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Héros de compagnie

Ceux qui aiment les bêtes feraient tout pour les protéger et en prendre soin. Mais, parfois, l’inverse se produit: ces extraordinaires compagnons sauvent la vie de leurs amis à deux pattes. Voici 4 récits de compassion et de bravoures animales.

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La chatte Gabrielle

Par Cathy Steinberg, Kitchener, Ontario

Infirmière et amie des animaux, Cathy Steinberg a eu beaucoup de chats et de chiens dans son existence. Mais seule une petite chatte espagnole a eu le mérite de lui sauver la vie. Cathy se souviendra toujours de leur rencontre dans un refuge pour chats tenu par un ami: « Elle m’a repérée dès que je suis entrée, la petite coquine! » L’infirmière est repartie avec le chaton, qu’elle a baptisée Gabrielle.

En 2004, par un froid matin de novembre, Cathy termine son quart de nuit à l’hôpital et dès son retour, elle saute dans sa voiture. Avec Gabrielle et ses autres compagnons dans leurs cages de transport, elle roule vers son chalet. A son arrivée, elle allume un feu dans le poêle à bois et s’installe, mais elle ne parvient pas à chasser une sourde appréhension.

La nuit précédente, à son travail, Cathy a senti que quelque chose de terrible allait se passer. « J’ai souvent ce genre de prémonition, dit-elle aujourd’hui. Et c’est un signe que je n’ignore jamais. » Avant de se mettre en mode repos, elle prend la précaution d’empiler les cages près de la porte et de tracer un itinéraire pour s’échapper du chalet en cas de danger. Puis elle s’assoupit sur le divan, Gabrielle confortablement installée sur sa poitrine.

Cathy se réveille à 4h30 environ, en réalisant que Gabrielle a quitté son poste. Elle aperçoit la petite chatte assise sur le plancher, le regard fixé sur le plafond : des flammes se propagent à toute allure à travers les bardeaux du toit.

L’infirmière se met sur-le-champ à rassembler ses animaux et à les transporter à l’extérieur. Quand les pompiers bénévoles arrivent, ils tentent de l’éloigner du chalet, mais elle refuse : « Je ne sortirai pas tant que je n’aurai pas trouvé tous mes animaux ». Gabrielle, qui s’est cachée dans une armoire de cuisine, sera la dernière à être rescapée. Le chalet sera rasé par le feu, mais tous ses occupants auront la vie sauve. « Les êtres vivants ont bien plus d’importance pour moi que les biens matériels, dit Cathy. Eux, on ne peut pas les remplacer. »

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Sonny, veilleur de nuit

Par : Marit Mitchell

On a tous fait ce type de cauchemar, mais John Wilson, lui, l’a vécu. En rentrant chez lui en voiture après son quart de nuit à l’usine à papier, il voit des gyrophares blancs et rouges clignoter en bas de la route. Juste en face de chez lui.

« Non, pas ça! », pense-t-il. Les camions de pompiers entourent la maison à deux étages qu’il partage avec son frère Dave et leur colocataire, Brett Dowton. Il repère vite Dave sur la pelouse et apprend que tout le monde est vivant, grâce à un comportement inhabituel de Sonny, le petit chat blanc de John.

Dave dormait profondément dans sa chambre quand son colocataire est rentré avec sa copine, après une nuit copieusement arrosée. Ils ont décidé de se cuisiner une boîte de macaronis au fromage, mais ils se sont endormis sur le divan.

A l’étage, Dave est réveillé par une pression légère mais persistante. C’est Sonny qui lui pétrit le torse de ses pattes. Comme c’est d’ordinaire un animal plutôt calme, Dave comprend tout de suite qu’il se passe quelque chose de grave. Et au même moment, il voit la fumée et sent l’odeur âcre de l’aluminium en train de brûler.
Il dévale l’escalier et distingue sur la cuisinière la casserole qui dégage une épaisse fumée noire. Presque à l’aveuglette, il saisit la casserole, fonce vers la porte et lance le plus loin possible le récipient qui jette une gerbe de flammes. Puis il appelle les pompiers et tire tout le monde dehors, y compris Sonny.

En entrant dans la maison, John voit Brett et sa petite amie assis sur le divan, l’air piteux. « On peut remercier ce chat, leur dit John. S’il n’avait pas été là, j’aurais trouvé à mon retour une maison rasée par le feu et trois cadavres. »

Sonny, qui a maintenant 17 ans, accueille toujours John quand il revient d’une longue nuit de travail, attendant patiemment que son maître lui serve un petit bol de lait. Le chat s’est mérité à vie ce traitement de faveur – et le titre de « petit héros » que John et sa femme Lori continuent de lui décerner.

