Le défi de Fabienne

«Ceux qui ont de la chance doivent aider ceux qui en ont moins», prône la productrice et auteure 

Le défi de Fabienne

Ses «bonnes œuvres»: voilà comment Fabienne Larouche surnomme les causes au service desquelles elle met sa notoriété et ses moyens. L’humour en guise de pudeur: la prolifique productrice et auteure de Virginie a beau être reconnue pour sa «grande gueule», elle n’aime pas parler de ce qu’elle fait pour son prochain. Et si elle accepte de répondre à nos questions, c’est pour la bonne cause: en inciter d’autres à s’investir. Fabienne Larouche est notamment porte-parole de la campagne Défi pacifique, qui se déroule cette année du 8 au 21 février. Objectif: recueillir des fonds en vue d’implanter des programmes de lutte contre la violence dans les écoles du Québec.

Q. Les bourses d’études Virginie, le centre de traumatologie de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, le Défi pacifique: vous embrassez plusieurs causes. Etes-vous une mécène?
R. Pas du tout. Mon travail et ma vie personnelle m’apportent beaucoup de bonheur. Je suis une privilégiée. Alors, je considère qu’il est normal de redonner; c’est tout. La vie est injuste. Ceux qui ont de la chance doivent aider ceux qui en ont moins. Je parlerais plutôt d’engagement. Disons que je crois au principe de «donner au suivant»: on reçoit d’un côté, on donne de l’autre.

Q. Certains pourraient dire: «Ah! oui, c’est facile pour elle de donner: elle est très riche!»
R. [Rires.] C’est un point de vue. Je pourrais aussi ne rien faire. Avec mon argent, je me gâte et je gâte ceux que j’aime, mais, à un certain moment, il faut faire plus. Les circonstances de la vie m’ont menée à cette prise de conscience. Il y a eu un tournant: un «avant 40 ans» et un «après 40 ans.»

Q. Que s’est-il passé?
R. En 1999, Michel [Trudeau], mon chum, a subi une rupture d’anévrisme. Quand tu découvres que tu peux perdre ce à quoi tu tiens le plus en une fraction de seconde, rien n’est plus jamais pareil. L’équipe du centre de traumatologie de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal l’a sauvé. Alors, quand le chirurgien en chef m’a demandé de m’impliquer dans une collecte de fonds, j’ai dit oui tout de suite. Depuis, je les soutiens du mieux que je peux, en temps et en argent.

L’accident de Michel m’a aidée à mettre les choses en perspective: j’écris des téléséries et je suis connue, mais, pendant ce temps, quelque part, des gens font des miracles dans l’ombre pour sauver des vies. Ça donne à réfléchir.

Q. Vous auriez pu vouloir oublier à jamais tout ce qui vous rappelait ce moment pénible, non?

R. Non. Appelons ça le sens du devoir. Et puis, personne ne sait s’il y a une vie après la mort; dans le doute, je préfère afficher un bilan positif! Plus sérieusement, je pense que la liberté s’accompagne d’une responsabilité sociale.

Q. Les bourses d’études Virginie, c’est aussi le résultat de votre prise de conscience?
R.
Oui. En tant qu’ex-enseignante, fille et petite-fille d’enseignante, l’idée d’offrir des bourses d’études à des gens me tenait à cœur. Depuis 2001-2002, notre maison de production et nos partenaires ont distribué entre 450000$ et 600000$ chaque année. J’ai moi-même donné pas mal d’argent. Et avec le diffuseur, nous avons persuadé les commanditaires d’en faire autant; il est certain qu’en participant soi-même financièrement ça donne du poids.

Cette année, nous lançons une nouvelle formule: l’argent servira à valoriser le travail des enseignants du secondaire du réseau public. Leur profession a été tellement mise à mal dernièrement!

Q. C’est votre attachement au milieu scolaire qui vous a poussée à accepter, pour une deuxième année, d’être porte-parole du Défi pacifique?
R. Oui. La violence à l’école me touche. Défi pacifique permet d’aller à contre-courant. Il invite les gens à donner pour financer l’implantation de programmes destinés à combattre la violence. En misant, entre autres, sur la résolution de conflits par les pairs. C’est un apprentissage qui servira toute la vie. Si tu apprends à 11, 12 ou 13 ans à résoudre pacifiquement tes différends, tu deviens plus tard un meilleur citoyen, un meilleur être humain. Avant d’être approchée, je ne connaissais pas cette initiative. Quand j’ai compris, je me suis dit: Wow! Toutes les écoles devraient implanter ce programme!

Q. Vous l’avez d’ailleurs intégré dans Virginie.
R. Exactement. Dans Virginie, des élèves ont reçu une formation. A l’occasion, on a pu les voir intervenir auprès d’autres élèves. Stéphane Lessieur (Peter Miller), mon policier de la Sûreté du Québec (SQ), est responsable de l’implantation du programme dans l’école. Un reflet de la réalité, puisque la SQ est effectivement associée au Défi pacifique.

Q. Que ce soit pour le Défi pacifique ou pour la traumatologie, vous arrive-t-il de tordre le bras à certaines connaissances pour les inciter à appuyer «vos» causes?
R. Bien sûr! Je m’implique dans très peu de causes, mais je le fais à fond… et je convaincs mes proches d’y participer eux aussi.

Q. Qu’auriez-vous envie de nous dire pour nous inciter à faire un don durant le Défi pacifique?
R. Le même message vaut pour toutes les causes: il faut s’engager. Il faut aider les autres, j’en ai la conviction. Si on ne fait rien, un jour, ceux qui n’ont pas eu de chance se révolteront. Et puis, donner fait du bien et procure une quiétude intérieure. Parce qu’on se dit: Je fais mon bout. Je ne changerai pas le monde seule, mais je peux mettre une brique: la mienne. La mienne, plus la vôtre, plus celle de l’autre, on finira bien par construire un bel édifice! Je pense qu’on peut arriver tous ensemble à améliorer la vie.

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