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En direct de 2013

L’année a vu des politiciens canadiens déraper, la naissance d’un futur roi et le retour héroïque sur Terre d’un explorateur de l’espace. Nous avons vécu des tragédies : un train a explosé dans la petite ville de Lac-Mégantic ; Calgary, l’une des plus grandes villes au pays, a été engloutie dans les eaux. Mais nous avons aussi assisté à des exploits inspirants, comme à des épisodes plus insolites. 2013 nous a apporté son lot de récits qui nous ont fendu le cœur, qui ont attisé notre sens de la justice et nos élans de solidarité. Voici 16 événements marquants racontés par les personnes qui les ont vécus.

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Chris Hadfield est revenu sur Terre

Après avoir passé cinq mois dans la Station spatiale internationale – ravissant ses abonnés sur Twitter et le reste du monde avec ses commentaires -, l’astronaute Chris Hadfield est revenu sur Terre dans une capsule à trois places. Le 13 mai, il a atterri dans les steppes du Kazakhstan.

« On plonge dans l’atmosphère assis dans un siège de sécurité moulé pour notre corps. On est équipé d’un harnais à quatre points autour de la taille et des épaules, le tout attaché au milieu par une large boucle. On a aussi des sangles en travers des genoux. On est complètement emmailloté. On nous recommande d’arrêter de parler avant l’impact pour éviter de se mordre la langue, pour vous donner une idée de la violence du choc. Un énorme parachute se déploie au-dessus de nous et nous ralentit considérablement. Juste avant d’atterrir, les rétrofusées sont mises à feu, ce qui nous ralentit encore. Mais le vaisseau russe Soyouz dans lequel on se trouve percute tout de même le sol comme un sac de briques. Ensuite, on culbute sur le côté en raclant la terre dans notre course. Puis on s’immobilise, et là où l’on ne voyait que l’espace depuis la fenêtre, il y a maintenant de la terre. On peut la humer. C’est quelque chose qu’on n’a pas senti depuis six mois.»

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L’inondation de Calgary

Le 21 juin, des pluies torrentielles ont commencé à inonder des quartiers entiers de Calgary, provoquant l’une des crues les plus dévastatrices que l’Alberta ait jamais connues. À Woodpine, la maison de Stuart Quinn, vendeur de matériel informatique, a été épargnée. Mais le lendemain, son ami d’enfance Larry Kwan l’a appelé pour l’informer que son quartier, Sunnyside, était sous les eaux. Stuart est allé lui porter secours.

« Nous avons d’abord mis en place une structure appelée le « café de la crise », pour nourrir les gens. C’était incroyable la nourriture qu’on nous faisait parvenir. Quelqu’un est venu à bord d’une camionnette remplie de sandwichs faits maison. Des entreprises de café nous en livraient d’énormes barils. Une mère et sa petite fille ont même monté un stand de limonade de l’autre côté de la rue. Le soir, on nous livrait des pizzas ou des lasagnes. Nous en avions chaque jour – des repas complets pour 300 ou 400 personnes. Au café, un coin du tableau était réservé à la liste des « fournitures nécessaires » – des choses comme des gants ou des sacs poubelles. Les gens prenaient des photos du tableau, qu’ils envoyaient ensuite à leurs amis ou sur les réseaux sociaux, et les fournitures apparaissaient comme par magie. Nous avions aussi des bénévoles. Les voisins qui avaient besoin d’aide passaient au café, et nous notions leurs coordonnées au tableau. À l’arrivée des volontaires, nous les dirigions vers ces différentes adresses. Une grande partie du travail consistait à pomper l’eau des maisons et à déblayer les caves. C’était un travail salissant. Mais les bénévoles revenaient, jour après jour. Certains propriétaires travaillaient de concert avec eux, d’autres étaient tellement anéantis qu’ils s’asseyaient sur le perron et pleuraient – mais tous étaient très reconnaissants. La foi en l’humanité et dans les habitants de Calgary était au plus haut. »

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Le mort de Cory Monteith

Le 13 juillet, la star de l’émission de télé Glee, Cory Monteith, âgée de 31 ans, a été retrouvée morte sur le sol d’une chambre d’hôtel de Vancouver, a cause d’un cocktail mortel d’héroïne et d’alcool. Son ami et professeur d’art dramatique Andrew McIlroy décrit le moment où il a appris la nouvelle.

