échantillonnage de convenance (qui n’est pas aléatoire). Les résultats ne sont pas pondérés et confèrent ainsi à ce sondage une portée davantage qualitative que quantitative. Par conséquent, les résultats ne peuvent être inférés à la population. Ils donnent néanmoins un aperçu de l’opinion des répondants.

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