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Le chien Jango

Pat : la famille Unger, Trail, en Colombie-Britannique

En janvier 2006, par une nuit de neige, Christine Unger a reçu une leçon sur les réactions chimiques qui a failli être dévastatrice.

Vers 23 h, elle sort pour rencontrer un vieil ami à la brasserie du coin. Cloué sur le divan par un lumbago, Darrell, son mari, préfère se reposer. Koby, leur fils de quatre ans, est profondément endormi dans sa chambre, et Jango, leur golden retriever de 10 ans, est nonchalamment allongé près de la porte.

Darrell somnole depuis moins d’une heure quand un aboiement retentissant l’éveille en sursaut, et il réalise, à travers une épaisse fumée noire, que la maison est en flammes. « Koby, hurle-t-il. Lève-toi, il y a le feu! »

L’enfant ne répond pas. Luttant contre la confusion et les vertiges causés par la fumée, Darrell fonce dans la chambre de Koby et sort le petit garçon de son lit, déjà inconscient. Avec son fils serré dans ses bras et Jango sur ses talons, toujours aboyant comme un fou, Darrell sort en titubant et gagne un lieu sûr à l’extérieur.

« Nous avions des détecteurs de fumée, dit Christine. Mais là où ils étaient placés, la fumée ne faisait que tourner autour. » Quant à la cause de l’incendie, elle est aussi surprenante. Un an auparavant, le couple avait utilisé du diluant à peinture pour nettoyer des pinceaux, puis avait entreposé le liquide au sous-sol, dans des contenants métalliques. Avec le temps, des émanations se sont accumulées, provoquant la corrosion des récipients. Quand les couvercles se sont désagrégés, une combustion interne s’est déclenchée. Le brasier a été si intense que même le béton a été roussi.

Aussitôt avertie, Christine quitte la brasserie et se précipite chez elle. Parmi la foule de véhicules d’urgence, elle trouve Darrell et Koby, soignés à l’arrière d’une ambulance. « Mon mari était dans un état de choc indescriptible », se souvient-elle. Darrell a aggravé son mal de dos et ses poumons ont souffert de l’inhalation de fumée, mais au moins, tout le monde était en vie. « On a eu une chance énorme que personne ne soit blessé, et c’est à Jango qu’on la doit. »

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Le chien Sammy

Par : Diana Penner, Cold Lake, Alberta

Diana Penner voulait adopter un chien abandonné. Un jour, le refuge pour chiens de sa localité lui présente un petit terrier croisé avec d’autres races indéterminées. Pelé et négligé, il ne paie pas de mine, mais Diana craque pour lui au premier regard. Elle le baptise Sammy et l’emmène dans sa ferme, où elle a des chevaux pour la promenade.

« Lui aussi, il nous a aimés tout de suite », se souvient Diana. Avec son mari Dale, un mécanicien, elle fait le circuit des rodéos et Sammy les accompagne toujours. « Il était même présent à mon mariage! se souvient Diana. On lui avait mis un petit bandana rouge. »

En 1992, par une paisible nuit d’été, Sammy a l’occasion de rendre la pareille à ses maîtres. Diana, enceinte de sa fille, dort profondément près de Dale. Brusquement, Sammy saute sur le lit, ce qu’il ne fait jamais d’habitude, et se met à piétiner les corps des dormeurs.

Réveillée en sursaut, Diana se redresse et regarde par la fenêtre : le garage, qui sert d’atelier de mécanique à Dale, est en feu. « On pouvait voir les flammes sur le côté de la fenêtre, dit-elle. Tout le bâtiment brûlait déjà jusqu’au toit. »

L’incendie est si violent que les flammes lèchent déjà le poteau de la corde à linge, près de la porte arrière. Et leur chambre est juste à côté. « On s’est précipité dehors aussi vite que possible », dit Diana. Mais Sammy a peur de les suivre, car le cadre de la porte est déjà brûlant. Diana rebrousse chemin, saisit le chien et le transporte à l’abri : « On ne pouvait pas laisser un tel copain derrière nous! »

Les pompiers arrivent vite, mais il est trop tard pour sauver le garage et la maison est en partie brûlée. La cause du feu n’a jamais été déterminée, mais la violence du brasier était évidente : de grosses poutres métalliques en I, entreposées par Dale dans son atelier, ont été déformées par la chaleur. Plusieurs bonbonnes de propane ont servi d’accélérateur.
Diana s’étonne encore de la vitesse à laquelle le feu a consumé le garage et gagné la maison. « On ne s’est aperçu de rien, jusqu’au moment où Sammy a sauté sur le lit. C’est le meilleur des chiens. »