« Nous devions prendre le petit-déjeuner ensemble ce jour-là, mais il ne m’a pas donné de nouvelles. Il était très occupé, ce n’était pas rare que nous manquions nos rendez-vous. Plus tard dans la soirée, une connaissance de Cory m’a contacté. Lorsqu’elle m’a annoncé la mauvaise nouvelle, j’étais sous le choc. C’était horrible. J’étais incapable de dormir. Honnêtement, je ne me rappelle pas grand-chose de cette nuit-là. Est-ce que j’ai été étonné par sa mort ? Oui et non. Je l’ai vu environ un mois plus tôt, après sa nouvelle sortie de désintoxication. Il prenait un avion pour aller voir sa mère. Il avait l’air heureux d’être sorti de cet enfer. Mais pour avoir passé 25 ans à lutter contre la dépendance, je peux vous affirmer que c’est comme cela que ça se passe – tout à coup, la mauvaise chose apparaît comme une bonne idée. La sobriété requiert une attention de tous les instants. Nous devons prendre conscience que la dépendance n’est pas un défaut de caractère. C’est une maladie, pas une faiblesse. C’est terrible à dire, mais Cory était si gentil, aimant et talentueux que ce drame servira peut-être de leçon sur les dangers de la dépendance. Dans Glee, son personnage aidait la personne en surpoids à se sentir bien, l’homosexuel à se sentir unique et l’impopulaire à se sentir intégré. C’est pour cela que son rôle est devenu si important. Il y a des cafétérias remplies d’adolescents espérant que le beau quart-arrière du collège leur donnera la sensation de faire partie de l’équipe. Alors si l’un de ces jeunes fans réfléchit à deux fois avant de boire ce verre ou d’accepter cette stupide pilule pour avoir l’air cool, si sa mort a fait entrer le doute dans l’esprit d’un seul de ses admirateurs, alors ce n’était pas en vain.

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L’arrivée de bébé royal

Avec l’arrivée imminente du bébé royal, le journaliste de CTV Ben O’Hara-Byrne a établi son camp à l’extérieur de l’aile de l’hôpital Duchess of Cambridge, à Londres. Le prince George a finalement vu le jour le 22 juillet.

« Vers le début de juillet, les médias du monde entier ont commencé à revendiquer les meilleures places – mon collègue est arrivé la première semaine et a délimité notre emplacement avec du ruban adhésif. Notre groupe est devenu une petite attraction. Les touristes s’arrêtaient pour prendre des photos. « On attend toujours » étaient les mots que les journalistes répétaient dans toutes les langues. « On attend toujours, on attend toujours, on attend toujours. » Mais plus l’attente s’éternisait, plus l’excitation retombait. Quand Kate a commencé le travail, l’effervescence est remontée en flèche. On comprenait pourquoi on avait attendu là, pendant une bonne partie de ces trois semaines, à fixer une porte. Trente-six heures plus tard, lorsque le couple est sorti en compagnie du nouveau-né, un silence a envahi la foule, puis une vague de téléphones et d’iPads s’est déployée dans les airs. Le plus fou, c’était la manière dont les fans se soutenaient mutuellement, comme le font les médias dans ces circonstances. Le public jouait des coudes pour faire une bonne photo. Malgré tout, c’était tout de même 20 minutes très excitantes. »

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Les lunettes « Google glass »

Lancées le 28 juin, les lunettes « Google glass » étaient l’innovation la plus attendue de l’année. Tom Emrich, auteur et consultant en techno à Toronto, en a testé une paire.

« Les «  Google Glass  » sont arrivées en fin d’après-midi et je les ai gardées jusqu’au moment d’aller au lit, aux environs de minuit. J’étais pas mal étourdi. Elles s’enfilent comme des lunettes, et un écran minuscule flotte au-dessus de l’œil droit – c’est comme regarder un grand écran de télévision HD à trois mètres de distance. En gros, vous vous baladez avec l’équivalent d’un ordinateur portable à 1 500 $ sur la tête. Un jour, je les ai portées dans un café, et quelqu’un s’est écrié : «  C’est l’inventeur des lunettes Google !  » Quelques personnes ont fait la queue pour les essayer. Nous n’étions que 10 dans tout le Canada à avoir mis la main sur l’appareil. Cela crée le sentiment d’être le premier, le pionnier ultime, à posséder un morceau du futur. »

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Lac-Mégantic

Anne-Josée Orichefsky dormait avec ses trois jeunes enfants chez ses parents, à Lac-Mégantic, le 6 juillet, lorsqu’un train rempli de pétrole brut a déraillé et explosé. L’accident a détruit des maisons et des commerces du centre-ville, faisant 47 victimes.

