Partageur de rêves

16000 km pour aider les enfants malades à s’accrocher à la vie  

Partageur de rêves

Bertrand Lemeunier et l’équipe de la Fondation Rêves d’Enfants étaient faits pour se rencontrer: ils ont des rêves plein la tête et aiment les faire partager. Aussi, quand le jeune homme de 28 ans, photographe de métier, a eu l’idée de traverser le Canada à vélo et de tirer de son aventure un livre de photos, il a aussitôt pensé à s’associer à cet organisme qui s’est donné pour mission de redonner espoir à des jeunes gravement malades en les aidant à aller au bout de leurs rêves.

Bertrand Lemeunier est parti le 12 mai 2007 du cap Spear, à Terre-Neuve, le point le plus à l’est du Canada, avec le mandat officiel de récolter un dollar par kilomètre parcouru – mais le désir secret d’en ramasser bien plus. Comme c’est un jeune homme pressé (il a publié son premier livre de photos à 25 ans) qui aime prendre son temps, il a rallongé ce pays déjà immense, parcourant 16000 km à force de détours et de chemins de traverse. Et pour échapper à la tentation de la vitesse, il l’a remonté d’est en ouest, contre le vent. Parfois, celui-ci soufflait si fort que le cycliste dépassait difficilement les 5 ou 6 km/h. Mais, comme il le dit: «Moi, mon truc, c’est pas le vélo, c’est les gens!»

Pendant 9 mois, il a pédalé sur le Devinci que lui avait offert l’entreprise du Saguenay, lesté de ses lourdes sacoches. (Chargé, son vélo pesait 160 livres, plus lourd que lui!)

«A gauche du guidon, j’avais la cuisine. Devant et à droite, le bureau – appareil photo, ordinateur…» Et derrière, la chambre. Enfin, la tente, qu’il utilisait en moyenne deux nuits sur trois, qu’il vente ou qu’il pleuve. Il lui est même arrivé de devoir creuser dans la neige. «Après deux jours sous la tente, dit-il, tout était humide, il y avait du givre, de la glace. Je dormais avec mes bouteilles d’eau dans mon sac de couchage pour les faire dégeler.»

Heureusement, l’hospitalité n’est pas un vain mot dans notre pays. Des tas de gens qui ne l’avaient jamais vu l’accostaient et lui offraient l’hospitalité. Comme ça! Ou bien parce qu’ils avaient entendu parler de lui à la radio ou dans les journaux. Il faut dire que Bertrand avait à Montréal un «routeur» d’un genre particulier, Alain Desjardins, qui imaginait chacune de ses étapes en fonction non pas de la météo, mais des médias et de la campagne pour la Fondation.

Ce qui donnait lieu parfois à des scènes légèrement surréalistes. «C’est ton vélo dehors?» lui demande Marc Masson dans une épicerie de Regina, en Saskatchewan. Il a entendu l’entrevue de Bertrand le matin même sur Radio-Canada et l’invite à manger et à passer la nuit chez lui. Puis il l’envoie chez le célèbre sculpteur fransaskois Joe Fafard. En plus d’offrir au cycliste le gîte et le couvert, l’artiste propose de verser à la Fondation une partie des bénéfices de l’exposition qui parcourt le Canada pour ses 40 ans de carrière. Depuis leur rencontre, Joe Fafard a remis près de 7000$ à l’organisme. Spontanément!

«Je n’ai jamais rien demandé, tient à préciser Bertrand Lemeunier. Je ne voulais surtout pas que les gens se sentent obligés. Mais, finalement, ils donnaient plus de cette manière.»

C’est le cas de Casey Kelly, d’Angela Lovegrove et de leurs filles, Emma et Lisa, de Calgary, qui ont organisé un buffet communautaire avec tous leurs voisins. Une trentaine de personnes se sont ainsi retrouvées dans leur salon autour d’un tronc pour Rêves d’Enfants. Et le lendemain, la mère d’Angela lançait un encan silencieux sur Internet pendant que Bertrand partait faire une présentation à l’école des filles, où une collecte de «cennes» noires a permis de ramasser plus de 500$. «En tout, dit Bertrand, cette seule famille a versé plus de 1000$ dans les caisses de la Fondation.»

Dans chaque grande ville, Bertrand Lemeunier rencontre l’équipe locale de Rêves d’Enfants. Et des jeunes formidables de vitalité qui, souvent, ont surmonté des épreuves capables de détruire le plus vigoureux et le plus courageux des adultes.

Comme Kurtis, de l’Ile-du-Prince-Edouard, un garçon de 18 ans plein de vie, la tête couronnée d’une crinière brune, bavard comme une pie. Son rêve, alors qu’il risquait de mourir d’un cancer, était de rencontrer les jeunes héros de Harry Potter. En 2004, la Fondation l’a envoyé en Angleterre, avec toute sa famille, visiter le plateau de tournage et se faire photographier entouré de ses idoles. «Pour moi, le rêve est un remède fantastique», confie le jeune homme.

A Saskatoon, Bertrand a croisé Anna, une petite fille de quatre ans souffrant de graves problèmes cardiorespiratoires, à qui on venait de remettre une «maison de rêve», celle de Dora l’exploratrice. «Bien qu’elle doive se promener en permanence avec une bouteille d’oxygène, elle était tellement gaie et elle bougeait tellement que j’ai eu un mal fou à la fixer sur la pellicule!» raconte Bertrand Lemeunier.

«Ces enfants nous enseignent une leçon extraordinaire, ajoute-t-il. Nous n’avons pas le droit de nous plaindre pour des broutilles.»

Le 3 février 2008, Bertrand Lemeunier a posé le pied à Tofino, dans l’île de Vancouver, face au Pacifique, fatigué, mais heureux! A ce jour, sa «balade» a rapporté à la Fondation Rêves d’Enfants 27000$. Et ce n’est pas fini…

Muriel Jaouich, directrice de la Fondation Rêves d’Enfants pour l’ouest du Québec, ne tarit pas d’éloges sur Bertrand Lemeunier. «En bouclant ce périple à travers le Canada, dit-elle, il est devenu un héros pour l’équipe. Un modèle à suivre.»

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