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Qui a peur des OGM?

Les aliments transgéniques sont partout. Devriez-vous vous en inquiéter?

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Depuis leur apparition en épicerie au milieu des années 1990, les aliments transgéniques sont une pomme de discorde. A l’heure actuelle, on cultive des OGM (organismes génétiquement modifiés) dans 25 pays – dont le Canada, depuis 1995.

A moins de faire pousser toute votre nourriture à partir de semences prélevées sur vos récoltes antérieures, il est donc plus que probable que vous en ayez déjà mangé. Devriez-vous vous en inquiéter?

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus:
Site d’information sur les OGM du gouvernement du Québec : http://www.ogm.gouv.qc.ca/
Le guide des produits avec ou sans OGM de Greenpeace : http://guideogm.greenpeace.ca/

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Qu’est-ce qu’un «aliment transgénique»?

Nous modifions le bagage génétique de certaines espèces végétales et animales depuis la nuit des temps. Quand un pomiculteur croise une variété produisant des pommes très juteuses avec une autre qui résiste bien au gel, il crée un pommier génétiquement modifié. Mais il se contente d’imiter la nature, car des insectes pollinisateurs auraient pu en faire autant.

Les OGM dont nous parlons ici sont des «organismes dont le patrimoine génétique (l’ADN) a été transformé d’une manière qui ne survient pas spontanément dans la nature», pour reprendre la définition de l’Organisation mondiale de la santé.

La fraise cultivée dans le nord de l’Europe en est un exemple frappant. Des chercheurs ont isolé un gène «antigel» dans l’ADN d’un poisson – la plie rouge – et l’ont inséré dans celui d’une fraise. Il s’est transmis aux générations suivantes, permettant ainsi à cette fraise transgénique de résister au froid.

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Pourquoi se donner cette peine?

En dotant une plante cultivée de gènes provenant d’autres espèces, le génie génétique peut abaisser son prix de revient, accroître sa valeur nutritive, la rendre moins fragile ou naturellement résistante à un herbicide. Comme le montre l’exemple de la fraise, l’opération exploite un avantage spécifiquement lié au gène prélevé sans transférer les autres attributs de l’espèce donneuse. Et voilà pourquoi notre fraise génétiquement modifiée ne sent pas le poisson!

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Est-ce une bonne idée?

Les experts sont partagés. Certains y voient la panacée aux problèmes de l’humanité, d’autres s’y opposent furieusement. Voici leurs arguments:

La faim dans le monde

POUR
• L’Organisation mondiale de la santé prévoit que la planète comptera plus de neuf milliards d’habitants en 2050. Les partisans des OGM misent sur le génie génétique pour nourrir tout ce monde, car les cultures transgéniques résistent mieux aux accidents climatiques (sécheresses, températures extrêmes) et requièrent moins de déboisement. Calestous Juma, directeur du programme d’innovation agricole en Afrique à l’université Harvard, est persuadé que la biotechnologie sera la planche de salut du continent noir.

• Les OGM ont aussi des avantages sanitaires, arguent leurs défenseurs, citant l’exemple du riz doré; mis à l’essai aux Etats-Unis, celui-ci contient du bêta-carotène et est destiné à corriger la déficience en vitamine A qui rend tant d’enfants aveugles.

CONTRE
• Les détracteurs répliquent que la malnutrition est plus une affaire d’argent et de politique que d’agriculture. Celle des pays riches produit de larges excédents, mais l’argent manque dans les pays pauvres. La fameuse «révolution verte» des années 1970 devait mettre fin aux famines grâce à de nouvelles semences. Il n’en a rien été.

• La propriété des OGM pose un autre problème épineux. Les semences créées en laboratoire sont brevetées, et leur emploi se fait sous licence. Selon Louise Vandelac, directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal, une telle mainmise sur la production d’aliments de base est un changement sans précédent dans l’histoire. «Les agriculteurs peuvent devenir dépendants à vie des semences GM, elles-mêmes liées à des pesticides dont le dosage finit par augmenter», affirme-t-elle.

• Enfin, rien ne prouve que les OGM nourriraient plus de monde à long terme que les méthodes de l’agriculture durable, par exemple.

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L’alimentation du bétail

POUR
• Les pro-OGM soutiennent que les éleveurs gagnent à donner des céréales génétiquement modifiées à leurs bêtes, car elles coûtent moins cher. D’ailleurs, 90 pour 100 des moulées vendues dans le monde contiennent des OGM.

• Un jour, prophétisent-ils, ces aliments transgéniques protégeront les animaux – dont les bêtes de boucherie – contre les maladies les plus courantes.

CONTRE
• Les anti-OGM redoutent leurs effets sur les bêtes qui s’en nourrissent. Les vaches dont la moulée contient des hormones de croissance GM pourraient par exemple souffrir de troubles du développement ou métaboliques.

• Non seulement nous connaissons mal les effets des OGM sur les animaux, mais nous ignorons ceux qu’ils pourraient avoir sur les êtres humains qui les mangeront.

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L’environnement

POUR
• Le génie génétique peut rendre une plante résistante à un herbicide. L’agriculteur est alors en mesure de désherber son champ sans nuire à sa récolte. En cultivant des OGM, il se donne la possibilité de faire des arrosages massifs, qui lui font gagner du temps.

