Rencontre avec la présidente de Vélo-Québec

Sur toutes les tribunes ou derrière son guidon, Suzanne Lareau partage depuis longtemps sa passion pour le vélo. Celle qui est à la tête de Vélo-Québec souhaite recruter toujours plus d’adeptes, pour les voir circuler partout, en toute sécurité.

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Vélo Québec : un environnement favorable est essentielle pour développer la pratique du vélo. BakerJarvis/Shutterstock


Le début d’une passion pour le vélo au Québec
À 19 ans, lorsqu’elle découvre les joies du cyclisme à la faveur d’une longue randonnée entre Val-Morin, dans les Laurentides, et Montréal, elle se sent déjà prête « à faire le tour de la planète »! Suzanne Lareau était pourtant loin de se douter qu’elle passerait sa vie à en vanter les vertus à plus d’une génération de Québécois. Encore étudiante en enseignement de l’éducation physique à l’Université du Québec à Montréal à la fin des années 1970 , elle s’impliquait déjà à Vélo Québec, offrant des stages de mécanique, écrivant même un livre sur le sujet, gravissant chaque étape jusqu’à devenir présidente-directrice générale en 2001.

Si elle rêve de voir de plus en plus de citoyens découvrir le grisant sentiment de liberté que procure le vélo, elle aspire aussi à une cohabitation harmonieuse sur la route, pour que nos villes et villages respirent.

Depuis quelques décennies, la pratique du vélo a constamment augmenté au Québec, ce qui apporte une foule de bienfaits, sur la santé des individus comme pour la qualité de l’environnement. Par contre, dans les rues, la tension est parfois palpable.
Je le dis toujours : il n’y a pas de guerre entre les cyclistes et les piétons, ou entre les cyclistes et les automobilistes. Elle se déroule entre les gens qui manquent de civisme et les gens qui en font preuve. En plus, au Québec, nous sommes un peu « cow-boys », peu importe le moyen de transport. Chaque fois que je fais du vélo aux États-Unis et que des voitures nous doublent ou nous frôlent de très près, je regarde la plaque d’immatriculation, presque toujours du Québec. Ça me déprime!

Que vous soyez novice ou expert, suivez ces conseils pour cyclistes avertis.


En ville, la solution passe-t-elle par plus de pistes cyclables?
Elle passe par des environnements favorables : des pistes cyclables sur des rues passantes, un partage de la route sur les rues plus tranquilles. Il faut aussi réduire la vitesse des voitures (dos-d’âne et saillies de trottoirs par exemple) et leur nombre; on en compte 40 000 de plus chaque année dans la région métropolitaine! À l’inverse, vous vous souvenez des discours catastrophistes sur l’arrivée de BIXI à Montréal? On croyait qu’il y aurait plus d’accidents de vélo, et les études ont prouvé le contraire. En 2018, BIXI a dépassé les 5,3 millions de déplacements. C’est le phénomène du « Safety in Numbers » : plus les vélos sont visibles, plus il faut faire attention.

Retrouvez quelques piste pour choisir le vélo qui vous correspond.

Lorsque l’on vous croise à vélo dans les rues de Montréal, vous ne portez jamais de casque. Certains vous le reprochent!
Je le porte lorsque je fais du vélo de route, mais on me dit parfois : vous ne donnez pas l’exemple! À Vélo Québec, on a toujours dit qu’on était pour le port du casque, mais que c’est un choix individuel. En Australie, le casque est obligatoire depuis 1991, et la pratique du vélo a tellement chuté qu’ils ont perdu une génération de cyclistes; ce sont les grands-parents qui montrent à rouler à leurs petits-enfants parce que leurs parents ne font pas de vélo.

Des études en Colombie-Britannique, là où le port du casque est aussi obligatoire, n’ont démontré aucune amélioration du côté des blessures à la tête chez les cyclistes.

Vous citez souvent Copenhague comme un modèle à suivre en matière d’aménagements cyclables. En quoi la capitale du Danemark se démarque-t-elle?
Cette ville est exemplaire, mais le changement ne pouvait s’opérer rapidement. La bagnole était partout, et cela bousillait la qualité de vie. Il y a 35 ans, ils ont élaboré un plan et s’y sont tenus : à chaque année, élimination de 1 à 2 % d’espaces de stationnement et, en parallèle, installation de pistes et de bandes cyclables.

Après 5 ans, le changement était sympathique, mais aujourd’hui, la ville est complètement transformée. Le centre de Copenhague compte environ 600 000 personnes, et c’est vraiment tranquille : plus de vélos et moins d’autos, ça diminue le bruit, d’autant plus que 80 % de la population locale fait du vélo, même l’hiver.

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Croyez-vous que cela peut convaincre les nombreux détracteurs du cyclisme hivernal?
Les gens qui veulent « tuer » la pratique du vélo reviennent toujours avec l’argument de l’hiver. Quels sont les pays où l’on compte le plus de cyclistes en Europe? Pas l’Espagne ni l’Italie, mais le Danemark, les Pays-Bas, l’Allemagne, là où il pleut, où il fait gris, où il neige, et où il fait froid. Avec les changements climatiques, les hivers seront de moins en moins longs.

À l’instar de certains militants, auriez-vous envie de faire le saut en politique pour continuer à changer les choses?
J’ai déjà été approchée sur la scène municipale, mais ça ne m’intéresse pas. Les municipalités représentent un véritable gouvernement de proximité, plein d’aménagements cyclables peuvent être faits, mais elles sont aussi de grosses machines, et je suis habituée à travailler dans une petite organisation.

De plus, on maltraite beaucoup les hommes et les femmes politiques, ce que je n’ai vraiment pas le goût de subir. Si on veut des gens de valeur, il faut commencer par les respecter. Et quand je vois leurs horaires de fous, je me demande comment ils font, surtout les jeunes parents.

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Contenu original Selection du Reader’s Digest