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Sclérose en plaques: causes, symptômes et traitements

Votre jambe gauche tout à coup se dérobe. Vous ressentez des picotements dans votre main droite qui devient molle. Ou encore, vous ne voyez pas très bien d’un œil. Que se passe-t-il ? Votre médecin ordonne une IRM du cerveau et de la moelle épinière, et détecte des lésions caractéristiques au niveau du système nerveux central. Le diagnostic tombe : vous êtes atteint de sclérose en plaques. Nous vous expliquons les causes, les symptômes et les traitements de cette maladie.

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Sclérose en plaques: causes, symptômes et traitements

Qu’est-ce que la sclérose en plaques?

Lorsque votre système immunitaire remplit correctement son rôle, il vous défend contre les virus, les bactéries et autres intrus microscopiques.

Mais si vous souffrez de la sclérose en plaques, certaines des cellules combattantes de ce système sont désorientées et décident que vos neurones sont des envahisseurs.

Elles «jettent» alors tout ce dont elles disposent sur ces «ennemis». Elles dépouillent les axones – ces fibres nerveuses qui ­assurent le transport de l’information entre les neurones – de leur gaine protectrice, la myéline. Ainsi, les cellules ne peuvent plus envoyer de ­signaux au reste de votre corps. Or, les muscles, les articulations, les yeux, et le processus de réflexion nécessitent tous des signaux clairs pour bien ­fonctionner.

Statistiques

Selon la Société canadienne de la sclérose en plaques, près de 20 000 personnes souffrent de cette maladie au Québec. Elle affecte les femmes presque 3,5 fois plus que les hommes. Elle frappe en général autour de la trentaine.

Si l’un des membres de votre famille est atteint, vous êtes plus susceptible de l’être vous-même. « Il existe un risque de 3 % à 5 %, même si ce n’est pas une maladie génétique au sens strict du terme », affirme ­François Grand’Maison, neurologue responsable à la clinique de sclérose en plaques Neuro Rive-Sud. De multiples gènes jouent un rôle dans l’apparition de la maladie, et un certain nombre d’éléments déclencheurs – voire leur combinaison – sont nécessaires pour que le processus soit amorcé.

Symptômes et diagnostic de la sclérose en plaques

La sclérose en plaques n’est pas toujours facile à diagnostiquer. « D’autant que les manifestations sont souvent légères au début », ajoute le neurologue. En fonction de la zone du système nerveux affectée, les premiers signes peuvent être : une soudaine perte de vision à un œil ; une faiblesse ou des fourmillements dans un membre ; l’absence de contrôle de la vessie ; des problèmes d’équilibre ; des difficultés de raisonnement ou de mémoire. En revanche, contrairement à la maladie d’Alzheimer, la sclérose en plaques affecte rarement la ­mémoire à long terme, l’ensemble des capacités intellectuelles, ou la compréhension écrite.

Au début, la sclérose en plaques se manifeste le plus souvent sous la forme récurrente-rémittente. En ­général, les symptômes surviennent soudainement, puis disparaissent en quelques jours ou semaines, même en l’absence de traitement, non sans avoir provoqué quelques lésions.

La plupart des personnes souffrant de cette forme de sclérose en plaques (environ 80 %) passeront ensuite à une deuxième forme de la maladie dite secondairement progressive, qui ne se manifestera parfois qu’au bout de 25 ans, voire davantage : plus de poussées, mais une aggravation progressive et régulière de la maladie pouvant mener à l’invalidité totale.

La forme progressive primaire touche environ 10 % des personnes atteintes de sclérose en plaques et frappe généralement après l’âge de 40 ans. Les malades ne connaissent ni poussées ni rémissions mais une aggravation lente et régulière des symptômes.

Alors que la forme récurrente-rémittente affecte le cerveau, la plupart des personnes souffrant de la forme progressive primaire « présentent des symptômes ­caractéristiques au niveau de la moelle épinière », explique Regina Schlaeger, neurologue et spécialiste de la sclérose en plaques à l’hôpital universitaire de Bâle, en Suisse. C’est pourquoi elles ont souvent des problèmes aux jambes.

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Les différents traitements de la sclérose en plaques

Après un épisode inflammatoire aigu, soigné au moyen de corticostéroïdes, les traitements de première intention, prescrits pour réduire la fréquence des poussées, sont l’interféron ou l’acétate de glatiramère (Copaxone).

Or, ces médicaments freinent le système immunitaire dans son ensemble. Et un système immunitaire fonctionnant correctement est indispensable pour être en bonne santé. C’est pourquoi les nouveaux médicaments dérivés d’anticorps monoclonaux produits par les laboratoires ont un peu le même objectif que nos propres ­anticorps : atteindre avec ­davantage de précision les cellules qui provoquent la maladie.

Le Dr Tim Coetzee de la Société nationale de la sclérose en plaques (USA) appelle les anticorps monoclonaux des « bombes intelligentes », parce qu’elles sont capables d’« anéantir les mauvaises cellules ­immunitaires sans toucher aux autres ».

L’anticorps monoclonal le plus récent (utilisé comme traitement de la sclérose en plaques au Canada, en Europe et en Asie) est l’alemtuzumab. Commercialisé sous le nom de Lemtrada, il avait été mis au point dans les années 1980 pour traiter un type de leucémie. Des essais cliniques ont montré qu’il réduisait à la fois le nombre de poussées et l’ampleur des lésions cérébrales chez les personnes souffrant d’un début de sclérose en plaques récurrente-rémittente.

Trois nouveaux médicaments à prise orale – le fingolimod (Gilenya), le teriflunomide (Aubagio), et le dimethyl fumarate (Tecfidera) – sont désormais disponibles. Avant d’être approuvés, tous les médicaments destinés au traitement de la sclérose en plaques ont été injectés.