• Les OGM réduisent notre empreinte agricole. Le maïs Bt, par exemple, est porteur d’un gène qui produit un insecticide naturel. Ce gène a été extrait en laboratoire d’une bactérie appelée Bacillus thuringiensis (Bt) qui tue les larves d’insecte. La variété de maïs qui en est dotée ressemble en tout point aux autres, si ce n’est que les insectes l’évitent et, donc, qu’elle n’a besoin d’aucun insecticide.

CONTRE
• Les opposants redoutent une dispersion incontrôlée des OGM. En 2009, des cargaisons de lin canadien ont été mises en quarantaine par l’Europe. Des tests avaient révélé la contamination d’une partie des stocks par une variété GM (Triffid), qui n’a jamais été cultivée commercialement au Canada. Ces croisements accidentels représentent un risque non négligeable pour l’agriculture traditionnelle.

• Les OGM résistants à l’herbicide pourraient transmettre leur avantage acquis à de mauvaises herbes, ce qui obligerait les agriculteurs à utiliser plus de désherbants toxiques. Aux Etats-Unis, la culture d’OGM résistants aurait significativement accru ces arrosages, selon un rapport publié en 2009.

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L’avenir de l’agriculture

POUR
• Neuf producteurs d’OGM sur dix vivent dans un pays en voie de développement. En augmentant leurs rendements et leurs revenus, la culture des OGM profite à toute la collectivité, car ses retombées économiques favorisent la scolarisation et la création d’emplois.

• D’après Ron Bonnett, président de la Fédération canadienne de l’agriculture, l’agriculture locale a besoin des OGM pour demeurer concurrentielle. «Quand d’autres pays adoptent ces biotechnologies, les coûts de production de leurs agriculteurs diminuent, explique-t-il. Nous devons suivre.»

CONTRE
• La culture d’OGM est une activité économique, pas une œuvre de bienfaisance. Les adversaires des OGM brandissent le spectre d’un approvisionnement dominé par quelques multinationales. De tout temps, les agriculteurs ont prélevé les semences de la saison suivante sur leur récolte, mais pour garantir leurs bénéfices, les fabricants de semences GM ont fait en sorte qu’elles puissent être stériles, ruinant cette pratique séculaire.

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La santé humaine

POUR
Santé Canada assure que les aliments contenants des OGM ne posent aucun risque pour la santé humaine. Les principaux OGM qui sont présents actuellement dans l’alimentation humaine sont le maïs, le canola et le soja, qu’on retrouve le plus souvent sous forme de produits dérivés (ex.: fécule de maïs).

• Chris Leaver, professeur émérite de botanique à Oxford, note pour sa part que les aliments transgéniques présentent un risque d’allergénicité «frôlant le zéro». Les individus souffrant de la maladie cœliaque ou d’allergies alimentaires pourraient être les premiers bénéficiaires des recherches visant, par exemple, à produire des arachides non allergènes.

CONTRE
• Des organismes scientifiques, comme la Société royale du Canada et l’Association médicale britannique considèrent que les OGM devraient être davantage étudiés avant d’être mis en marché. «On ne connaît pas l’interaction entre les nouveaux gènes introduits et le bagage génétique de la plante», explique Eric Darier, directeur de Greenpeace Québec. Comme beaucoup d’opposants aux OGM, il demande que des tests indépendants soient effectués pour connaître les effets sur la santé humaine.

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Le système d’étiquetage

FACULTATIF
• Le Canada n’exige pas que la présence d’OGM soit signalée sur l’étiquette d’une denrée. Mais Santé Canada assure soumettre les OGM à une évaluation rigoureuse en comparant le produit transgénique à son homologue non OGM, à partir des données que lui fournit l’entreprise qui l’a mis au point. Cette méthode, également employée aux Etats-Unis et en Europe, a le double avantage d’être facile à appliquer et de ne pas alourdir le coût de production.

OBLIGATOIRE
• Les opposants aux OGM considèrent que les tests menés par Santé Canada sont trop superficiels pour démontrer l’innocuité de ces nouveaux aliments pour la santé humaine. «Greenpeace estime que le consommateur n’a pas assez d’information pour faire un choix éclairé», dit Eric Darier. Pour combler ce manque, l’organisme a conçu le Guide des produits avec ou sans OGM, disponible en ligne à guideogm.greenpeace.ca.

• Face à ces inquiétudes, certaines chaînes européennes ont banni les produits transgéniques de leurs supermarchés. Sur le vieux continent, la présence d’OGM doit être indiquée, même dans les aliments fortement transformés et les moulées pour le bétail.

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L’avenir des OGM

Les Etats-Unis sont le plus grand producteur mondial devant le Brésil, l’Argentine, l’Inde et le Canada. L’Europe reste en marge. Pour Dominique Michaud, professeur au département de phytologie de l’Université Laval, les OGM font partie de la solution aux problèmes de la sous-alimentation et des changements climatiques.

Mais les aliments transgéniques suscitent parfois la méfiance des pays pauvres, même quand ils sont offerts comme aide alimentaire par l’ONU : la Zambie a refusé des chargements tandis que le Zimbabwe et le Mozambique ont exprimé des doutes sur l’innocuité des OGM.

Dominique Michaud rappelle que les techniques agricoles traditionnelles ont largement bénéficié de l’apport du génie génétique. La transgénèse permettrait de régler des problèmes précis, comme celui des sols salins en Afrique du Nord. «Pourquoi ne pourrait-on pas se servir de ce qui pousse sur les terres salines du Bas-Saint-Laurent pour aider des petits agriculteurs égyptiens?» demande-t-il.