Alerte au smog

Dans les grandes villes, le chauffage au bois résidentiel est le principal responsable du smog hivernal. 

Alerte au smog

En emménageant, il y a cinq ans, dans un quartier résidentiel de l’arrondissement de Beauport, à Québec, Christine Fleury ne pensait jamais devoir faire face à un sérieux problème de pollution de l’air… dans sa cour arrière. Pourtant, elle a dû rapidement renoncer à accompagner ses deux chiens pour une balade dans son jardin entre septembre et avril.

«J’aimais sortir avec eux le soir pour aller admirer le ciel, mais à cette période de l’année, l’air est devenu irrespirable. Parfois, la neige se couvre de particules noires et l’odeur est étouffante», raconte cette secrétaire juridique de 52 ans, qui a récemment écrit au maire Régis Labeaume pour lui demander d’agir.

Le responsable n’est ni une industrie polluante ni la circulation automobile, mais un simple poêle à bois installé chez un voisin, dont le vent rabat la fumée dans sa cour. «Quand c’est humide, ça sent même dans la maison, raconte-t-elle. Je ne peux pas lui interdire de se chauffer, mais je m’inquiète pour ma santé

Avec raison. Selon Norman King, épidémiologiste à  la Direction de santé publique de Montréal, la combustion du bois dégage entre autres des substances cancérigènes et des particules fines qui peuvent pénétrer profondément dans les poumons et passer dans le sang. «A Montréal, 1540 personnes meurent prématurément chaque année en raison de la pollution atmosphérique, dont environ 1000 à cause des particules fines du type de celles émises par le chauffage au bois», précise le spécialiste. Les personnes âgées et celles atteintes de maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques comme l’asthme sont les plus à risque. «On sait aussi que la pollution de l’air ralentit le développement pulmonaire de l’enfant et a donc un effet à long terme», ajoute Norman King.

Pourtant, depuis le début des années 1990, les émissions de contaminants dans l’atmosphère ont diminué au Québec, selon Jacques Rousseau, météorologue spécialisé en qualité de l’air à  Environnement Canada. Les automobiles polluent moins, tout comme les usines, contraintes de respecter des normes plus sévères. Néanmoins,  Montréal a battu cette année un record en ce qui a trait au nombre d’épisodes de smog hivernal.

Si on a longtemps associé le smog à la chaleur de l’été, c’est parce que les capteurs atmosphériques n’étaient pas en mesure de piéger les particules fines, principales responsables du smog hivernal. Avec l’amélioration du réseau de surveillance, on peut maintenant mesurer ce phénomène à longueur d’année.

L’été, ce brouillard brunâtre est surtout dû aux oxydes d’azote et aux composés organiques volatils qui réagis- sent avec le rayonnement solaire pour former de l’ozone, un gaz très irritant; l’hiver, le smog est surtout causé par des particules fines présentes dans l’air stagnant ou coincées par un phénomène thermique qui les emprisonne dans une couche d’air froid à basse altitude. Le principal responsable? Le chauffage au bois. En 2000, les foyers et poêles des logis québécois ont généré à eux seuls près de 47 pour 100 de ces particules fines, contre 33 pour 100 pour les industries et 17 pour 100 pour le transport. Environnement Canada a calculé qu’un poêle à bois émet en neuf heures autant de particules fines qu’une voiture intermédiaire pendant une année!

«En 1998, après la crise du verglas, on a conseillé aux gens de s’équiper d’appareils de substitution pour se chauffer en cas de panne d’électricité, raconte André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. Il qualifie cette campagne d’erreur monumentale: «On a ainsi encouragé une véritable ruée vers le chauffage au bois, malgré ses effets nocifs sur la qualité de l’air.» Depuis, poêles et foyers sont à la mode et équipent la plupart des maisons neuves. Entre 1987 et 2000, selon Statistique Canada, le nombre de logements disposant d’un chauffage au bois a augmenté de 60 pour 100 au Québec, alors que le parc immobilier, lui, n’augmentait que de 20 pour 100.

Cette pollution est particulièrement préoccupante dans les quartiers résidentiels urbains. En 2007, un des capteurs installés à Rivière-des-Prairies, dans l’est de Montréal, a enregistré un total de 23 journées où l’air était de mauvaise qualité – dont 15 en hiver, toutes attribuables au chauffage au bois. La même année, le quartier industriel situé plus au sud a connu «seulement» neuf jours de smog hivernal, et le centre-ville, trois…

Alertées par les écologistes et les spécialistes en santé publique, et sous la pression de citoyens comme Christine Fleury, plusieurs villes ont devancé l’application du projet de loi provincial d’avril 2008. Ce dernier vise à imposer aux nouveaux appareils de chauffage au bois fabriqués, utilisés ou vendus au Québec de se conformer à la certification de l’Association canadienne de normalisation  ou à celle

de l’Agence de protection de l’environnement des Etats-Unis

Certains écologistes jugent cette mesure insuffisante, puisqu’il existe déjà des normes plus sévères.

«Il faudrait aussi accompagner ce règlement d’incitatifs financiers favorisant le remplacement des anciens appareils par des poêles certifiés, pour que les citoyens ne fassent pas les frais des mauvais conseils qu’on leur a donnés après le verglas», souligne André Bélisle.

La  municipalité de Hampstead, dans l’ouest de Montréal, a frappé un grand coup en interdisant l’installation de tout appareil de chauffage au bois. Et d’ici sept ans, tous ceux déjà en place ne pourront plus être utilisés.

La Ville de Montréal, qui en compte déjà plus de 50000, a proposé, fin février, un règlement qui prévoit un moratoire pour toute nouvelle installation de ce type sur son territoire. Un pas dans la bonne direction, selon les environnementalistes, qui jugent toutefois ce règlement trop timide, dans la mesure où il laisse en fonction tous les vieux poêles de la ville. Ceux-là mêmes qui sont à la source du problème!

Trois conseils anti-smog

  • A moins de ne pas avoir le choix, ne jamais utiliser son foyer ou son poêle à bois lors des journées de smog annoncées par les médias et Environnement Canada.
  • Utiliser seulement du bois bien sec ou du bois compacté. Ne jamais brûler de bois traité ou humide, de déchets ou de plastique.
  • Se passer de poêle ou acheter un poêle qui répond aux normes de l’Etat de Washington – les plus sévères -, et réserver la flambée dans le foyer aux grandes occasions comme Noël.

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