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Perdu en mer

Personne ne l’a vu tomber du bateau au beau milieu de la nuit. Combien de temps pourra-t-il survivre dans une mer démontée?

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Brett Archibald et son groupe avant le drame.Avec l'autorisation de Brett Archibald
Brett Archibald (en haut à gauche) et ses amis sur le Naga Laut. Leur aventure de surf a viré au cauchemar lorsque Brett est tombé à la mer pendant un orage.

«Je vais mourir ici»

Tout a commencé par une invitation à surfer sur les plus belles vagues des îles Mentawaï en Indonésie, un archipel séparé de la côte ouest de Sumatra par le détroit de Mentawaï, large de 150km. Les neuf Sud-Africains, tous dans la jeune cinquantaine et amis depuis l’école, ont sauté sur l’occasion.

Par coïncidence, un voyage similaire était organisé pour neuf amis venus d’Australie-Occidentale, également dans la cinquantaine. Leurs routes – les Sud-Africains sur le Naga Laut et les Australiens à bord du Barrenjoey – se croiseront et les destins de deux hommes se mêleront au cours de deux jours inoubliables.

Brett, mercredi 17 avril, 2h30 du matin, détroit de Mentawaï. De l’abri du pont supérieur, je titube jusqu’à la rembarde à bâbord du Naga Laut, un bateau de 20m de long affrété pour les excursions de surf, en plein cœur de la tempête. La mer est agitée. Un flot de coca-cola et de bile remonte dans ma gorge, je le crache par-dessus bord. Je me suis à peine essuyé les lèvres que je me plie à nouveau en deux.

Ma tête palpite, mon estomac se tord de douleur. Je vomis une troisième fois. Je pense avoir trouvé le coupable: la pizza calzone du dîner et sa douteuse farce à la viande.

Je suis pris de vertige en baissant les yeux sur la mer qui tourbillonne en contrebas. Ma dernière pensée consciente a été: «Si je vomis encore une fois, je vais m’évanouir.»

Un grand poids presse mon menton contre mon torse. Je culbute en avant. J’entends un clapotement et des bulles moussent dans mes oreilles et mon nez. De l’eau éclabousse mon visage et s’engouffre dans ma gorge. Je tousse violemment et ouvre les yeux.

Je suis dans l’océan. Le vent hurle et les vagues roulent autour de moi. À peut-être 30m en avant, le Naga Laut s’éloigne lentement.

Je hurle en agitant frénétiquement les deux bras. Baz, l’ingénieur indonésien de quart, ne m’entend pas. Je distingue Banger – Benoit Maingard – allongé sur le pont supérieur. Personne ne m’a vu passer par-dessus bord.

Je prie pour que le bateau revienne me chercher. Mais il s’enfonce toujours plus loin dans la nuit et m’abandonne. J’attends, abasourdi, en pataugeant désespérément dans l’eau. Mes bras tendus décrivent de grands cercles dans l’écume tourbillonnante et je lutte pour prendre des respirations entre les vagues.

«Je vais mourir ici», dis-je. Je ne ressens aucune peur, seule une tristesse accablante à l’idée de ne jamais revoir ma femme et mes enfants.

Il y a des histoires surprenantes, comme celle de ces deux personnes perdues dans la jungle et sauvées grâce au réseau mondial.

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Le sauvetage de l'homme perdu en mer débutait alors.Avec l'autorisation de Brett Archibald
Des amis de Brett Archibald à bord du Naga Laut se réunissent tard dans la seconde nuit suivant sa disparition pour déterminer leur itinéraire du lendemain.

«On ne survit pas à la mer»

Le Naga Laut, port de Tuapejat, 8h12 du matin. Le Naga Laut mouille tranquillement. La nuit a été très mauvaise. Les 12 heures de traversée dans la tempête pour atteindre le port de Tuapejat, dans l’île de Sipura, ont fait vomir quatre des neuf amis – un mélange de mal de mer, de décalage horaire et d’une possible intoxication alimentaire.

Jean-Marc Tostee, qui partage une cabine avec Brett, grimpe l’échelle menant à la passerelle. Yanto, le seul membre d’équipage parlant anglais, est en train de rire avec le capitaine, un homme âgé que Brett avait surnommé «Skippy». Jean-Marc les interrompt d’un ton urgent.

«Yanto, as-tu vu Brett ce matin? Je l’ai cherché partout. Il n’est pas sur le bateau.»

Le visage de Yanto pâlit. En Indonésie, perdre quelqu’un en mer entraîne une peine de prison ferme pour le capitaine du bateau et son second. Yanto entame une discussion paniquée avec Skippy en bahasa, la langue locale.

Mark «Ridgy» Ridgway rejoint Jean-Marc sur la passerelle et comprend rapidement que Brett a disparu. «Nous devons retourner le chercher, déclare Ridgy.
— On ne survit pas à la mer, répond Yanto.
— Nous avons tous un entraînement militaire, rétorque fermement Jean-Marc. Il sait comment survivre.»

