Femmes et pouvoir: la politique des genres

Dans son essai féministe Femmes et pouvoir : les changements nécessaires, la journaliste et auteure Pascale Navarro livre un ardent plaidoyer pour la parité en politique. 

Femmes et pouvoir: la politique des genres Que gagnerait notre société à avoir autant de députés femmes que de députés hommes ?
La parité permet aux femmes d’être présentes dans les lieux de pouvoir, là où sont prises les décisions qui ont un impact sur nos vies. Aujourd’hui, on considère souvent que l’égalité est acquise en termes de droits. Ce n’est vrai qu’au quotidien. À l’école, au travail, nous sommes égaux, mais nous sommes absentes des officines du pouvoir. 

Ce qui change quand il y a des députées à l’Assemblée nationale, c’est qu’elles amorcent des débats sur des sujets qui les concernent. C’est grâce à elles que plusieurs lois ont été votées : lois sur le congé de maternité, sur le patrimoine familial, sur le divorce, sur la violence conjugale, sur l’équité salariale, etc. 

Pour atteindre cette parité, vous préconisez des quotas. Comment s’appliqueraient-ils ?
Il y a plusieurs façons de le faire. Ce qui fonctionne le mieux dans le monde, c’est quand les partis eux-mêmes appliquent des quotas et qu’ils inscrivent ces mesures dans leurs propres statuts. Par exemple, pour chaque élection, le parti se donne pour objectif de recruter de 40% à 50% de candidates. C’est ce qu’a fait Québec solidaire. Mais cela ne veut pas dire que ces femmes vont être élues. Donc, pour que le processus fonctionne et que le nombre de députées augmente vraiment, il faut que les partis proposent ces candidates dans des circonscriptions où elles ont de réelles chances de gagner. 

Une autre formule est celle des sièges réservés. Par exemple, dans la loi électorale, le directeur général des élections du Québec inscrirait dans les règlements des élections du Québec qu’il faut 40% de sièges réservés aux femmes. 

Plusieurs sont contre les quotas, car ils craignent que le sexe prime la compétence dans les nominations. Qu’en dites-vous?
La compétence n’appartient pas à un sexe. D’ailleurs, ce que je trouve drôle, c’est qu’on ne soulève ces questions de mérite que lorsqu’il s’agit de femmes. Quand ce sont des hommes, personne ne monte aux barricades. C’est la preuve qu’il y a un préjugé défavorable à l’égard des femmes en politique. 

C’est ce qu’on a reproché à Justin Trudeau, lorsqu’il a formé son cabinet paritaire de ministres. Comme il n’avait que 27% d’élues pour 50% de femmes ministres, il aurait laissé de côté des compétences masculines.

Moi, j’étais très heureuse de ce conseil paritaire et je trouve logique que, quand un gouvernement décide de défendre une valeur, il se donne les moyens de le faire. Là où j’aurais un problème, c’est si ce gouvernement ne fait rien pour institutionnaliser la parité et en faire une loi, et que cela reste tributaire de la volonté d’une personne. Quant à la compétence des ministres, la question ne se poserait pas s’il y avait 50% de femmes et 50% d’hommes élus. 

Pourquoi dites-vous que les hommes sont favorisés en politique ?
La tradition et l’histoire ont fait en sorte que les hommes sont déjà gagnants en politique : ils bénéficient de quotas « par défaut », car quand les partis politiques cherchent des candidats pour les élections, ils recrutent dans leurs propres réseaux. Or, ces réseaux sont les milieux de travail traditionnels : les banques, le milieu des affaires, de la finance, de l’économie, du marketing, les hautes sphères académiques et scientifiques. Et tous ces milieux comptent une majorité d’hommes. 

Depuis 40 ans, les femmes ont acquis beaucoup de droits dans notre société. Quels sont les enjeux actuels en termes d’égalité hommes-femmes ?
Investir les lieux de pouvoir, comme le Parlement, mais aussi les lieux décisionnels : les milieux administratifs, économiques, financiers, politiques, académiques, judiciaires, médiatiques… car plus on grimpe dans l’échelle du pouvoir, moins il y a de femmes, ce qui n’est pas normal. À mes yeux, il faut une mixité dans les lieux de décision. 

Le second défi est l’équité salariale. On a une loi, mais elle n’est pas appliquée. Il reste plusieurs catégories d’entreprises qui ne s’y conforment pas. 

Le troisième enjeu, important à mon avis, est celui de la violence sexuelle, du harcèlement jusqu’au viol. Non seulement nous n’avons pas encore trouvé la façon d’encourager les femmes à dénoncer la violence sexuelle, mais le réseau communautaire qui s’occupe de les accueillir et de les aider a toujours peu de moyens financiers. 

 

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