L’art qui réconforte

Grâce à la Fondation de l’art pour la guérison, les séjours à l’hôpital sont plus supportables…

Fondation de l'art pour la guérison.Peinture de Marc Séguin - Photo de Roger Aziz

En 2001, Earl Pinchuk, 39 ans, a fait une pause d’un an de son entreprise familiale de linge de maison, pour se consacrer à sa véritable passion : travailler dans une galerie d’art contemporain. Chaque jour, il partait en éclaireur à la découverte d’un atelier ou deux et voyait des centaines d’œuvres. Puis il retrouvait son conjoint, Gary Blair, et tous deux gravissaient la côte séparant le centre-ville de Montréal de l’hôpital Royal Victoria, où leur ami Yves se mourait de complications du sida. Le couple avait orné sa chambre de souvenirs : des photos de ses chiens, des plantes en pot, son couvre-lit préféré. Mais ils n’avaient pas pensé aux murs.

« Après coup, nous nous sommes rendu compte que notre ami, un artiste, était mort entouré de murs vides », raconte Gary. Montréal regorgeait de galeries d’art contemporain, mais l’art était absent des hôpitaux et des établissements de santé, où le besoin d’inspiration et de réconfort était pourtant criant.

Six mois plus tard, Gary et Earl rencontraient l’équipe pédiatrique de l’Hôpital pour enfants de Montréal. Leur plan était simple : grâce aux 8 000 $ amassés lors du 40e anniversaire de Earl en février 2002, leur nouvelle Fondation de l’art pour la guérison allait acquérir 100 reproductions de première qualité auprès d’une agence de graphisme, pour les offrir à l’hôpital.Les trois premières œuvres, des représentations colorées d’animaux exotiques et d’enfants se donnant la main, ont été installées dans le service d’hématologie en janvier 2003. D’autres ont ensuite été accrochées aux murs des chambres de sept enfants vivant à l’hôpital en raison de la gravité de leur état ou de leur situation familiale. Six d’entre eux ont choisi des scènes extérieures.

Le couple a passé l’essentiel des 13 années suivantes à promouvoir les vertus thérapeutiques de l’art. (Gary, qui possède une entreprise de communications, consacre soirs et week-ends à la Fondation, dont Earl est depuis 2006 le seul employé.) Avec plus de 10 000 dons, L’art pour la guérison, présente dans 76 institutions publiques, offre désormais des œuvres originales de 400 artistes, dont Betty Goodwin, Kent Monkman et Marc Séguin, aux centres de réadaptation, instituts de cardiologie, hôpitaux psychiatriques et autres établissements canadiens. Chacun a des besoins spécifiques : la nudité et les animaux effrayants sont proscrits dans les hôpitaux pour enfants ; on trouve souvent de l’art abstrait en soins palliatifs. La collaboration avec le Centre gériatrique Maimonides Donald Berman de Côte-Saint-Luc, à Montréal, est l’une des réussites de la Fondation, qui a décoré les sept étages du bâtiment avec 1 200 œuvres.

« En 2006, nous y avons installé des photographies historiques de la communauté juive de la ville, explique Earl Pinchuk. J’avais le sentiment que cela pouvait stimuler la mémoire des patients souffrant de démence. » Il avait raison : une femme les a approchés en leur indiquant des lieux familiers sur les clichés. Un médecin leur a confié par la suite qu’elle n’avait pas parlé depuis six mois. Si les œuvres font sortir certains patients de leur mutisme, le simple fait de les contempler en réconforte d’autres.

Il y a 10 ans, Maria D’Andrea était une habituée de l’Hôpital pour enfants : sa fille Sophie, 13 ans, souffrait d’une douleur invalidante à l’épaule gauche due à une tumeur bénigne. Un jour, mère et fille déambulaient dans les couloirs, dans l’attente de résultats d’IRM. « Nous sommes tombées sur les splendides paysages d’Emily Carr. J’ai parlé de l’artiste à ma fille, et nous avons admiré ses peintures. Pendant quelques minutes, angoisse et stress ont disparu. » Aujourd’hui, Sophie, 23 ans, étudie pour devenir artothérapeute.

« Nous consacrons du temps et des ressources considérables à embellir nos intérieurs pour créer un « cocon » réconfortant. La Fondation cherche à appliquer ce même principe dans des lieux qui en ont vraiment besoin », conclut Gary Blair.

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