Pendant que le capitaine du Naga Laut s’en va rejoindre le capitaine de port pour annoncer que Brett est tombé à la mer, Ridgy, pilote et yachtmaster, consulte les cartes du bateau. Lorsqu’il a pris des nouvelles des hommes malades à 2h30, Brett était en train de vomir au niveau du maître-bau de bâbord. «Nous devions être plus ou moins ici.» Il marque l’endroit.

Ridgy étudie le courant – «Deux nœuds, direction sud», affirme Yanto – et entoure la zone de recherche sur la carte.

On appelle le capitaine sur son portable. Il pourra les rattraper à bord du bateau auxiliaire. Les moteurs du navire s’animent dans un grondement. Le vent crée une houle croisée qui fait tanguer le bateau et génère des embardées alors qu’il quitte la baie.

Toutes les histoires ne finissent pas de manière heureuse malheureusement. C’est le cas de cet homme engagé qui a perdu la vie en voulant sauver les baleines.

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Brett Archibald était perdu en mer pendant plusieurs heures.Avec l'autorisation de Brett Archibald
Brett en compagnie de sa femme Anita et de leurs enfants Jamie et Zara.

Rage et regret

Brett, une heure passée dans l’eau. L’eau est douce comme un bain tiède. Mon estomac se vide à nouveau – l’horrible plat accomplissant toujours son œuvre perverse. Je suis déshydraté, conséquence des vomissements continus et de toute l’eau salée que j’ai avalée.

Je sais que je ne dois pas laisser la peur m’envahir. Je me répète de rester calme, vigilant et conscient de tout ce qui m’entoure.

Je commence à parler à voix haute à ma femme, Anita. «Neets, je suis vraiment désolé de t’abandonner comme ça.»

Je pense à mon aînée de neuf ans, Zara, et à Jamie qui n’a que six ans. Ma fille est ma princesse. Mon fils est mon petit moi excentrique. Le chagrin me comprime la poitrine.

Le regret replie mes viscères à la manière d’un origami. Tu as abandonné ton travail de bureau à Londres. Tu es retourné au Cap pour le mode de vie, mais tu t’es totalement englouti dans ta foutue entreprise d’auvents extérieurs. Et maintenant tu vas mourir.

Je sens la rage monter. Aux nuages amoncelés dans le ciel, je crie que ce n’est pas juste.

Sans prévenir, d’énormes rouleaux surgissent de l’obscurité pour s’écraser sur moi. J’avale ce qui me semble être plusieurs litres d’eau salée, puis tousse et vomis.

Une pluie torrentielle se met à tomber. J’incline la tête en arrière et avale cette eau douce. C’est un baume apaisant pour ma langue enflée.

Brett, trois heures passées dans l’eau. L’horizon commence à s’éclaircir. Je sais que le soleil se lève vers 5h30. Les hommes sur le bateau vont bientôt se rendre compte que je ne suis pas là, me dis-je.

Au pis, ils arriveront au port, découvriront que j’ai disparu, puis feront demi-tour. Je suis tombé à environ un tiers de la traversée du détroit, à quelque 50km de Padang, d’où nous étions partis. Je prévois devoir me maintenir à la surface encore 11, 14 heures au maximum. Je commence à croire que j’ai une chance.

Je me dis que je dois me mettre à nager. Mais j’ai déjà tourné en rond tant de fois que je suis complètement désorienté. Sans le soleil, je n’ai aucun repère. Je nage dans ce que j’espère être la direction prise par le bateau.

Soudain, je commence à me sentir très fatigué. Nager m’épuise. Dans ma poche se trouve un rectangle de carton plié contenant un ticket de caisse. Il est étonnamment sec. J’en déchire un petit coin et le pose dans l’eau. Il s’éloigne de moi. J’étais en train de nager à contre-courant. Je dois simplement me retourner et me laisser porter.

Nager semble aussitôt plus facile. Les courants océaniques finissent par mener vers la terre. De temps à autre, j’arrache un petit bout de papier pour déterminer la direction du courant.

Le Barrenjoey, port de Tuapejat, 10h12 du matin. «Pak Doris! Pak Doris!» L’urgence dans la voix d’Anas trouble Tony «Doris» Eltherington, le capitaine de 56 ans du Barrenjoey, un autre bateau affrété pour les excursions de surf. De la timonerie de ce ketch de 21m de long, il observe trois de ses passagers australiens et deux membres d’équipage sortir du bateau auxiliaire. Ils s’étaient absentés une heure dans la petite ville miteuse.

