Psychologie: comment enseigner la compassion aux enfants?

Des experts nous expliquent comment cultiver la compassion, la bienveillance et l’empathie chez nos enfants.

Psychologie: comment enseigner la compassion aux enfants?

Comment enseigner la compassion aux enfants?

Il y a neuf ans, Richard Weissbourd, psychologue à l’Université Harvard, a noté un fait étrange. Il ressortait de ses conversations avec des parents de différentes cultures que ceux-ci privilégiaient la compassion et l’altruisme à la réussite dans l’éducation de leurs enfants. Or, l’attitude de ces derniers semblait contredire cette affirmation. « Beaucoup d’enfants se souciaient peu du bien commun envers les autres », témoigne-t-il.

Près de 10 ans plus tard, les données exhaustives compilées par M. Weissbourd et ses collègues démontrent que le message des parents ne passe pas. L’étude du groupe de Harvard, publiée en 2014 et menée sur plus de 10 000 jeunes Américains, a révélé que près de 80 % des enfants affirmaient que leurs parents s’intéressaient moins aux autres qu’à leur réussite et à leur propre bonheur. Heureusement, selon les spécialistes, il est facile de cultiver la bienveillance envers soi-même et les autres. Voici comment.

Réorienter la conversation
Pousser les enfants à avoir de bonnes notes est pour ainsi dire inscrit dans l’ADN des parents, et il est difficile de penser que les encourager à être heureux puisse être néfaste. M. Weissbourd explique : « On veut tous leur réussite et leur bonheur, mais je crains qu’on crée un déséquilibre. » Dites à vos enfants qu’apprendre qu’ils ont fait une bonne action vous ravit encore plus qu’un bulletin scolaire exemplaire.

Apprécier les petites choses…
Altruisme et bonté devraient toujours être au centre de la vie familiale. Il est normal pour les enfants de mettre la table et de faire la vaisselle. « Inutile de les féliciter », met en garde Richard Weissbourd. Mais applaudir pour une bonne action exceptionnelle aura un effet autrement durable. Au lieu de remercier votre adolescente d’avoir gardé son petit frère, dites-lui plutôt que vous êtes fier de ses efforts pour fraterniser avec un enfant solitaire de son école ou aider les voisins à déneiger leur voiture. « Souligner les traits de caractère des enfants (« ton comportement prouve que tu es quelqu’un de bien, et c’est ainsi que je te vois ») renforce leur construction identitaire », explique Kimberly Schonert-Reichl, psychologue du développement et du comportement à l’Université de Colombie-Britannique.
 
… mais aussi les grandes
Cela semble aller de soi, mais, c’est prouvé, les parents qui donnent l’exemple en adoptant des comportements fraternels (par opposition aux comportements antisociaux) ont de bien meilleures chances de transmettre des valeurs positives à leurs enfants. « Aider les pauvres, préparer des repas de Noël pour les sans-abri ou tout autre acte de bonté spontané leur apprend à se soucier d’autrui », explique Joan Grusec, professeure de psychologie à l’Université de Toron­­to. Faites preuve d’empathie et vos enfants vous imiteront.

Faire un suivi
Assurez-vous que vos méthodes portent fruit en demandant un second avis. « Lors des réunions parents-professeurs, il n’est question que de réussite scolaire. Souvent, l’enseignant ne dit pas si l’enfant est un bon citoyen, bienveillant, juste et intègre », confie Richard Weissbourd. Les parents devraient s’en soucier, et les professeurs devraient toujours en parler.

Obtenir des résultats
Si, malgré tout, vous craignez que le taux de réussite ou le bonheur personnel de votre enfant diminuent s’il se soucie trop des autres, sachez que l’inverse est beaucoup plus vrai. Selon les recherches de Mme Schonert-Reichl, des enfants invités à faire preuve d’altruisme trois fois par semaine disaient se sentir mieux acceptés par leurs camarades, facteur significatif de bonheur et de réussite scolaire.

Aussi, les interactions sociales positives sont un indicateur de réussite professionnelle, entre autres parce que le réseau social et le
travail collaboratif sont essentiels à l’évolution d’une carrière. Plus étonnant, des recherches américaines et canadiennes attribuent au bénévolat des effets bénéfiques sur la santé, dont une diminution des symptômes dépressifs, de l’hyper­tension et des risques cardiovasculaires. Les personnes âgées qui font du bénévolat ont un taux de mortalité 63 % inférieur aux autres.

Certains groupes, comme les filles manquant d’estime de soi ou les enfants de familles immigrantes chez qui l’entraide familiale est très développée, méritent une attention particulière et doivent aussi apprendre à s’affirmer. Il est heureusement possible d’encourager ces comportements à tout âge.

Le centre d’étude de la cognition chez les nourrissons de l’Université Yale démontre que ceux-ci distinguent le bien du mal, et que même les tout-petits font preuve d’altruisme. Les adolescents, d’apparence souvent nombriliste, ont un sens très développé de l’injustice auquel on peut faire appel, affirme M. Weissbourd. « On peut réussir, être heureux et altruiste à la fois. »       

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