La tête dans les étoiles

Sa passion pour les sciences en général et l’astronomie en particulier, Pierre Chastenay la partage depuis longtemps.

Pierre ChastenayMikaël Theimer

Jeune, Pierre Chastenay rêvait de suivre les pas de l’astronaute américain Neil Armstrong sur la Lune alors qu’il admirait ses exploits devant le téléviseur familial «aux coins arrondis et qui ressemblait à un bocal de poissons»! Sa fascination pour les voyages spatiaux a peu à peu fait place à une véritable passion pour tous les univers situés bien au-delà de l’atmosphère terrestre.

Longtemps associé au Planétarium de Montréal, il a travaillé à la conception de sa nouvelle mouture sur le site du Parc olympique, vulgarisateur scientifique bien présent dans les médias, au journal Le Devoir et pendant plusieurs années sur les ondes de Télé-Québec (Téléscience, Le code Chastenay, Électrons libres), Pierre Chastenay demeure soucieux d’enrichir le savoir des Québécois. Car peu importe que nous soyons seuls ou pas dans la galaxie, notre présence sur Terre exige un certain nombre de connaissances fondamentales.

Aujourd’hui professeur de didactique des sciences à l’Université du Québec à Montréal, ce médiateur dans l’âme cherche et analyse, avec la même rigueur, les meilleures manières de faire comprendre aussi bien l’astronomie, la génétique, la paléontologie que la mécanique quantique. Lui qui a beaucoup travaillé auprès des jeunes pour allumer leur curiosité en souhaite autant pour les adultes… dont la flamme semble faiblir lorsqu’ils avan­cent en âge alors que la complexité de notre monde ne cesse de croître.

Les voyages dans l’espace, autrefois spectaculaires, sont-ils devenus… de simples spectacles?

C’est parfois une sorte de passe-temps pour ultra-riches. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les riches Anglais faisaient la tournée des grandes capitales européennes ; c’est d’ailleurs comme ça que le mot «tourisme» a été inventé, une chose réservée à l’élite, et qui plus tard est devenue accessible à la majorité des gens. Est-ce que nous sommes en train d’assister à la même chose avec Jeff Bezos et Elon Musk ? Si c’est seulement pour s’amuser, je trouve ça très regrettable.

Le développement de ce tourisme spatial, par exemple l’acteur William Shatner qui passe quelques minutes dans une fusée à 100 kilomètres d’altitude avant de redescendre sur Terre, ne pose-t-il pas des enjeux environnementaux?

Actuellement, le nombre de lancements n’est pas suffisant pour créer des problèmes, mais le jour où les fusées Blue Orign [société fondée par le milliardaire Jeff Bezos pour abaisser les coûts d’accès à l’espace] vont décoller plusieurs fois par jour à différents endroits sur la planète, on risque de rentrer dans un mur, celui de la pollution. Dans la haute atmosphère, l’accumulation de métaux lourds, de gaz, et la combustion des carburants des fusées vont augmenter l’effet de serre.

Que répondez-vous à ceux qui prétendent que l’exploration spatiale constitue un gaspillage, nous détournant des nombreux problèmes de la Terre?

On ne pourrait pas lutter contre les changements climatiques sans avoir dans l’espace une batterie d’instruments qui auscultent constamment notre planète. La hausse du niveau des océans et des températures est prise par des satellites depuis des décennies, nous permettant de voir les tendances, et c’est le minimum pour essayer de comprendre ce qui se passe et prévenir les catastrophes. Les télécommunications nous permettent d’être en contact direct avec le reste du monde; nous savons instantanément ce qui se passe en Ukraine, alors que pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, nous étions dans le brouillard. En étudiant les planètes, nous ne savons pas quelles découvertes nous allons faire, et si elles pourraient nous aider à résoudre certains problèmes sur Terre, donc je ne suis pas prêt à dire que ce sont des dépenses inutiles. Par exemple, la grande motivation de l’exploration de Mars avec des robots, c’est de savoir s’il y a déjà eu de la vie sur cette planète, même brièvement, sous forme de bactéries, dans des nappes phréatiques par exemple. Nous sommes à un moment charnière de l’histoire de l’humanité, et comme disait l’écrivain Arthur C. Clarke : «Deux possibilités existent : soit nous sommes seuls dans l’univers, soit nous ne le sommes pas. Les deux hypothèses sont tout aussi effrayantes.» Cela nous donne une responsabilité énorme de survivre.

La pandémie a tout de même révélé de grandes lacunes sur le plan des connaissances scientifiques.

La science, c’est un processus qui met de l’avant des idées, les partage, les teste, et si ça fonctionne bien, il est possible d’aller plus loin. Mais à l’école par exemple, les sciences sont présentées comme un ensemble de connaissances immuables, une bible détenant la vérité, alors qu’il s’agit d’un processus plein de scories, d’impasses, de retours en arrière. Pendant la pandémie, on arrivait avec de nouvelles informations qui contredisaient celles de la veille, ce qui a choqué beaucoup de gens, alors que plusieurs voyaient sans doute pour la toute première fois de leur vie la science telle qu’elle se fait. Une seule donnée peut détruire complètement une théorie qui fonctionnait très bien jusque-là et nous forcer à la remplacer pour quelque chose de mieux.

Dans le monde actuel, n’avons-nous pas la responsabilité du savoir?

C’est important que les membres d’une société soient capables de se prononcer sur diverses questions. Par exemple, sommes-nous favorables à la manipulation génétique en clonant des animaux ou des êtres humains? À créer des organes pour remplacer ceux qui sont défaillants chez certains individus ? Dans un débat démocratique, nous avons besoin d’individus qui maîtrisent minimalement les données et les concepts de base, sinon on ouvre la porte à la démagogie et c’est celui qui va crier le plus fort qui va l’emporter. Ce n’est pas le genre de société dans laquelle je veux vivre.

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