Australien rude et coriace, Eltherington est un marin aguerri dans ces eaux, peut-être un peu excentrique et parfois irascible. Mais ses compétences en navigation et sa connaissance de la mer imposent le respect. Sa voix, rauque depuis que son larynx a été écrasé dans un accident de moto, est devenue sa marque de fabrique. Tout comme son surnom, Doris – dont il a été affublé enfant en raison de sa tignasse blonde rappelant Doris Day.

Anas joint Doris en premier. «Urgence, Pak Doris», déclare-t-il, en employant la marque de respect réservée aux aînés. Elvis, le second de navire, explique: «Un bule est tombé du Naga Laut. Dans la nuit.» «Bule» est le terme local pour désigner les étrangers, en particulier les Blancs.

Doris saisit la radio d’un geste vif et contacte le Naga Laut. Un déluge en bahasa explose hors du récepteur. Doris le tend à Elvis, qui note les coordonnées supposées du Naga Laut à l’heure de l’incident. «L’homme était en train de vomir par-dessus le flanc vers trois heures du matin.»

Doris appelle le capitaine de port. «Ici Tony Eltherington à bord du Barrenjoey, crie-t-il dans la radio. Vous devez aller chercher cet homme!»

La réponse arrive, indifférente. «Temps trop mauvais.»
«Non, mon vieux. Appelez SAR, les types de la marine, les TNI.» SAR correspond aux équipes de recherche et sauvetage; TNI est l’armée indonésienne. «Votre bateau est sorti, il y a aussi un navire de SurfAid. Nous avons besoin de hors-bords.»

«Trop d’orage.» Un clic sonore indique que la radio a été éteinte. Il n’y aura aucune intervention officielle. Dans ce genre de situation d’urgence, il revient aux associations caritatives et aux bateaux de surf de coordonner les opérations de sauvetage et d’extraction.

Il prend soudain sa décision. «Elvis! Remplis le réservoir du hors-bord. Ce type est en vie. Et nous devons le retrouver.»

Témoignage: partie disperser les cendres de son mari dans un parc national, elle s’est perdue dans la forêt du Pacifique.

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Brett est maintenant perdu en mer depuis 5 heures.Sergey Nivens/Shutterstock

Une terrible douleur

Brett, cinq heures passées dans l’eau. Dans la lumière du matin, je monte et descends au rythme des vagues en tentant de flotter sur le dos pour reposer mes membres. Je ne tarde pas à couler.

D’un coup de pied, je retrouve la surface dans une quinte de toux et recommence à faire du surplace, en décrivant de petits cercles avec les bras et les jambes. Même si l’eau est tiède, une sensation de froid s’insinue dans mes articulations.

Je suis fier d’être capable, même à 50 ans, de pratiquer les activités que j’adore – le surf, le cyclisme, le touch rugby. Cette fois ne sera pas différente.

Le Cape Rouleur, une course de cyclisme sur route pour laquelle il faut parcourir entre 150 et 200km par jour pendant trois jours, était épuisante, surtout dans la chaleur et le vent estivaux. Je me houspille: tu as réussi à accomplir cela, tu peux donc réussir maintenant aussi!

Quelques minutes plus tard, une douleur paralysante me broie les jambes. Des crampes. Je coule comme une pierre. De l’eau emplit ma bouche, ma gorge, mes oreilles. Je vais me noyer. C’est une pensée paniquée qui me traverse alors que je lève les yeux vers la surface. Il fait très noir sous mes pieds.

Utilisant mes hanches comme pivot, je saisis mes orteils et les tire vers mon corps, étirant ainsi les muscles de mes cuisses. Mes poumons sont prêts à exploser. Je tends les deux jambes ensemble et parviens à me propulser vers le haut. Je crache et tousse en battant la surface de mes mains. Les crampes amènent un frisson d’incertitude mentale.

Je jette un coup d’œil vers le ciel, à la recherche d’une percée dans les nuages, d’un rayon de lumière. Mais il se remet à pleuvoir. Un autre orage commence.

«Les autres sont-ils en chemin, Neets? Quand je fatiguerai, tu devras m’ordonner de continuer.»

Le Cap, 6h13 du matin. Louise Killen frappe avec insistance sur la vitre de la porte d’entrée de son amie Anita. À travers le verre, Anita aperçoit l’expression de son amie. Quelque chose ne va pas du tout. Elle ouvre la porte.

«C’est Brett. Je suis désolée, Anita, mais il est tombé par-dessus bord.» Louise répète ce que son mari, Craig, lui a raconté lors de son appel depuis le téléphone satellite du Naga Laut. «Il pense qu’il a disparu en mer depuis maintenant environ sept ou huit heures.»

Anita accuse le coup. Elle ne parvient plus à respirer et s’entend hoqueter. «Non, non, non, non.» Elle s’effondre au sol. Louise se penche pour la soutenir. Aucun mot de réconfort ne lui vient. Zara sort de la cuisine. «Maman, qu’est-ce qui ne va pas?»