« J’ai reçu un coup de téléphone vers 1 h 25. C’était ma sœur. Elle et son compagnon vivent à l’autre bout de Lac-Mégantic et ont été réveillés par ce qui ressemblait à un énorme coup de tonnerre. Comme son compagnon est pompier volontaire, il a alors appris qu’un train avait explosé au centre-ville. Aucun de nous n’arrivait à se rendormir. Nous sommes donc montés au sommet d’une colline à proximité où une foule s’était rassemblée. Nous avons regardé des champignons de feu s’élever dans le ciel. J’ai perdu un ami d’enfance, un voisin que j’avais vu grandir. La nuit suivant l’explosion, ma fille de sept ans pleurait, trop effrayée pour aller se coucher. Elle avait peur de mourir, avalée par les flammes. Et maintenant, quand mon fils de quatre ans joue dehors, il lave ses camions parce qu’ils sont « plein d’essence ». Ses trains finissent toujours par exploser. »

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Noah et Connor Barthe

Le 5 août, alors qu’ils passaient la nuit chez des amis à Campbellton, au Nouveau-Brunswick, Noah et Connor Barthe – âgés de quatre et six ans – ont été étranglés à mort par un python de 45 kilos qui s’était introduit dans leur chambre après s’être échappé de l’animalerie située au rez-de-chaussée. Bry Loyst, un expert canadien en reptiles venu de Peterborough, a été appelé sur les lieux.

« À la suite de la mort des garçons, le ministère des Ressources naturelles nous a demandé d’éliminer tout animal illégal de la ménagerie. Je me souviens de l’odeur en entrant dans le bâtiment. Nauséabonde. Il y avait un sous-sol, dans lequel les propriétaires gardaient quatre grands alligators dans un enclos ; un rez-de-chaussée, où se situait l’animalerie ; puis l’escalier reliant le magasin au logement à l’étage supérieur – là où se trouvaient les deux garçons. Nous avons inspecté toutes les pièces, car il y avait des animaux à chaque étage. Nous avons isolé 27 reptiles, incluant des tortues et des serpents. Il y avait des grafittis partout sur les murs. La maison entière ressemblait à un livre à colorier. Des dessins et des noms d’enfants, où que vous regardiez. Quand je suis finalement arrivé dans la pièce où ils sont morts, je me suis arrêté. J’y suis resté seul un bon moment, à ressasser tout cela. »

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La collision d’Ottawa Bus et Via Rail

Le 18 septembre, Romi Gupta, un directeur de bureau, se trouvait à bord de l’autobus 76 à Ottawa pour se rendre au travail, lorsque ce dernier a percuté un train de passagers Via Rail. La collision a fait six morts.

« J’étais le dernier à monter dans l’autobus. Il était bondé. Au-dessus de moi, dans l’escalier, il y avait un cycliste ; il portait un casque et une magnifique veste jaune. Il m’a dit : «  Je voudrais surveiller mon vélo – vous voulez monter ?  » Nous avons donc échangé nos places. Dix secondes plus tard, l’impact s’est produit, et je l’ai vu s’envoler. L’avant de l’autobus était complètement éventré et des passagers avaient été éjectés sur les rails. J’ai vu le conducteur, taillé en pièces. Un autre type était étendu là, le genou brisé, et me regardait pour que je lui vienne en aide. Je me sentais si impuissant – si impuissant. Et cet homme en jaune ? Il ne bougeait plus. À ce moment-là, je ne connaissais pas son nom. Je savais juste qu’il m’avait sauvé la vie. »

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Le Voyage de Nishiyuu

Inspiré par les protestations du mouvement « Idle No More », David Kawapit, 18 ans, a organisé le Voyage de Nishiyuu, une marche de 1 600 kilomètres suivant les routes commerciales traditionnelles des Cris, des Algonquins et des Mohawks. Le 16 janvier, en tête d’un groupe parti de Whapmagoostui, au Québec, il est arrivé devant le Parlement canadien à Ottawa. Leur voyage a duré 68 jours.

