Prolongations

Des lecteurs et des lectrices nous racontent comment ils ont trouvé l’amour avec un grand A

Prolongations

Le 14 février 1990, j’apprends à la radio que les Draveurs de Trois-Rivières, l’équipe pour laquelle je joue dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), m’ont échangé au Laser de Saint-Hyacinthe. J’ai 19 ans et je vais jouer avec Martin Brodeur, la future star des Devils du New Jersey. Je boucle mes valises et pars aussitôt pour cette ville que je ne connais pas.

Après avoir rencontré mon entraîneur et «brisé la glace» avec ma nouvelle équipe, on me conduit dans la famille qui doit m’accueillir durant quatre mois, le temps de terminer la saison de hockey et ma session au cégep. André et Julie Laprise me reçoivent avec leur fils de neuf ans, tout fier d’héberger un joueur de la LHJMQ.

Moi, je n’ai d’yeux que pour leur fille, Annie. Bang! C’est le coup de foudre. La jeune fille de 17 ans n’a cependant pas une très bonne opinion des hockeyeurs, qu’elle associe aux mauvais garçons de la série Lance et compte. Mais à force de me côtoyer, Annie découvre que je n’ai rien d’un voyou, et ses défenses tombent l’une après l’autre.

Quatre mois plus tard, elle me joue Let It Be, des Beatles, au piano du salon, puis s’approche de moi pour un premier baiser. C’est le bonheur total… et le désespoir: dans une semaine, je pars à Chamonix pour une partie de l’été!

Je m’envole pour la France la mort dans l’âme et, pour ne rien arranger, ma belle ne me donne aucun signe de vie. M’a-t-elle déjà oublié?

Je rentre la tête pleine de questions, tout de même heureux de savoir que mes parents et mon frère m’attendent à Mirabel. Surprise! Ils ne sont pas seuls: Annie, qui ne les avait jamais rencontrés, les a contactés pour être certaine de ne pas manquer mon retour! Tous mes doutes s’envolent quand elle me serre dans ses bras.

Nous nous marions en 1992 en nous promettant que nous aurons quatre enfants, mais, d’abord, nous suivons la tournée Quidam du Cirque du Soleil en Amérique du Nord pendant six ans.

Aujourd’hui, j’enseigne le français à Saint-Eustache, Annie est psy à Saint-Jérôme, et nous élevons à Sainte-Adèle une marmaille de garçons: Félix-Antoine, Zachary, Hugo et Justin, qui font notre bonheur quotidien. Les souliers à crampons ont remplacé les patins, et nos amis disent que nous sommes un couple de la préhistoire. Ce qui prouve qu’en amour, comme sur la glace, la synchronicité peut durer. Il suffit de saisir sa chance et… d’être bon joueur.

Yannik Lemay, Sainte-Adèle

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