Anita ne peut annoncer aux enfants que leur père est perdu. Elle se remet sur ses pieds et prend une grande inspiration. «Nous ne parvenons pas à contacter le bateau, dit-elle à sa fille. Nous allons tenter de les joindre sur le téléphone satellite. Prend Jamie avec toi et allez regarder la télévision.»

Les parents d’Anita et sa sœur cadette, Helene, arrivent juste après 9h du matin. Helene propose d’amener les enfants à l’école. Dans ce fourmillement soudain d’activité, Anita crée un petit autel dans le salon. Elle prend une photographie encadrée de Brett sur la cheminée, s’empare d’une carte, place la photo sur le détroit, puis allume trois chandelles autour du cadre.

Anita ferme les yeux et prie, puis parle à son mari: «Reviens-moi.» Elle imagine l’entendre appeler son nom.

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Perdu en mer, Brett Archibald s'est accroché à la vie.Avec l'autorisation de Brett Archibald
Lorsque Brett a repéré le Barrenjoey, il ne distinguait que son mât. Il lui semblait qu’il s’agissait d’une croix surgissant hors de l’eau.

«Je crois avoir vu quelque chose»

Le Barrenjoey, port de Tuapejat, 12h16. «Veux-tu un coup de main?» demande Simon Carlin, l’un des passagers de Doris. Colin Chenu et Jeff Vidler se tiennent avec lui à la poupe, où le Bynda Laut, le bateau auxiliaire de sept mètres à double moteur de Barrenjoey, est arrimé. Doris est en train de vérifier le bon fonctionnement d’un GPS à main.
Le ciel est sombre, mais la pluie tombe désormais plus doucement.

«Cet homme a disparu en mer depuis au moins neuf heures, a affirmé quelqu’un un peu plus tôt. Il est mort.»
Ce commentaire avait fait sortir le capitaine de ses gonds. «Si c’était moi, je voudrais que l’on me recherche! avait-il tonné. Même si nous trouvons un corps, je voudrais tout de même être capable de le rendre à sa famille», avait-il conclu d’un ton sec en s’éloignant. Doris répond maintenant à la proposition de Simon. «Venez si vous voulez.»

Tony Eltherington a grandi sur la Gold Coast australienne. Sa sœur Denise l’a initié au surf, leur seul moyen d’échapper à un père abusif. À 11 ans, il surfait avec des garçons bien plus âgés, dont il égalait le niveau. Il a remporté quelques concours de surf au début des années 1970, mais la victoire n’était pas importante pour lui – il avait découvert la drogue et l’alcool.

Guidé par la quête de nouvelles vagues, il s’est retrouvé en Indonésie où il s’est fait un nom — pas tant comme un grand concurrent que comme un artiste dont le style était beau à regarder.

L’océan ne cessait de l’appeler. Après l’échec de son premier mariage, duquel était née une fille, il a rencontré Suzanne. Ils se sont mariés, ont ouvert une boutique de surf sur la Gold Coast et ont eu deux enfants. Mais Doris se sentait emprisonné sur la terre ferme. Il a fini par vendre la boutique et a déménagé avec sa famille dans l’est de Java pour passer sa vie en mer. Suzanne est rentrée en Australie six mois plus tard avec les enfants.

Doris a sombré dans une beuverie qui a duré quatre ans. Un accident de moto lui a causé de graves blessures à la tête. Il a alors cessé de boire. Il a commencé à travailler sur des opérations de sauvetage dans le port de Bali, puis a décroché un emploi de capitaine d’un bateau d’excursions de surf dans les îles Mentawaï. Mais surtout, il a repris contact avec sa famille.

En 2012, il a lancé sa propre entreprise de bateaux affrétés pour le surf.

Après 30 ans, il connaît ces eaux aussi bien que n’importe qui. Il est bon d’avoir cet homme de son côté lorsqu’on est perdu en mer.

Le Naga Laut, 15h40. Le bateau pique du nez puis remonte et tangue de gauche à droite sous la houle. Les huit amis montent la garde, accroupis, des vestes ou des serviettes sur la tête pour se protéger de la pluie, les yeux rivés sur l’océan déchaîné.

Ridgy crie. «Qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce que c’est que ça?» Les hommes se déplacent à bâbord et suivent la direction indiquée par son doigt dans l’immensité grise.

Quelqu’un crie au capitaine d’arrêter le bateau. Les moteurs s’éteignent.

Finalement, Ridgy repère l’objet dans ses jumelles. «Ce n’est pas lui. Juste des déchets.» Tandis que le bateau, secoué par le vent et la mer, pivote lentement à bâbord, la pluie réduit la visibilité presque à néant.

Sur la passerelle, le capitaine et Yanto se lancent dans un échange animé sur la suite. À peine une minute passe avant que Ridgy s’écrie: «Yanto! Je crois avoir vu quelque chose d’autre! Dis au capitaine que nous devons faire demi-tour.