« Nous nous levions autour de 7 h et quittions notre abri ou notre tente à 9 h. Puis nous passions la journée à marcher. Les deux premières semaines, nous n’étions que sept, et ensuite nous étions plus de 100. Le plus jeune marcheur avait trois ans ; le plus vieux avait la soixantaine. Nous nous entendions tous plutôt bien. Il était rare que quelqu’un se décourage. Quand j’ai cru que je ne pourrais plus continuer, je me suis dit que j’étais déjà allé si loin que si j’abandonnais j’aurais fait tout cela pour rien. En atteignant Ottawa, j’éprouvais des émotions contradictoires. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait des milliers de gens pour nous accueillir. Mais j’avais accompli quelque chose et je ne voulais pas que cela se termine, vous comprenez ? J’ai eu l’impression que cela fonctionnait. J’ai fait cette marche, j’ai réveillé des qualités de leader chez des gens qui ne pensaient pas les posséder. J’espère que d’autres personnes seront inspirées pour passer à l’étape suivante. »

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Renversement de l’interdiction du port du turban par la Fédération de soccer du Québec

Le 15 juin, la Fédération de soccer du Québec (FSQ) a levé l’interdiction du port du turban – elle prétendait qu’il posait un problème de sécurité -, autorisant Rasnamjeet, le fils de six ans de Gagandeep Mukkar, de Vaudreuil, à jouer dans son équipe locale pour la première fois.

« Rasnamjeet était ravi en rejoignant ses amis sur le terrain. Tous les parents l’ont acclamé. Il a couru vers l’entraîneur et lui a dit : «  Je viens pour jouer.  » En tant que famille et membres de la communauté sikhe, nous nous sommes sentis aimés. Il y a eu beaucoup de solidarité contre l’interdiction. Un entraîneur a fait porter des patkas à toute son équipe. Des parents non sikhs ont retiré leur enfant de l’équipe en signe de protestation. Aujourd’hui encore, je suis abasourdie par la raison invoquée pour cette règle. En quoi la patka est-elle un risque pour la sécurité ? Mais je suis reconnaissante que la FSQ ait changé d’avis. Comme mon mari et moi l’avons expliqué à notre fils, élève toujours la voix contre ce qui est mal. Et vous savez quoi ? Son équipe a gagné le match – ils l’ont surnommé le porte-bonheur. »

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Le cronut burger

Le 21 août, 150 personnes sont tombées malades après avoir mangé un « cronut burger » – un hamburger utilisant une pâtisserie à mi-chemin du croissant et du beignet en guise de pain – à l’Exposition canadienne nationale de Toronto. Parmi les gens affectés se trouvait Mitchell Chan.

« Le cronut burger était servi dans une assiette en carton et avait l’air infâme ! Il était composé d’une boulette de bœuf haché, d’une tranche de fromage transformé et de confiture de bacon qui ressemblait à de la pâtée pour chat sortie d’une poche à douille. J’ai pris une bouchée, ça avait le goût d’un beignet à la cannelle très rance. Honnêtement, je ne voulais pas le finir, mais il m’avait coûté plus de 11 $. Plusieurs heures plus tard, nous nous sommes assis pour prendre une bière. C’est à ce moment-là que tout a commencé à tourner, et j’ai couru jusqu’à une poubelle où j’ai, euh, régurgité. Il était clair que je devais partir. Nous sommes montés dans l’autobus, mais après quelques arrêts, je me suis senti à nouveau nauséeux. Je me suis précipité vers la sortie et j’ai à peine eu le temps de franchir les portes que j’étais de nouveau malade. J’ai réussi à rentrer chez moi et me suis endormi. J’étais de retour au travail le lendemain. J’ai pensé à lancer une campagne pour les victimes survivantes du cronut, mais nous n’inspirons pas la sympathie. J’ai le sentiment qu’on l’a mérité parce que nous avons exercé notre droit de manger cette abomination de la religion et de la science à 5 000 calories. »

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Les bombes au marathon de Boston

L’entraîneuse personnelle Monique Raymond venait juste de terminer sa course au marathon de Boston le 15 avril lorsque deux bombes placées dans des cocottes-minute ont explosé, faisant trois morts et 264 blessés.