Néanmoins, certains patients devront sans doute attendre afin d’avoir accès aux thérapies les plus avancées. « La disponibilité des traitements est extrêmement variable en fonction des pays, note le professeur Alan Thompson de la Fédération internationale de la sclérose en plaques. Par exemple, il est assez difficile d’en disposer dans certains pays d’Europe de l’Est. »

Il n’existe pas de médicaments approuvés spécifiquement pour les formes progressives secondaire ou primaire, et ceux utilisés pour la sclérose en plaques de forme récurrente-­rémittente n’ont pas d’effet sur elles. Pourtant, des éléments semblent ­indiquer que leur utilisation en phase récurrente-rémittente pourrait retarder ou empêcher une progression ­ultérieure.

Selon le professeur Thompson, la physiothérapie fait partie des traitements les plus efficaces au stade progressif de la maladie. Bien qu’elle cible les régions du corps affectées, le souci « est de ne pas se concentrer uniquement sur les muscles, dit-il. En fait, des indices portent à penser que cela influe sur la manière dont le cerveau répond aux lésions. » En d’autres termes, agir sur le corps amènerait le cerveau à se réparer lui-même.

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Vers de nouveaux traitements?

Prise en charge de la maladie

Un malade peut entreprendre de gérer lui-même sa sclérose en plaques. Cette pathologie semble plus courante dans les pays où on est moins exposé au soleil. Apparemment, une carence en vitamine D (que notre corps produit sous l’effet des rayons ultraviolets) augmente en effet le risque de contracter la maladie. « Bien que les études sur le sujet ne soient pas entièrement concluantes, un supplément de vitamine D peut aider à prévenir les poussées », confie le neurologue François Grand’Maison.

Les mesures les plus simples sont sans aucun doute essentielles. Bien que l’on ne puisse pas prévoir le cours que suivra la maladie, certains experts affirment que l’on peut accroître ses chances de mieux s’en sortir en menant une vie plus saine. Si aujourd’hui vous fumez, arrêtez ! Cela augmente le risque d’être atteint de la sclérose en plaques et accélère la progression de la maladie. Mangez sainement et faites le plein de superaliments ! Diminuez votre niveau de stress et restez actifs !

Les médecins pourraient bientôt disposer, dans leur arsenal thérapeutique, d’une « bombe intelligente » d’un tout autre genre. Le nouvel ­anticorps monoclonal, connu seulement sous la dénomination rHlgM22, est le premier qui semble capable de reconstituer cette gaine protectrice du neurone qu’est la myéline. Cela signifie que rHlgM22, en phase progressive, pourrait stopper les dégâts ou même les réparer. Il est actuellement l’objet d’essais cliniques.

Souvent, les découvertes en matière de traitement ne résident pas dans le développement d’un nouveau médicament, mais dans la reconversion d’un produit déjà mis au point pour une autre maladie.

Une étude publiée en mars 2014 dans la revue médicale britannique The Lancet, explique que les statines, développées, à l’origine, pour réduire le taux de cholestérol, ont permis de diminuer à la fois la charge lésionnelle du système nerveux et le handicap en phase secondairement progressive.

Une autre étude, publiée simultanément dans la revue internationale Neurology, suggère que les cannabinoïdes – des composants présents dans la marijuana – peuvent contribuer à reconstituer la gaine de myéline qui entoure et protège les axones, offrant peut-être un nouveau traitement aux patients en phases progressives primaire et secondaire.

Il est connu depuis longtemps que les femmes enceintes, atteintes de sclérose en plaques, ne subissaient pas autant de poussées. Cela a conduit des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) à administrer de l’estriol, une hormone produite en grande quantité pendant la grossesse, et de l’acétate de glatiramère à des femmes en phase récurrente-rémittente et qui ne sont pas enceintes.

Au cours de l’étude, les femmes prenant de l’estriol ont montré un taux de poussée inférieur de 47 % à celui des femmes prenant du glatiramère ou un placebo. Les premières obtiennent également de meilleurs résultats lors des tests cognitifs. L’estriol est abondamment prescrit chez les femmes pour atténuer les symptômes liés à la ménopause.

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Plusieurs chercheurs s’efforcent de comprendre pourquoi certaines personnes sont atteintes de sclérose en plaques et d’autres pas. Emmanuelle Waubant par exemple, professeur de neurologie et pédiatrie au Centre de sclérose en plaques de l’Université de Californie à San Francisco, a découvert que bien que l’exposition à certains virus courants semble accroître le risque de contracter la maladie, être exposé à d’autres virus pourrait aussi le réduire. Mais ce n’est pas aussi simple.

« Il existe probablement des interactions entre nos gènes, les virus que l’on attrape et le moment où l’on est victime de ces infections », explique-t-elle. En d’autres termes, l’accroissement ou la diminution du risque n’est pas seulement fonction du type de gènes et de virus qui se combinent. Le moment où survient la combinaison pourrait bien être tout aussi déterminant. Comprendre ces interactions complexes et les différentes causes de cette maladie permettrait de mettre au point des stratégies de traitement et de prévention.

Pour de nombreux spécialistes, on est sur le point de mettre au point des thérapies qui limiteraient la progression de la maladie, voire inverseraient son cours. « En l’espace de presque 20 ans, nous sommes passés de l’absence totale de médicament à une dizaine de traitements pour la phase récurrente-rémittente. C’est un joli retournement », remarque le Dr Coetzee.

Les neuroscientifiques du monde entier mènent une action concertée pour trouver des traitements, notamment en ce qui concerne la sclérose en plaques progressive. Avec les médicaments déjà approuvés et ceux à venir, nous disposons de solutions de rechange permettant, aujourd’hui, de gérer la sclérose en plaques. En attendant d’en venir à bout, demain.