— Le capitaine dit qu’on ne peut pas y aller, répond Yanto. Il dit nous retournons à terre. Plus d’orage arrive. Pas bon pour le bateau.
— La zone de recherche est ici, intervient Craig. Pourquoi partons-nous?
— Le bateau va couler.
Yanto crie presque désormais.
— Il faut rentrer à terre remettre du carburant. On sort encore à trois heures du matin.
— J’ai vu quelque chose, j’en suis certain, répète Ridgy dans le vent.
Les hommes se tiennent voûtés et silencieux tandis que les moteurs diesel repartent et que le Naga Laut entame le lent trajet de retour vers la terre ferme. Le moral est au plus bas.

Vous serez touché par le témoignage de ce père et de ses deux enfants perdus en montagne.

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Témoignage: sauvetage d'un homme perdu en mer.Alexander Wells

«Je suis là!»

Brett, 13 heures passées dans l’eau. Un nuage noir se déplace au-dessus de moi. D’énormes gouttes tombent des cieux. Je lève la tête; la seule chose qui compte est de faire entrer du liquide dans mon corps.

L’orage ne dure pas longtemps. Un ciel pâle le remplace. Alors, profitant d’un répit momentané entre les vagues, je l’aperçois. À environ 300m, à travers un voile de pluie: un bateau. C’est le Naga Laut. Ils se dirigent droit vers moi. Le soulagement m’inonde.

Il commence à pleuvoir plus fort. Soudain, le bateau s’arrête à environ 200m de moi. Je me mets à crier: «Je suis là!»

Le bateau pivote sur le côté. Je parviens tout juste à distinguer Niall Hegarty, à côté de Banger, à tribord. Ridgy est à la poupe en train de crier et de gesticuler vivement.

Ils m’ont vu. Je ne cesse de crier mais ma voix se perd dans le vent. Puis je vois la tête de Niall retomber sur sa poitrine et Banger croiser les bras. Ils ne m’ont pas vu.
Finalement, les moteurs se mettent en marche. Le bateau commence à bouger. Lentement, il vire.

Je hurle: «Oh mon Dieu non, non!» Sous le choc, je regarde le bateau s’éloigner.

Le Bynda Laut, 18h40. Le vent du nord oscille entre 25 et 35 nœuds tandis que Doris fend la mer tumultueuse à bord du Bynda Laut. Simon et deux autres Australiens s’accrochent au toit d’acier de la cabine. Ils ne voient rien à travers le rideau de pluie grise.

Malgré l’inquiétude grandissante pour leur propre sécurité, ils sont impressionnés par le caractère infatigable de Doris. Ces conditions météorologiques ne sont pas favorables pour un petit bateau.

La lumière décline lorsque Simon crie à l’attention de Doris: «On ne voit plus grand-chose ici, capitaine.» Ce dernier hoche lentement la tête. Il lui faudra au moins une heure pour rejoindre le Barrenjoey.

Ce temps est étrange et capricieux, et Doris prie en silence pour que les vents du sud calment un peu le jeu. Il n’a pas vu de courants comme ceux-ci depuis cinq ans. Doris pilote le Bynda Laut en direction du Barrenjoey. La pluie s’est enfin arrêtée.

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Perdu en mer, Brett a fait une terrifiante rencontre avec un requin.Vladimir Wrangel/Shutterstock

Une terrifiante rencontre

Brett, 18 heures passées dans l’eau. L’obscurité tombe vite. Le soleil se couche à travers les nuages. Il indique, enfin, où se trouve l’ouest. Je comprends que les îles doivent se trouver en face de moi.

Ces pensées résonnent dans ma tête lorsque je sens une énorme masse heurter mon dos, comme un coup de poing, un peu au-dessus de mon rein gauche.

Je fais volte-face. Soudain, bam! La chose me frappe à nouveau. Je suis horrifié. C’est un requin.

Alors que la peur et le désespoir montent en moi, je dois découvrir de quoi il s’agit. Je plonge sous la surface et tourne lentement sur moi-même. Le requin, à quelques mètres de là, fonce droit sur moi.

Il se déplace dans l’eau comme au ralenti, son énorme queue fait onduler toute sa silhouette de gauche à droite. Je reconnais les bordures noires de son aileron – c’est un requin à pointes noires. Il mesure deux mètres de long, un gros spécimen pour cette espèce. Il doit être affamé pour attaquer un humain.

L’instant d’après, il a disparu. Je touche prudemment l’endroit où l’animal m’a frappé. C’est très sensible. Mais je me sens revigoré. Les requins à pointes noires vivent près des récifs. J’ai l’espoir de me trouver non loin de la terre. Vous serez captivé par ces faits étonnants (et rassurants) sur les requins!