« J’étais en route pour rejoindre mon amie lorsque j’ai entendu la première déflagration. Instinctivement, je me suis couchée par terre alors que le bruit se répercutait sur les bâtiments environnants. J’ai demandé ce qui se passait à un policier qui se trouvait là. Il m’a répondu : «  Sûrement juste un chantier de construction.  » Il ne semblait pas inquiet. Puis la seconde explosion a retenti, et peu après, son talkie-walkie s’est mis à grésiller. Il a répondu et il est parti. Je n’avais toujours aucune idée de ce qui se passait. Environ 20 minutes plus tard, en tournant au coin de la rue, j’ai vu des coureurs embrasser leurs proches et pleurer. J’ai interrogé une femme qui m’a dit qu’il y avait eu une explosion sur la ligne d’arrivée. Je n’ai pas pensé «  attaque terroriste  » parce que c’était Boston, et que c’était un marathon. J’ai finalement trouvé mon amie au croisement suivant. À ce moment-là, c’était vraiment le chaos. Des ambulances et des camions de pompiers nous dépassaient à vive allure, et des policiers criaient aux gens de dégager la zone. C’était étrange. Nous nous sommes fait raccompagner en voiture à notre hôtel par un photographe qui nous a dit que c’était une bombe et qu’il y avait des victimes. Dès que nous sommes rentrées, la sonnerie de nos téléphones a retenti, tout le monde nous demandait «  tu vas bien, tu vas bien, tu vas bien ?  » »

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Les magouilles sénatoriales

À la suite de la colère provoquée par la déclaration de résidence du sénateur Mike Duffy à Cavendish, dans l’île du Prince-Édouard – les membres du Sénat devant résider dans la province qu’ils représentent -, sa voisine Debbie Eisenhaur l’a croisé, début septembre.

« Je me rendais à la poste en voiture et j’ai vu une autre voiture garée dans le stationnement. En m’arrêtant, je n’en croyais pas mes yeux : c’était Mike Duffy. Il était vêtu simplement et semblait détendu. Nous avons échangé des salutations. Il a fait un commentaire sur son courrier – quelque chose à propos de la Société canadienne du cancer – et c’est tout. «  Ça y est, il est là  », ai-je gloussé. Je vis ici depuis cinq ans, et c’était la première fois que je le voyais. »

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Fusillade dans un tramway à Toronto

Le 27 juillet, juste après minuit, en longeant l’avenue Bellwood pour rentrer chez lui avec sa femme et son fils, l’architecte Martin Baron a assisté à la mort de Sammy Yatim, 18 ans, abattu par la police dans un tramway à Toronto.

« Les lumières étaient allumées et les portes ouvertes. Il semblait vide. Nous avons d’abord pensé que le tramway était tombé en panne. Nous avons tenté de le contourner par l’arrière pour rejoindre notre maison, mais à environ six mètres du tramway nous avons aperçu des policiers courir vers l’avant, arme dégainée et criant «  lâche le couteau  ». Ensuite, à la fenêtre, j’ai vu ce gamin derrière le siège du conducteur, un couteau à la main. J’ai supposé qu’il avait blessé le conducteur, ou qu’il le détenait en otage. J’ai été témoin de trois coups de feu. Puis, après une courte pause, le même policier en a tiré six de plus. Et après cela, deux agents se sont rués vers la porte arrière. Je les ai vu faire un massage cardiaque. Il y avait une véritable onde de choc – une jeune femme à côté de nous sanglotait sur l’épaule d’une amie. J’ai le sentiment que même les autres policiers ne s’y attendaient pas. J’ai d’abord pensé, bon, un idiot a amené un couteau dans le tramway avec le conducteur à bord et il s’est fait tirer dessus. Mais quand nous avons appris, plus tard dans la matinée, qu’il n’y avait pas d’otage, que personne n’avait été blessé, c’est là que ça m’a frappé. Mon Dieu – vous voulez dire que le gamin était tout seul ? »