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Ne fuyons pas le soleil

Depuis plusieurs années, le mot d’ordre est de ne pas s’exposer au soleil et de se couvrir la peau d’écran solaire. Est-ce vraiment ce qu’il y a de mieux à faire?

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Vitamine D Soleil Creme SolaireJoleen Zubek

Selon les spécialistes, la plupart d’entre nous manquons de vitamine D, une hormone produite par la peau avec la complicité du soleil. Or un taux trop faible de cette vitamine dans le sang fait augmenter le risque de développer presque toutes les maladies: cancers, diabète, obésité, ostéoporose, crise cardiaque, dépression, troubles cognitifs, maladies auto-immunes…

Il est difficile d’obtenir suffisamment de vitamine D à travers la seule alimentation. Quand nos ancêtres vivaient à l’extérieur dans les régions tropicales, la question ne se posait pas. Aujourd’hui, nous menons une vie sédentaire, nous pouvons rester des jours entiers sans mettre le nez dehors.

Suivant une recherche de l’agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA), neuf personnes sur dix passent aujourd’hui environ 22 heures par jour à l’intérieur. Quand nous sortons, en bons élèves, nous couvrons notre peau exposée d’un écran solaire, comme nous l’avons appris, pour la protéger de dangereux rayons UV responsables de cancers. Et comme l’écran solaire réduit la production naturelle de vitamine D, on nous incite à compenser en avalant des pilules de cette même vitamine. (Pourtant, la vitamine D comporte de nombreux bienfaits qui pourraient vous sauver la vie!) Une vaste étude, publiée en 2019 dans le New England Journal of Medicine, a établi que l’administration de doses élevées de suppléments de vitamine D à 25 871 sujets pendant cinq ans n’avait eu aucun effet sur l’incidence des cancers, des maladies cardiaques ou des AVC de ces personnes.

Ainsi, certains chercheurs soutiennent-ils que l’exposition à la grande boule brillante dans le ciel reste le meilleur moyen d’obtenir de la vitamine D. Homme affable, dermatologue à l’université d’Édimbourg en Écosse, Richard Weller est l’un d’eux. «Je ne suis pas un rebelle, précise-t-il. Ce sont les données qui nous permettent de l’affirmer.» Il y a une dizaine d’années, en étudiant l’oxyde nitrique, une molécule produite par l’organisme qui dilate les vaisseaux sanguins et abaisse la pression artérielle, le Dr Weller a découvert un mécanisme biologique jusqu’alors inconnu: la peau utilise la lumière du soleil pour produire de l’oxyde nitrique. On soupçonnait déjà que plus on s’éloignait de l’équateur ensoleillé, plus l’incidence de l’hypertension, des maladies cardiaques et des AVC augmentait, tout comme le taux de mortalité en général, par ailleurs plus élevé durant les mois d’hiver. Face à ces données, le Dr Weller a eu une intuition: se pourrait-il que l’exposition de la peau au soleil fasse diminuer la tension artérielle?
De fait, il a pu observer chez des participants exposés à l’équivalent de 30 min de soleil sans écran solaire une augmentation des taux d’oxyde nitrique dans le sang et une baisse de la tension artérielle. En raison de son lien avec les maladies cardiaques et les AVC, l’hypertension est la principale cause de décès dans le monde. C’est dire que cette baisse serait assez significative pour prévenir de nombreux morts tous les ans.

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Femme qui prend une photo du soleil avec ses mains.Shutterstock

Éviter le soleil serait comparable au tabagisme

Les rayons du soleil feraient-ils du même coup augmenter l’incidence du cancer de la peau? Oui, mais curieusement, le cancer de la peau tue moins qu’on ne le pense: moins de trois personnes sur 100 000 par année aux États-Unis (et pour chaque sujet qui meurt d’un cancer de la peau, environ 80 succombent à une maladie cardiovasculaire). En Europe, six personnes sur 100 000 décèdent d’un cancer de la peau et, pour chacune, environ 63 meurent d’une maladie cardiovasculaire. Assurez-vous d’ailleurs de connaître ces symptômes de maladie cardiovasculaire à prendre au sérieux!

Si cette réalité nous échappe, c’est que plusieurs maladies différentes sont regroupées sous le terme de cancer de la peau. Les plus répandues sont de loin les carcinomes basocellulaires et les carcinomes épidermoïdes, rarement mortels. «Quand je diagnostique un carcinome basocellulaire chez un de mes patients, je commence par le féliciter puisqu’il sortira de mon cabinet avec une meilleure espérance de vie que quand il est entré, explique le Dr Weller.» Sans doute parce que ceux qui souffrent de ce type de cancer, associé à une plus longue exposition au soleil, ont tendance à être en bonne santé et à s’adonner à de nombreuses activités à l’extérieur.