Je sens la présence d’Anita tout autour de moi. J’ai l’impression d’entendre sa voix. «Nage, Brettman, amour de ma vie. Nage!»

Le Barrenjoey, port de Tuapejat, 21h30. De retour à bord du Barrenjoey, mouillé en sécurité dans une petite baie au sud de Padang, Doris contacte Ridgy sur le Naga Laut.

«Bon, nous avons appris pour votre camarade en mer, entame Doris de sa voix rocailleuse. Vous pensez qu’il nage toujours?
— Absolument. Ce n’est pas dans sa nature d’abandonner», répond Ridgy.

Une heure plus tard, Pete Inglis, Simon Carlin et Colin Chenu rejoignent Doris dans la timonerie.
«Euh, Doris, avec les autres on discutait en bas, commence Simon. Ce type est dans l’eau depuis longtemps. Il est sûrement mort à l’heure qu’il est…
— Vos bavardages ne m’intéressent pas.»
Doris se lève, tremblant d’émotion.
— On le trouvera! Nous devons continuer!

Le capitaine se rassoit lentement. «J’ai parlé à un bule sur le Naga Laut. Ce gars a 50 ans, c’est un motard. S’il est en forme, il est probablement toujours en vie. Il a une femme. Deux enfants en bas âge. Ils sont une bonne raison de rester en vie.»

Doris plonge le regard dans l’obscurité. «L’hypothermie le tuera plus vite que quoi que ce soit d’autre, mais l’eau est tiède. Et il n’y avait pas de soleil. Je vous l’assure, il est en vie.»

Les Australiens se murent dans un silence embarrassé. Le capitaine semble avoir pris l’absence d’action des autorités et de ceux qui l’entourent comme une sorte de trahison personnelle.

«J’ai perdu mon meilleur ami hier. Mon pote, Dave Kinder. Cancer, et une vie dissolue.»

La révélation les prend totalement de court. Ils comprennent que Doris tente d’expliquer son comportement imprévisible.

Pete sort la carte marine. «Ok. Voyons le trajet pour demain matin.»

Ils évoquent les marées, les vents faiblissants, les changements de courants. «Nous irons en direction nord-est vers Padang, mais à 99 degrés, nous virerons », annonce Doris au bout de quelques minutes.

Pete secoue la tête. «Non, Doris, nous devrions aller droit vers l’est… le courant va vers le sud.»

Doris s’impose. «Je suis le capitaine de ce bateau! Les vagues couraient vers le sud hier, mais le courant montait vers le nord. Nous irons au nord. Mon instinct ne se trompe pas.»

«C’est ton navire, capitaine. Tu décides.»

Le Barrenjoey, 23h07. Doris réfléchit à la manière d’organiser les heures à venir. Il appelle Martin Daly. En 2004, Daly avait ignoré les mises en garde qu’on lui soufflait à l’oreille et proposé à Doris un poste de capitaine sur l’un de ses bateaux d’excursion. Doris s’est accroché à cette offre comme à une bouée de sauvetage, et a navigué autour des îles Mentawaï pour le compte de Daly pendant huit ans.

Aujourd’hui, Daly offre ses bateaux, le Indies Trader 3 et Indies Trader 4, pour participer aux recherches. «Mais si quelqu’un doit trouver cet homme, ce sera toi», déclare-t-il à Doris. Ces mots enhardissent le capitaine, lui donnent la sentiment d’être un peu moins isolé.

Il appelle ensuite un collègue qui travaille en gestion des urgences. «Je n’ai eu aucun soutien des SAR, du TNI ou du capitaine de port, lui explique Doris. Ils n’accordent aucune importance à un seul homme.»

«À quelle distance au large cela s’est-il produit?», demande son ami. Mais au bout de quelques minutes de réflexion, il conclut: «Ah, Doris, il est mort. Dans les conditions qu’on a eues aujourd’hui? Sans gilet de sauvetage? Vaudrait mieux laisser tomber.»

«Merci pour tout, mon vieux.» Plus tôt, Doris avait obtenu des réponses similaires, tout aussi inutiles, de connaissances travaillant dans les sauvetages sur les plateformes pétrolières.

Vers minuit, Steven «Sooly» Sewell, un capitaine de bateau d’affrètement originaire d’Australie-Occidentale, arrive au port de Tuapejat sur le Huey et mouille à proximité. Doris est heureux d’avoir de la compagnie. Sooly explique à Doris que ses passagers se plaignent, et Doris lui raconte son désaccord avec Pete Inglis.

