«Sauvez ma maman!»

En entendant la voix de la fillette de trois ans, la téléphoniste du 911 s’est demandé si elle ne rêvait pas

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Le 4 mars 2008, après avoir récupéré à la garderie ses deux petites filles, Samantha, trois ans et demi, et Jadys, 13 mois, Yorkys Garcia peut enfin rentrer dans son appartement de l'arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal. La jeune femme de 26 ans s'est sentie mal toute la journée, mais se force à préparer le repas pendant que les enfants jouent. Soudain, elle sent sa tête tourner, des frissons lui parcourir le corps, et elle s'effondre sur le sol, sans connaissance.

«Maman, maman, réveille-toi!» hurle Samantha en tirant sur le bras de sa mère de toutes ses forces. Puis elle pose ses mains sur son visage blême et moite dans l'espoir de la faire réagir. Rien.

Alors, au lieu de se mettre à pleurer, comme le feraient des enfants de son âge, Samantha décide de passer à l'action. Quelques semaines plus tôt, les éducatrices de sa garderie ont demandé à des pompiers de venir expliquer aux enfants ce qu'il faut faire en cas d'urgence. Tous les petits ont été invités à colorier les touches 9-1-1 d'un grand téléphone de papier.

«On leur a appris ce que cela signifiait et à quoi cela servait, dit la directrice, Maria Tsarouhas. Vous savez, ils comprennent beaucoup plus de choses qu'on ne le croit.»

Samantha court jusqu'à la salle à manger et grimpe sur une chaise pour atteindre le téléphone cellulaire que sa mère dépose toujours au centre de la table. Puis, se concentrant au maximum, elle compose l'un après l'autre les chiffres 9-1-1.

«Allô, répond la téléphoniste.

- Maman est malade», murmure Samantha.

L'opératrice est surprise d'entendre la voix d'un enfant à l'autre bout du fil.

«Maman est malade, répète la petite.

- Quelle est ton adresse?»

Ça, personne ne l'a encore appris à Samantha... Assise sur la table, elle essaie de réfléchir tout en gardant l'oreille collée au récepteur pour ne rien manquer des autres questions.

«Est-ce que ta mère peut parler? Peux-tu lui passer le téléphone? insiste la téléphoniste.

- Non, elle ne peut pas», dit la petite fille.

Au même moment, les services d'urgence réussissent à localiser l'appel grâce au numéro de cellulaire et à l'adresse de facturation. Policiers et ambulanciers sont aussitôt dépêchés sur les lieux.

Toujours au téléphone, Samantha se sent soudain abandonnée. La communication a été coupée. Il ne lui reste qu'une chose à faire pour sauver sa mère: frapper très fort contre le mur de leur appartement pour que Lidia Toteda, la propriétaire, vienne à son secours.

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«Jamais mes locataires ne faisaient de bruit, raconte la quinquagénaire. J'ai tout de suite compris qu'il se passait quelque chose de grave.»

En voyant sa voisine entrer dans l'appartement, Samantha retrouve le sourire. «Madame Lidia!» s'exclame la fillette en la prenant par la main et en l'entraînant dans la pièce où sa mère est toujours inconsciente. A ses pieds, sa petite sœur, laissée à elle-même, joue avec une pile de vêtements qu'elle a extirpés de la commode.

Lidia Toteda asperge d'eau froide le visage de Yorkys, mais celle-ci ne bouge pas. Elle lui pose alors une débarbouillette mouillée sur le front, et la jeune mère reprend peu à peu ses esprits. C'est alors que les ambulanciers arrivent avec leur équipement et commencent à prodiguer les premiers soins.

«On nous avait dit qu'une petite fille demandait de l'aide, mais on ne savait pas pourquoi, dit Alexandre Beaudoin, d'Urgences-santé. On était très inquiets.»

Samantha épie leurs moindres gestes, comme si elle voulait s'assurer que sa mère se trouve en de bonnes mains. Les ambulanciers vérifient les signes vitaux de la jeune femme et constatent qu'il n'y a rien de grave. Une simple chute de pression.

Quand les agents Joelle Daigle Campbell et Andrea Barbiero, du Service de police de Montréal, arrivent à leur tour, Samantha prend peur devant tout ce monde. Mais elle n'a rien à craindre, bien au contraire. Les policiers sont littéralement en admiration devant elle. «Nous étions stupéfaits, raconte Joelle Daigle Campbell. Nous n'avions jamais rien vu de tel auparavant. Informé de la situation, le sergent est aussitôt venu nous rejoindre, et nous avons offert des peluches à Samantha pour la féliciter.»

Quand il est rentré chez lui, ce soir-là, Andrea Barbiero était encore sous le coup de l'émotion. «La première chose que j'ai faite, dit-il, c'est de montrer à ma fille de quatre ans comment composer le 911, comme l'avait fait Samantha.»

A quelques kilomètres de là, Yorkys Garcia bordait son petit ange gardien. Elle est restée inconsciente une vingtaine de minutes, mais elle sait que, même si cela avait été beaucoup plus grave, sa petite Samantha aurait fait ce qu'il fallait pour la sauver.