Le mélanome, en revanche, ce cancer de la peau qui s’avère parfois mortel, est beaucoup plus rare, ne comptant que pour 1% à 3% de tous les nouveaux cancers de la peau. Plus déconcertant, l’incidence des mélanomes est moins élevée chez ceux qui travaillent dehors que chez les employés enfermés dans un bureau. «Il semble que l’alternance de soleil et de coups de soleil, surtout quand on est jeune, soit un facteur de risque de mélanome, précise le Dr Weller. Mais l’exposition prolongée au soleil serait, elle, associée à moins de mélanomes.»

Ces propos sont plutôt radicaux au sein de la communauté des dermatologues. «Nous savons que le mélanome est mortel, dit le dermatologue David Leffell. Nous savons aussi que, dans la grande majorité des cas, il est dû à une exposition au soleil. On doit rester prudent.»

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Les idées reçues sur le suicide qu’il faut arrêter de croire.XESAI/GETTY IMAGES

Le soleil en quelques chiffres

Cependant, le Dr Weller ne cesse d’apporter des preuves qui contredisent l’injonction officielle d’éviter l’exposition au soleil. La meilleure vient de Pelle Lindqvist, chargé de recherche principal en obstétrique-gynécolologie à l’institut Karolinska, en Suède. Sur une période de 20 ans, il a suivi les habitudes d’exposition au soleil d’environ 30 000 femmes en Suède. Il s’agissait au départ d’étudier les caillots sanguins, moins fréquents l’été et chez les femmes qui passent plus de temps au grand air. M. Lindqvist s’est aussi penché sur le diabète de type 2. L’incidence était moindre chez les adorateurs du soleil. Et le mélanome? Le risque augmentait avec l’exposition au soleil, avec cependant huit fois moins de danger d’en mourir.

Il s’est ensuite intéressé aux taux de mortalité globaux et les résultats l’ont stupéfié. Sur les 20 années qu’a duré l’étude, la mortalité était deux fois plus élevée chez ceux qui avaient évité le soleil que chez ceux qui s’étaient exposés à ses rayons. Peu de modes de vie doublent le risque de mourir. Dans une étude publiée en 2016, l’équipe de Pelle Lindqvist a mis ces résultats en perspective: « En termes d’espérance de vie, éviter l’exposition au soleil est un facteur de risque comparable au tabagisme.»

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Baignade dans un lac entre amis, sous les rayons du soleil.Thomas Barwick/Getty Images

Le soleil, essentiel à la survie

Pour l’étude la plus importante du Dr Weller, publiée en 2020, son équipe a surveillé la tension artérielle de 340 000 sujets, l’ajustant en fonction de certaines variables comme l’âge et le type de peau. Les résultats ont montré sans ambiguïté que la tension artérielle plus basse observée chez les habitants des régions plus ensoleillées était simplement associée à une plus grande exposition au soleil.
En discutant avec le Dr Weller, j’ai commis l’erreur de juger sa conclusion «contre-intuitive». Il a aussitôt objecté: «Elle est, au contraire, parfaitement logique. Homo sapiens existe depuis environ 200 000 ans. Jusqu’à la révolution industrielle, nous vivions à l’extérieur. Comment avons-nous traversé le néolithique sans écran solaire? Très bien! Ce qui est contre-intuitif, ce sont tous ces dermatologues qui clament: “Ne sortez pas; vous risquez de mourir.”»

Les dermatologues passent beaucoup de temps à soigner des patients atteints de mélanomes effroyables. Il est donc normal qu’ils se préoccupent de prévention. Mais leur message alarmiste a conduit à oublier un autre danger: le manque d’exposition au soleil chez les seniors. La vitamine D est la partie émergée de l’iceberg solaire. La lumière du soleil déclenche la libération d’autres molécules importantes dans l’organisme, comme la sérotonine et les endorphines. Cela réduit le risque de cancer de la prostate, du sein, du pancréas et colorectal; améliore les rythmes circadiens; réduit l’inflammation et freine les réponses auto-­immunes. Et pratiquement toutes les maladies mentales s’en trouvent soulagées. En plus, c’est gratuit.

Ce sont des avantages dont tout le monde devrait pouvoir profiter. Néanmoins, nul n’est logé à la même enseigne. Ceux qui ont la peau plus foncée ont besoin de doses plus importantes de soleil pour en tirer des bienfaits. Hélas, eux aussi reçoivent un message affirmant le contraire. Tous les ans, le Dr Weller passe du temps dans un hôpital dermatologique à Addis-Abeba, en Éthiopie. Située près de l’équateur, la ville s’étend sur un plateau à 2300 m au-dessus du niveau de la mer, donc exposé à un rayonnement UV considérable. « Pourtant, je n’ai pas vu un seul cas de cancer de la peau, insiste le médecin. Pendant ce temps, on répète aux gens d’origine africaine qu’il faut éviter le soleil.»

Les premiers humains ont évolué à l’extérieur sous un soleil tropical. Comme l’air, l’eau et la nourriture, les rayons du soleil offraient un apport essentiel à la survie. Grâce à l’évolution, la peau s’est prémunie d’une protection naturelle contre les UV, les mélanocytes, les cellules qui fabriquent la mélanine. Nos ancêtres africains à peau foncée produisaient tant de mélanine qu’ils n’avaient pas à se soucier du soleil.