«Que veux-tu faire? demande Sooly.
— Je veux placer tous nos bateaux en ligne, à un mille l’un de l’autre, et les voir tous avancer en parallèle selon ce trajet.»
Doris fait les cent pas. Nous devons le trouver, ne cesse-t-il de penser. Il a des enfants… J’ai des enfants. Il se met à prier. «Aidez-moi à le retrouver.»
Il s’empare d’une bouteille de vodka à demi-vide et se rend sur le pont. Il ne s’est pas autorisé à penser à son ami Dave jusqu’ici. Il essuie les larmes qui roulent sur ses joues. Un extérieur bourru avec un grand cœur, songe-t-il. L’ami le plus incroyable que j’aie jamais eu. Il aurait traversé l’enfer pour faire ce qui est juste.

«L’ami, dis-moi où se trouve ce type…»
Doris parle également à Denise, sa sœur. Sa mort, en 2009, l’a beaucoup ébranlé. «Je dois le récupérer, Denise», murmure-t-il.

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Perdu en mer, Brett observe la lune et les étoiles.Danshutter/Shutterstock

De la beauté et du feu

Brett, 20 heures passées dans l’eau. Je remarque une lumière étrange qui émane de l’océan. Elle est d’un magnifique bleu-vert fluide. Je comprends qu’il s’agit de phosphorescence, du plancton vivant à la surface de l’eau. Je roule sur le dos et passe les mains à travers cette féerie néon avant qu’elle ne disparaisse dans le sillage de vagues ondulantes.

Pour la première fois, les nuages se dissipent, révélant un morceau de ciel étoilé. La lune, presque pleine ce soir, vient juste de se lever.

J’utilise la méthode apprise quand j’étais scout pour trouver le sud. Je dessine une ligne mentale vers l’horizon depuis le point d’intersection entre le long axe de la Croix du Sud et la bissectrice perpendiculaire des deux étoiles-repères, pour comprendre que je ne nage pas en direction du sud. Je vais dans la direction opposée.

Une cuisante brûlure balaye mon torse et s’enroule autour de mon cou: les filaments d’une méduse. Je pousse un cri de douleur. La sensation est semblable à une décharge électrique, brûlante et palpitante. Je secoue mes membres, me débats dans cette épaisse mer de feu et arrache les filaments.

Tout aussi soudainement, la créature disparaît. Je halète de douleur et d’épuisement. Même dans les ténèbres, je distingue les profondes cloques sombres que l’animal a laissées sur mon torse.

La mer est enfin calme. J’ai si froid. Je parviens à peine à garder les yeux ouverts. Dans ma tête, je crie à Anita: «Aide-moi à rester éveillé!»

Puis. Un petit bateau. Un canoë. Qui avance vers moi. Deux petits garçons indonésiens sont assis dedans. Ils me sourient. Je nage jusqu’à l’embarcation et tends le bras vers la proue. Ma main ne traverse que de l’air et replonge dans l’eau.

Je coule. Je rassemble mes dernières forces pour me repousser vers la surface et émerge en toussant.

C’était une vision, un fantôme. Une autre terrible déception. Je me trouve dans un lieu étrange et inconnu. Loin du monde des vivants et trop proche de celui des morts.

Le Barrenjoey, jeudi 18 avril, 5h34 du matin. L’aube se lève sur une journée parfaite. Doris a déjà décroché le téléphone satellite et contacté par radio les bateaux qui se dirigent vers sa zone de recherches. Calme et silencieux, il travaille avec assurance et détermination.

Doris observe Sooly piloter le Huey à bâbord. Ce bateau plus rapide atteindra les coordonnées indiquées en premier.

Sooly sourit et salue le capitaine du Barrenjoey depuis la timonerie en le dépassant. En réponse, Doris effleure la visière de sa casquette. Il regarde la proue du Barrenjoey fendre le sillage du Huey. Soudain, tous les sons semblent s’effacer et une idée se forme lentement dans son esprit. Il est désormais certain de ce qu’il doit faire.

Doris saisit la radio. «Sooly, je mets le cap à 18 degrés plus au nord. Je réduis ma vitesse de 10 nœuds.» C’est un moment décisif.

«Reçu. Comme tu le sens, mon vieux.»
Le Barrenjoey pivote lentement dans l’eau calme.

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Une bouée de sauvetage est lancée par la balustrade et des silhouettes plongent du bateau pour sauver l'eau qui était perdu en mer.Avec l'autorisation de Brett Archibald
Des passagers du Barrenjoey et Elvis Waruwu guident Brett en sécurité.

«Dieu, emporte-moi!»

Brett, 28 heures passées dans l’eau. Je suis concentré sur ma conservation d’énergie. J’étire les bras aussi loin que possible et décris de grands mouvements de brasse. Mes bras et mes jambes me brûlent.

Le soleil s’est levé. Je tourne lentement en rond. La forme d’une île se dresse hors de l’eau devant moi. Quelque chose déferle dans mon corps. Du soulagement. Là, une autre île, bien plus loin. Je nage vers la plus proche, mais je ne fais aucun progrès.

