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Rob Ford, Toronto et la surveillante

L’affaire Rob Ford n’aurait sans doute jamais vu le jour sans le travail des journalistes, notamment ceux du Toronto Star. Entretien avec la journaliste d’affaires municipales Robyn Doolittle qui nous parle de Rob Ford et de son nouveau livre sur l’ex-maire de Toronto.

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Rob Ford, Toronto et la surveillante

Sélection : En mai 2013, vous avez signé un article dans le Toronto Star après avoir regardé une vidéo
montrant Rob Ford fumant du crack. Cela a
déchaîné les passions.

Au même moment, le maire de Montréal était arrêté et le Sénat canadien était remué par un scandale. Pourquoi Rob Ford est-il le seul à faire les gros titres internationaux?

Robyn Doolittle : Si vous étiez un romancier qui avait créé l’affaire Rob Ford, votre éditeur vous dirait: «C’est invraisemblable. Enlevez-en une couche.» Vous avez pourtant là un personnage fascinant, plein de contradictions, en plus d’allégations de prostituées, drogues et mensonges, un meurtre, une perquisition contre un gang et des armes. C’est comme une série télévisée. 

 

Sélection : Pourquoi avoir sorti un livre alors que l’affaire se poursuivait?

Robyn Doolittle : Les articles de journaux ont des limites. La véritable histoire de Rob Ford nécessite qu’on retrace tout depuis ses années au secondaire jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi agit-il de la sorte? Comment cette personnalité brouillonne, flamboyante, grandiloquente a-t-elle pu être élue maire de la quatrième ville d’Amérique du Nord? Mon livre revient sur son parcours et le tourbillon de ces deux dernières années et demie. C’est avant tout une biographie politique. J’espère qu’il aidera le public à comprendre vraiment les motivations profondes de Rob Ford, et l’ambition qui dévore sa famille.

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Sélection : À part Rob Ford et son frère Doug, c’est sans doute vous la personne la plus célèbre dans cette affaire. Comment votre vie a-t-elle changé?

Robyn Doolittle : Ce n’est pas facile. Les gens veulent toujours vous en parler, et vous ne pouvez pas. Un jour, je me faisais couper les cheveux, et Doug Ford était à la télé, fulminant contre les médias. Une femme s’est approchée de moi et m’a demandé: «Êtes-vous la fille du crack?»  Un autre fois, dans mon immeuble, un homme m’a arrêtée dans l’ascenseur et m’a dit: «J’apprécie vraiment ce que vous faites.» Ah, oui et une quantité écrasante de lettres d’injures.

 

Sélection : Depuis les deux ans que vous suivez cette saga, quel a été le moment le plus étrange?

Robyn Doolittle : En novembre dernier, Rob et son frère criaient contre la foule après que le conseil municipal a déchu le maire de la plupart de ses pouvoirs. Quand il a couru et bousculé la conseillère municipale Pam McConnell, j’ai pensé: «Ça, c’est le Rob Ford d’avant.» Quand il était conseiller, il a passé 10 ans à se disputer avec tout le monde et à perdre son sang-froid. Il a vraiment fait un effort pendant son mandat de maire, et tout à coup nous revoyions le Rob Ford de 2003. On dirait que les frères Ford mettent les bouchées doubles dans l’absurdité de leur comportement.

 

Sélection : Combien de demandes d’entrevue avez-vous reçues depuis votre premier reportage sur la vidéo du crack?

Robyn Doolittle : Des centaines – un nombre incroyable. Après la publication de l’article, mon collègue au Toronto Star Kevin Donovan et moi-même en avons accordé bien plus de 100. Parfois je ne peux même plus lire mes courriels, car ma boîte de réception est trop pleine.

 

Sélection : Avez-vous accepté toutes les demandes?

Robyn Doolittle : Non, j’essaie de rester journaliste. Et un jour, il faudra bien que je fasse le ménage chez moi. 

 

Sélection : Si Rob Ford était la plus grosse affaire que vous deviez exposer,  seriez-vous satisfaite de la trace que vous laisseriez?

Robyn Doolittle : C’est à coup sûr une affaire qui n’arrive qu’une fois dans sa vie, mais j’espère que ce n’est pas la fin. J’ai 29 ans, ce serait plutôt déprimant!