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Les maladies thyroïdiennes démasquées

Leur incidence semble monter en flèche, mais on impute souvent leurs symptômes au surmenage. Devriez-vous consulter un médecin?

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Faite contrôler votre thyroïde une fois par an si vous ne vous sentez pas « dans votre assiette ».

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Devriez-vous consulter un médecin ?

Les symptômes s’aggravent sournoisement. La plupart des victimes ne savent pas pourquoi elles prennent du poids, broient du noir ou rêvent d’une sieste aux heures les plus indues. Elles comprennent encore moins l’augmentation subite ou la diminution brutale de leur flux menstruel. Elles attribuent l’amincissement ou l’épaississement de leurs cheveux à un régime ou à leur âge. Chose certaine, elles n’associent pas ces perturbations aux maladies thyroïdiennes qui frappent jusqu’à 10 pour cent de la population nord-américaine, dont au moins quatre femmes pour un homme.

Dans mon cas, les dérèglements ont commencé durant l’automne 2007. Je me sentais de plus en plus morose, mais j’ai cru que je faisais le deuil du chien que nous avions euthanasié à l’Action de grâce. C’était plausible, tout comme l’étaient mes bâillements chroniques à l’approche d’un nouvel hiver, saison durant laquelle j’ai toujours envie de dormir.

 

J’étais courbaturée ? Probablement une séquelle de mes séances de gym. Ma peau était rêche ? Sans doute un effet du froid saisonnier. L’étonnante enflure de mon visage ? Sûrement le reflet de ma récente prise de poids (normale après 40 ans ?).

 

J’ai commencé à m’inquiéter en constatant que je ne pouvais plus absorber une tasse de bouillon sans éprouver un haut-le-cœur. J’avais beau manger comme un oiseau, j’engraissais inexorablement. Pire, mon esprit divaguait comme si, sans raison, je m’étais mise à souffrir de troubles de l’attention. En janvier, j’ai cessé de faire l’autruche et j’ai pris rendez-vous avec mon médecin de famille.

La chance a voulu qu’elle contrôle systématiquement la fonction thyroïdienne de ses patientes. Elle sait que la thyroïde a une fâcheuse tendance à se dérégler. Tantôt elle sécrète une quantité excessive de thyroxine, provoquant ce qu’on appelle l’hyperthyroïdie ; tantôt elle cesse d’en fabriquer. Or, cette petite glande en forme de papillon blottie sous la pomme d’Adam régit le rythme métabolique.
« Vous souffrez d’hypothyroïdie, m’a annoncé mon médecin après avoir reçu les résultats de mon examen sanguin et m’avoir convoquée. Votre thyroïde ne produit plus de thyroxine ; vous devrez prendre une hormone synthétique de substitution tous les jours jusqu’au dernier. »

 

Quoi ! Je me suis calée dans mon siège. Je n’avais jamais entendu parler des troubles thyroïdiens. (J’apprendrais par la suite que ma tante, ma sœur et ma grand-mère avaient la même maladie que moi ; les antécédents familiaux sont un facteur de risque.) J’avais du mal à admettre que mon problème n’était pas passager, mais chronique et incurable, comme le diabète.

 

 

 

 

 

 

 

Personne ne sait si la prévalence des maladies thyroïdiennes augmente réellement, mais une chose est sûre : les ordonnances de Synthroid, une hormone de substitution souvent prescrite dans ces cas-là, ont bondi de 28 pour cent au Canada entre 2005 et 2008. Si, comme l’affirme M. Sara Rosenthal, auteure de The Thyroid Sourcebook et directrice du programme de bioéthique de l’Université du Kentucky, « l’incidence des maladies thyroïdiennes progresse de manière saisissante », les chercheurs doivent se hâter de comprendre pourquoi cette petite glande devient soudainement si fragile. Se peut-il que la hausse du nombre de cas tienne simplement à la multiplication des tests de dépistage ? C’est ce que suggère une enquête américaine auprès des visiteurs d’un salon de la santé au Colorado : « La dysfonction thyroïdienne est courante, conclut le rapport, mais échappe souvent au diagnostic. »

Je suis sortie de chez mon médecin en me répétant : j’ai une maladie thyroïdienne…je suis malade ! J’ai commencé à prendre du Synthroid, et ce médicament peu coûteux a ramené mon taux de thyroxine à son niveau normal. Quelques semaines après, je me sentais plus pimpante, plus énergique, moins bizarrement courbaturée. L’enflure s’atténuait, ma concentration augmentait.