Lentement, faiblement, je sors le dernier morceau de papier de ma poche. Il n’en reste qu’un centimètre carré. Je le découpe en deux. Il me révèle que le courant va vers le nord, je me tourne donc et nage dans ce sens. Un point à l’horizon. Ancré entre les îles. C’est un bateau. Je dois nager jusqu’à lui. Chaque fois que je relève la tête, le bateau semble plus proche.

Puis, le bruit d’un moteur qui démarre me parvient. Il s’éloigne. La fureur enfle au plus profond de moi. Je me mets à hurler. Je gifle l’eau de bras impuissants. «Dieu, emporte-moi, j’en ai assez!» Je coule sous la surface et flotte là, en suspension. Un dôme d’un bleu magnifique étincelle dans l’eau.

Neets, Zara, mon petit Jamie. Je vous aime plus que vous ne pouvez l’imaginer. Je prends une respiration et emplis mes poumons d’eau salée.

Soudain, une douleur insupportable me brûle la langue desséchée, qui ne peut supporter la brûlure du sel. Je bats des pieds sur deux mètres de profondeur et perce la surface en renâclant, à demi-asphyxié. Tu ne peux pas faire ça! Tu ne peux pas te suicider! Je tourne la tête. Flottant au-dessus de l’eau, je l’aperçois. Une croix noire.

Le Barrenjoey, 6h58 du matin. Doris a conduit le Barrenjoey dans la nouvelle zone de recherches. Les Australiens ont tous pris position sur le pont. Dans la timonerie, le capitaine se sert un autre café. Dans l’immobilité du matin, il entend la voix d’Anas.

«Patron. Le ton est presque décontracté. On l’a trouvé. Il est là.» Au même moment, Pete s’écrie depuis la proue. «Là! On l’a!» Il pointe le doigt vers le nord-est.

Pendant un moment, les hommes à bord demeurent immobiles. Puis une exclamation de stupéfaction parcourt le pont. Suivie de cris. D’acclamations. De démonstrations de joie.

Doris regarde à bâbord. À environ 100m de là, il aperçoit la tête d’un homme, brillant comme un phare dans la lumière du matin et, à côté, un bras tendu d’un blanc spectral qui s’agite.

Doris tourne furieusement la barre. Il pointe l’étrave du Barrenjoey vers l’homme dans l’eau, puis prend sa tête dans ses mains et éclate en sanglots.

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Brett, perdu en mer, a passé 28 heures et demi dans l’eau. Avec l'autorisation de Brett Archibald
L’équipage du Barrenjoey et ses passagers célèbrent un sauvetage inespéré. Doris est assis à la droite de Brett.

«On te tient»

Brett, 28 heures et demi dans l’eau. La croix grandit. Je comprends soudain qu’il s’agit du sommet du mât et de la barre de flèche d’un voilier. La proue d’un bateau se dresse dans mon champ de vision, puis il m’apparaît dans toute sa longueur. J’évalue sa distance à environ 400 m. Il y a de l’activité sur le pont. Les hommes ressemblent à des fourmis.

Je baisse la tête et je nage. Lorsque je m’arrête et que je relève les yeux, le bateau se dirige droit vers moi, à seulement 100m.

«Hé! Hé!» Je me propulse hors de l’eau aussi haut que possible, en utilisant mes dernières réserves d’énergie.

Une bouée de sauvetage et lancée par la balustrade et des silhouettes plongent du bateau.

Mes derniers efforts de nage m’ont vidé. Je commence à couler. Si proche…

Puis un bras tendu en travers de mon torse m’attrape sous les côtes. Je lève les yeux et aperçois une bouée de sauvetage orange vif décrire un arc de cercle autour de moi.

Puis je l’entends.
«On te tient, mon vieux. On te tient.»

Brett Archibald a été secouru à 7h15 le 18 avril 2013. Il avait dérivé sur environ 70 km. Il était secoué de tremblements, mais en bonne santé. Doris Eltherington faisait figure de héros réticent, il est demeuré sur la passerelle jusqu’à ce que ses hôtes insistent pour qu’il descende rencontrer Brett.

Brett a téléphoné à Anita, qui sanglotait de joie et de soulagement. Des retrouvailles euphoriques avec ses amis sur le Naga Laut ont eu lieu lorsque le bateau a rejoint le Barrenjoey.

En 2014, Surfing Australia, l’organisation représentant ce sport, a décerné à Doris le prix Peter Troy Lifestyle pour sa contribution au monde du surf et le prix Waterman of the Year pour son héroïsme dans le sauvetage de Brett.

Amateur d’histoire qui finit bien, vous allez aimer celle du sauvetage incroyable du camion suspendu sur le pont.

Extrait du livre Alone: Lost Overboard in the Indian Ocean, par Brett Archibald ©2016 par Brett Archibald. Republié avec l’autorisation de Little, Brown Book Group, une division de Hachette UK. Tous droits réservés.

Contenu original Readers Digest International Edition