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Cancer de la peau: l’achat d’écrans solaires avec un FPS élevé en vaut-il le coût?SNEG17/SHUTTERSTOCK

L’important, c’est de ne pas brûler

Les personnes de couleur souffrent rarement de mélanomes. Aux États-Unis, l’incidence est de 26 pour 100 000 chez les Blancs, 5 pour 100 000 chez les Hispano-Américains et 1 pour 100 000 chez les Afro-Américains. Les quelques fois où cela se produit chez un sujet d’origine africaine, le mélanome est particulièrement mortel – mais il se développe généralement sur la paume des mains ou la plante des pieds, ou encore sous les ongles, et n’est pas dû au soleil.
Pourtant, on continue à pousser la population à croire en une protection inflexible contre le soleil. Sur son site internet, la Société américaine de dermatologie « recommande à tous, quelle que soit la couleur de la peau, de se protéger des rayons ultraviolets néfastes du soleil en se mettant à l’ombre, en portant des vêtements protecteurs et en appliquant un écran solaire à large spectre résistant à l’eau avec un indice de protection de 30 et plus ». Le Dr Weller trouve cette recommandation exaspérante et va jusqu’à la qualifier de « coup de marketing ». (Il en va de même avec le code européen contre le cancer, une initiative de la Commission européenne, qui, tout comme l’Organisation mondiale de la santé, prône de réduire l’exposition au soleil, de porter des vêtements protecteurs et d’appliquer un écran solaire sur la peau.)

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Gens d'affaires marchant au soleil.Stephen Zeigler/Getty Images

Ailleurs dans le monde…

…de nombreux spécialistes ont compris les bienfaits de la lumière du soleil. L’Australie ensoleillée a changé de ton dès 2005. Quand l’index UV est inférieur à trois (ce qui est le cas en hiver presque partout sur la zone continentale en Europe), la recommandation officielle australienne est de « ne pas utiliser une protection solaire à moins d’être à l’extérieur pour une longue période ou près d’une surface réfléchissante comme la neige ». Il est aussi suggéré de « passer plus de temps à l’extérieur au milieu de la journée en laissant un peu de peau découverte pour soutenir la production de vitamine D ».
La Nouvelle-Zélande diffuse des recommandations similaires, et les dermatologues de l’Association britannique de dermatologie vont encore plus loin : « Profiter du soleil avec précaution, tout en prenant soin de ne pas brûler, contribue à fournir les bienfaits de la vitamine D sans élever outre mesure le risque de cancer de la peau. »
Le Dr Leffell favorise une approche « judicieuse » : « Je dis à mes patients : Pas la peine de se cacher dans une caverne, mais il faut tenir compte de l’exposition cumulative et particulièrement des coups de soleil », insiste-t-il.
Tous les spécialistes reconnaissent que les coups de soleil – surtout ceux de l’enfance et de l’adolescence – sont très dommageables. Au bout du compte, chacun doit juger par lui-même. Les besoins varient selon la saison, la latitude, la couleur de la peau, l’histoire personnelle, la philosophie de vie et tant d’autres éléments qu’il est impossible d’établir une recommandation universelle. Pour ma part, le choix est tout fait. De saines aventures m’attendent à l’extérieur. À partir d’aujourd’hui, j’entre dans la lumière.

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Lunettes de soleil sur le sable de la plage.Shutterstock

L’Exposition au soleil et la vision

Il existe un point sur lequel les spécialistes s’entendent : il est très important de protéger ses yeux du soleil. Une tribune parue en 2020, ­cosigné par les Drs Lindqvist, Weller et 13 autres chercheurs, montre que l’exposition aux rayons du soleil est responsable de dégénérescences maculaires et rétiniennes, de cataractes et de photoconjonctivites. Les jours ensoleillés, portez des lunettes de soleil (idéalement enveloppantes) qui filtrent les ultraviolets. Voici les maladies des yeux que vous devriez connaître.

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Qu’est-ce qu’une relation à sens unique?mavo/Shutterstock

Les sept piliers de la sagesse

Le soleil…

  • diminue le cholestérol et améliore la pression artérielle;
  • fortifie le squelette;
  • augmente l’immunité;
  • améliore le moral et stimule la production de sérotonine (neurotransmetteur du bien-être);
  • régule les horloges biologiques et aide à resynchroniser le sommeil;
  • aide à soigner certaines maladies de peau comme le psoriasis;
  • stimule des fonctions cognitives, affirme même une étude de l’université de Liège et de l’INSERM. La clef pour profiter de ces bienfaits : soleil à toute petite dose pendant l’été en évitant les périodes les plus chaudes de la journée (entre 11 h et 16 h) et en privilégiant l’exposition à loisir dès la fin des grandes chaleurs.

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Contenu original Selection du Reader’s Digest