J’étais si étonnée de me retrouver malade chronique que j’en parlais à tout le monde. J’ai été ahurie de voir combien de femmes hochaient la tête d’un air entendu. Elles aussi prenaient du Synthroid ou – parce que leur thyroïde s’était emballée – un autre médicament. L’une d’elles était la conjointe d’un cousin (et la directrice du service publicitaire de Best Health). Michelle Kellner avait eu moins de chance que moi avec ses médecins. À 30 ans, un âge bien trop précoce pour la périménopause, ses règles avaient cessé pendant un an. Perplexe, elle avait consulté une série de spécialistes. « Aucun n’a pu me dire ce que j’avais. » Aucun, précise-t-elle, n’avait vérifié son taux de thyroxine. Enfin, un gynécologue a prescrit l’analyse sanguine qui a livré le mot de l’énigme : hyperthyroïdie.

 

Il a envoyé Kellner chez un endocrinologue qui, observant cinq nodules sur le cou de la patiente (symptôme d’hyperthyroïdie qui peut présager un cancer), a ordonné une biopsie. Les excroissances n’étant pas cancéreuses, il a placé Kellner « sous observation » sans se préoccuper de traiter le problème pour lequel elle l’avait consulté.

 

 

   

 

   

 

 

Pendant plusieurs années, elle s’est battue seule contre l’épuisement, l’irritabilité croissante et les variations brutales de poids causés par sa thyroïde hyperactive. « Je me disais que c’était le stress, raconte-t-elle, que je devais trouver un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle, que j’en faisais trop. » Mais, ajoute-t-elle, « je ne me reconnaissais plus. Je ne m’aimais plus. Je me disais : quelque chose cloche. »

 

Kellner a fini par changer de médecin. « C’est fou ! », s’est écrié sa nouvelle endocrinologue. « Elle a rédigé une ordonnance séance tenante. »

 

Kellner avait 36 ans et souffrait de la maladie de Graves, une cause fréquente d’hyperthyroïdie qui peut provoquer une ophtalmopathie particulièrement pénible : un gonflement de l’œil accompagné de larmoiement et de double vision. Elle avait échappé à cette malédiction, mais son état était si grave que le traitement le plus approprié était l’ablation de la thyroïde, ce qui la rendrait hypothyroïdienne. L’intervention de deux heures a nécessité trois jours d’hospitalisation. La biopsie postopératoire a révélé la présence d’une tumeur cancéreuse naissante. Pure coïncidence, a-t-on dit à Kellner. (Pour de plus amples renseignements sur les tumeurs thyroïdiennes, voir l’encadré de la page xx.)
Kellner suit à présent un traitement hormonal de substitution et se sent « merveilleusement bien », pour la première fois depuis des années.

 

Combien de femmes supportent des symptômes vagues comme les miens et ceux de Kellner, incapables d’obtenir un bon diagnostic et un traitement approprié ? « Les femmes reçoivent toutes sortes de faux diagnostics, constate Rosenthal, auteure de plusieurs publications scientifiques et ouvrages de vulgarisation (elle-même a été traitée avec succès pour un cancer de la thyroïde). Les symptômes des troubles thyroïdiens sont faciles à confondre avec ceux du stress, de l’anxiété, du trouble panique, de la dépression, du surmenage, même avec des problèmes liés au poids. Si le mal n’est pas traité, la glande s’autodétruit.

 

Rosenthal recommande à toutes les femmes de faire contrôler leur thyroïde une fois par an – sans attendre la visite annuelle si elles ne se sentent pas « dans leur assiette ». De tous les médicaments qui sont censés régler les problèmes de poids et d’humeur sans délai ni douleur, l’hormone thyroïdienne de substitution est l’un des rares qui tienne ses promesses. Ce n’est pas le traitement qui est pénible, c’est le diagnostic.

Après avoir appris qu’elle souffrait d’un trouble thyroïdien, l’écrivaine Patricia Pearson en a parlé autour d’elle. Elle a découvert avec étonnement qu’elle était loin d’être la seule.

Une spécialiste conseille aux femmes de faire contrôler leur thyroïde une fois par an – sans attendre la visite annuelle si elles ne se sentent pas « dans leur assiette ».