Boire est-il bon pour la santé?

On dit souvent que l’alcool est bon pour la santé. Et c’est vrai, jusqu’à un certain point. Mais à quel moment l’alcool devient-il nocif?

Boire est-il bon pour la santé?

Une bière bien froide avec un cari indien, un verre de Malbec autour du barbecue, ou un coquetel de fantaisie au cours d’une soirée de filles. Il n’y a rien de mal à prendre un verre. Pas comme dans la série télévisée Mad Men où les personnages conduisent en état d’ébriété ou font des avances aux femmes mariées. Non, simplement apprécier un verre. Apprécier ce que l’alcool ajoute à un repas, la conversation ou une sortie à l’extérieur. Et il est prouvé que l’alcool offre certains avantages pour la santé. Une consommation modérée peut faire diminuer le risque de cardiopathie et d’accident cérébrovasculaire, et pourrait aussi diminuer le risque de contracter l’ostéoporose ou la démence, un avantage non négligeable.

Malheureusement, la consommation d’alcool a aussi son côté sombre

«Si les gens veulent considérer l’alcool comme un médicament et boire un seul verre par jour ou à tous les deux jours, les effets seront positifs. Mais bien peu de personnes se limitent à cela, affirme Jürgen Rehm, professeur de psychiatrie à l’Université de Toronto et maître de recherches au Centre d’études sur la dépendance et la santé mentale; il est aussi l’auteur de plus de 400 études sur la consommation et l’abus d’alcool.

Prenons l’exemple d’une consommation équivalant à un verre ou moins par jour, mais qui est obtenue en comptant un verre par jour ou aux deux jours et trois ou quatre verres le samedi. Vous pouvez croire qu’il s’agit d’une consommation modérée. Or, il s’avère que quatre verres consommés, même une seule fois par semaine, représentent un niveau de consommation élevé selon les normes scientifiques. Pour les hommes, ce niveau se situe à cinq verres par jour. Dans un tel cas, les chercheurs parlaient «d’alcoolisme périodique», mais ce terme créait de la confusion et on utilise aujourd’hui la notion de «consommation élevée».

Connaître vos habitudes de consommation

Pourquoi est-il important de connaître ses habitudes? Perce que les chercheurs ont de mauvaises nouvelles pour les buveurs de fin de semaine. Un verre par jour a des avantages pour la santé et la prévention des cardiopathies, mais lorsque les habitudes comportent des journées de consommation plus élevés, ces bénéfices s’estompent.

Et tout n’est pas aussi simple. Lorsqu’une recherche mentionne que la consommation d’alcool est «associée à» la diminution des maladies cardiaques, des accidents cérébrovasculaires et de la démence, cela ne signifie pas que cette diminution est causée par l’alcool. Une importante étude menée en 2010 sur 140000 Français démontre que les avantages de la consommation d’alcool pour la santé pourraient s’expliquer par le fait que les personnes en santé des classes moyenne et aisée ont tendance à consommer modérément, soit de un à trois verres par jour, plutôt que de faire abstinence ou de consommer de façon élevée. Cette population a aussi de bonnes habitudes alimentaires, fait de l’exercice régulièrement et cultive son réseau social, des éléments qui contribuent tous à la longévité. La modération fait partie de leur style de vie et ce sont les avantages de ce style de vie, et non seulement la consommation d’alcool, qui permettent à ces personnes de vivre plus longtemps en en santé.

Parallèlement à cette étude, une recherche américaine portant sur 2000 personnes démontre que, même si les avantages de la consommation d’alcool sur la santé peuvent s’expliquer par le style de vie de la classe moyenne, les buveurs modérés vivent plus longtemps que ceux qui ne boivent pas, mais le rôle de l’alcool n’est pas clairement établi. Et l’auteur de l’étude met en garde contre certains excès: «Une consommation quotidienne qui excède deux verres dépasse les directives recommandées de consommation d’alcool et est associée à un niveau plus élevé d’échec, à un risque plus élevé de problèmes causés par l’alcool et une contre-indication aux médicaments, affirme Charles Holahan, professeur à l’Université du Texas à Austin.»

Lorsque l’alcool devient nocif pour la santé

La consommation d’alcool n’a pas toujours des effets positifs sur la santé. En 2009, une recherche menée au Royaume-Uni sur plus d’un million de femmes a démontré qu’une consommation faible ou modérée, soit un ou deux verres par jour, peut être la cause de 13% des cancers du sein, du foie, du rectum ainsi que du nez et de la gorge. Et pour le cancer du sein uniquement, cela signifie «que chaque année, au Royaume-Uni, 5000 femmes qui contractent cette forme de cancer ne l’auraient pas eu si elles n’avaient pas consommé d’alcool, explique Naomi Allen, épidémiologiste au Service d’épidémiologie du cancer à l’Université d’Oxford.

Mais parce que l’alcool est la plus importante cause de maladies, comme l’est le tabagisme pour le cancer du poumon, nous ne sommes pas enclins à établir cette relation. L’alcool contribue à causer plus de 130 maladies, mais à un niveau auquel il est impossible d’établir une cause directe dans tous les cas. D’après le Centre de toxicomanie et de santé mentale, au Canada comme dans la majorité des pays industrialisés, l’alcool demeure le troisième plus important facteur de décès, de maladie et d’incapacité, juste derrière le tabagisme et la haute pression. Et d’après une recherche menée par le journal The Lancet en 2010, l’alcool s’avère plus dangereux que l’héroïne, le crack et la métamphétamine lorsqu’on tient compte de la santé, des effets sociaux de l’alcool et du tort que le buveur peut causer aux autres.

Suivez vos habitudes de consommation

Vous voulez évaluer vos habitudes de consommation? Allez d’abord voir l’étude réalisée par Evolution Health Systems à checkyourdrinking.net. Conçue en partie par le Dr Pierre Cunningham du Centre de toxicomanie et de santé mentale, cette étude a été réalisée en collaboration avec des chercheurs réputés sur l’alcoolisme. Pour participer à la recherche, vous devez répondre aux 18 questions en évaluant votre consommation quotidienne et les coûts. Lorsque vous avez terminé, vous recevez un rapport complet, vous situant sur une échelle à cinq niveaux, qui évalue le risque d’augmentation des conséquences néfastes de votre consommation. Les résultats vous permettront de déterminer si vous êtes à risque de subir les effets nocifs de la consommation d’alcool. Et de plus, les résultats vous indiqueront le nombre de calories et de kilos ajoutés à votre silhouette chaque année. Voilà une réflexion bien sobre.

«La clé des changements d’habitudes est différente pour chacun, dit monsieur Cunningham.» Mais quelle que soit votre motivation, changer vos habitudes de consommation peut faire toute une différence pour votre santé.

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