J’ai plus envie de faire l’amour que mon compagnon

Un membre de l’équipe du magazine Best Health, dont le nom restera secret, a demandé conseil à deux experts canadiens en matière de sexualité.

J'ai plus envie de faire l'amour que mon compagnon

«Je suis dans la quarantaine et je me rend compte que j’ai plus souvent envie de faire l’amour que mon partenaire. Certaines de mes amies disent que leur relation n’a pas changé. Que m’arrive-t-il? Suis-je normale?»

Réponse de Dale Curd:

Oui, vous êtes normale. Et  il n’y a rien non plus de problématique du côté de votre partenaire. Vous ne dites pas s’il présente certains symptômes physiques qui pourraient influer sur sa libido, comme cela se passe pour un homme sur cinq. Vous ne dites pas non plus si la fréquence de vos rapports sexuels a changé depuis le début de votre relation, ce qui serait aussi normal.

Une fois écartés les causes physiologiques et le parcours normal d’une relation, je peux vous dire que les hommes cessent d’avoir des rapports sexuels à cause de ce qu’ils pensent. Et ce qu’ils pensent sur la sexualité, ou la non sexualité, est généralement de trois ordres:

‘ Réaction d’évitement
Il arrive souvent que les hommes évitent les rapports sexuels pour éviter de se rapprocher émotionnellement de quelqu’un, ce qui risquerait de faire ferait des sentiments qu’ils ne peuvent accepter. Dans notre société, les hommes n’ont pas appris à faire face aux émotions fortes ; alors ils se referment, ou au contraire explosent. Si votre homme doit confronter quelque chose qu’il préfère ne pas ressentir, il se peut qu’il évite la relation intime avec vous.

‘ Colère
Oui, les hommes se retiennent de faire l’amour quand ils sont en colère ; plus spécifiquement, ils retiennent leur ressentiment ou leurs jugements, y compris ceux qu’ils portent sur eux-mêmes. Ce n’est pas dans leur manière de faire de parler de ces choses; à la longue, tous ces sentiments refoulés risquent de former une sorte de barrière sexuelle.

‘ Ambivalence
De nombreux hommes traversent l’existence dans un état de mélancolie, peu disposés à s’engager envers qui que ce soit ou quoi que ce soit. Ces hommes doivent faire face à un changement majeur dans leur existence et cela les chagrine, sans qu’ils puissent l’admettre parce que c’est trop douloureux. Alors, ils s’interdisent de ressentir et, en conséquence, n’arrivent plus à éprouver pleinement une émotion. L’ambivalence peut également se produire chez l’homme émotionnellement vidé. Dans ma pratique, il m’arrive de voir des hommes qui, à cause d’une insécurité par rapport à leur travail, leur instabilité financière ou la tension relationnelle sont émotionnellement et énergétiquement épuisés et, par conséquent, peu intéressés à la sexualité.

Alors, que pouvez-vous faire à propos de ce que votre homme traverse? Comme pour la femme, le plus puissant organe sexuel de l’homme est son cerveau. Séduisez-le et vous déclencherez sa libido. Écoutez-le parler de ce qui le trouble et réaffirmez sa masculinité en lui disant que vous croyez qu’il est assez fort pour éloigner tous les obstacles se trouvant sur son chemin. Lubrifiez sa résistance avec de l’empathie. Parlez-lui de ces moments où vous-même n’étiez pas intéressée par les rapports sexuels et dites-lui que bien des gens vivent la même chose. La compréhension et l’empathie dissoudront ses blocages et il partagera avec vous ses sentiments. Il découvrira que, quand il le fait, c’est en fait l’amour qu’il partage, et, bien sûr, la sexualité.

Réponse de Cheryl Fraser:

Il fut un temps où on qualifiait de «nymphomane» la femme ayant une forte libido. Vous remarquerez d’ailleurs qu’il n’y a rien de tel dans le vocabulaire médical pour décrire un homme aux fortes impulsions sexuelles! Heureusement, cette époque est terminée. Alors, toutes mes félicitations! Vous faites partie d’une minorité significative de femmes qui sont sexuellement plus motivées que leur partenaire.

La sexualité féminine est fortement influencée par le désir psychologique ; c’est-à-dire que le sexe est en fait dans notre tête. Dans ma pratique privée, j’entends tout le temps des femmes me dire qu’avant de faire l’amour avec leur partenaire, toutes les conditions doivent être réunies : elles doivent avoir eu une bonne journée au travail, être heureuses et détendues et, plus que tout, se sentir bien avec leur conjoint, à l’abri des conflits. À l’inverse, les hommes peuvent être physiquement excités sans que la réalité ne les affecte ; ils n’ont pas besoin de désirer avec leur esprit. Les chanceux!

Il y a des femmes dans la quarantaine qui traversent une période de libération de leur énergie sexuelle. À ce moment de leur existence, elles découvrent qu’elles peuvent se dégager des contraintes de leur esprit et laisser leur désir sexuel s’exprimer entièrement. Elles sont conscientes d’avoir plus d’expérience, d’assurance et de sex-appeal, ce qui a pour effet d’écarter les inquiétudes qui constituent une entrave à la sexualité. Quand cela se produit, attention ! Ces femmes n’attendent pas d’être dans l’humeur propice, elles passent tout simplement à l’action.

Alors, oui, vous êtes normale, votre forte libido indique que vous êtes en santé et avez suffisamment d’équilibre pour laisser votre désir sexuel s’exprimer malgré les stress de la vie quotidienne.

Et contrairement au mythe qui circule à cet effet, la plupart des hommes ne sont pas des bêtes de sexe. Dans bien des cas, un homme éprouvera de l’embarras si sa partenaire prend l’initiative et lui dit qu’elle voudrait faire l’amour, et tout de suite. Votre homme pourrait donc avoir un peu de mal à se faire à l’idée qu’il n’est pas le séducteur mais le séduit. Je conseille à mes patientes de flirter avec leur partenaire tout au long de la journée afin de créer la tension propice à la relation sexuelle. Faites-lui parvenir un courriel érotique et dites-lui que vous mourez d’impatience de le voir revenir à la maison afin de le manger tout cru. Puis, surprenez-le au lit, sur le sofa ou le plancher de la cuisine en proposant quelque chose qui diffère de la routine habituelle. Il ne mettra pas longtemps à penser que c’était son idée et que, de plus, elle était vachement bonne.

Dale Curd est conseiller et l’un des plus grands experts canadiens sur les questions relatives aux hommes; il possède un cabinet privé à Toronto et donne des conférences internationales sur la condition masculine et le point de vue spécifiquement masculin.

Titulaire d’un doctorat, Cheryl Fraser pratique la psychologie et la sexothérapie à Duncan (C.-B.). Elle donne régulièrement un atelier sur le couple.

Qu’en pensez-vous? Avez-vous un conseil à offrir? Faites-le nous savoir dans les commentaires.

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