Sélection du Reader's Digest - Sélection du Reader's Digest - Magazine Canada En Ligne : Côté coeur
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Photo : Stéphane Najman

Côté coeur

 

par André Ducharme


Son plus beau trophée? Le bonheur!


 

En mars dernier, une journaliste de La Presse demandait à quelques personnalités à qui elles décerneraient le prix Jutra-hommage de 2008. Réponse de Guillaume Lemay-Thivierge: «A Michel Côté. Il a su s’engager dans des rôles différents tout en restant sélectif. Il ne nous est jamais tombé sur les nerfs. C’est mon modèle.»

Acteur doué dans tous les registres, Michel Côté rime avec popularité: télévision (Omertà), théâtre (Broue), cinéma (Le dernier tunnel, C.R.A.Z.Y.). Son jeu est marqué du sceau de l’humanité. Peu importe leur profil, il insuffle à ses personnages quelque cho se qui ressemble à de la dignité. Depuis le temps, l’acteur pourrait camper dans le confort d’une notoriété bien établie. Il choisit encore le risque.

Et aux prix et aux scintillements de la carrière, Michel Côté préfère la vie, l’amour, l’amitié, voire le sport. Vous ne le verrez jamais sur le devant de la scène s’il n’a pas un projet à défendre. Il y a chez lui du romantique et de l’hom me d’affaires, de l’aventurier et du père de famille. C’est un être à la fois humble et orgueilleux, sûr de lui et travaillé par le doute, mais totalement lucide.

Dans Cruising Bar 2 – en salles le 27 juin –, il nous offre un véritable récital en ressuscitant les quatre personnages qu’il nous avait fait découvrir en 1989: Gérard, «le Taureau»; Patrice «le Lion»; Jean-Jacques, «le Paon»; Serge, «le Ver de terre». Quatre mâles toujours en quête de femmes.

André Ducharme: Revenir à Cruising Bar 20 ans plus tard, c’est ouvrir la porte aux comparaisons.
Michel Côté: Tous ceux qui espéraient une suite se sont fait une idée du Cruising Bar 2 idéal. Certains seront peut-être déçus de ne pas voir le film qu’ils ont imaginé. Les quatre personnages ont maintenant des préoccupations de quinquagénaires. Mais le moteur du premier volet – ce sempiternel désir d’aimer et d’être aimé – est encore présent. A quel point le public rira, à quel point il sera ému? Si je le savais, je serais engagé par tous les producteurs du monde.

A.D.: Cruising Bar était un film «tristement drôle» sur la solitude urbaine et sur l’échec de l’amour. Y a-t-il un peu d’espoir dans le deuxième volet?
M.C.: Deux personnages sur quatre s’en sortent plutôt bien, mais je ne vous dirai pas lesquels.

A.D.: En 20 ans, les techniques de séduction ont changé. Que connaissez-vous là-dedans, vous, homme réputé fidèle? Avez-vous fréquenté des lieux de rencontre pour préparer vos rôles?
M.C.: En visitant quelques bars en compagnie de ma femme [la comédienne Véronique Le Flaguais] et du réalisateur Robert Ménard, j’ai constaté que les choses n’y avaient pas tellement changé, à part le fait qu’on n’y fume plus. Ah oui, les femmes font des avances aux hommes, ce qui n’était pas courant il y a 20 ans.

A.D.: Dans votre C.V., on ne trouve pas de personnages de séducteurs, hormis ceux, plutôt pathétiques, de Cruising Bar.
M.C.: A l’Ecole nationale de théâtre [promotion 1973], je n’ai jamais joué les jeunes premiers. On me confiait les rôles de tueurs, d’alcooliques, de pères de famille. J’avais la voix trop grave pour incarner les ingénus romantiques, et il y avait probablement des comédiens plus beaux que moi. Ma carrière n’est à peu près faite que de rôles de composition. La seule fois où j’ai interprété un personnage plus proche de moi, c’est dans Omertà. Un policier.

A.D.:
Y a-t-il un rôle qu’on ne vous a pas proposé que vous aimeriez jouer?
M.C.: Le dernier à m’avoir posé cette question, c’était Claude Meunier. J’ai répondu: «Une grande folle.» Il m’a écrit le rôle du très homosexuel Jean-Lou dans La petite vie.

A.D.:
Dans Cruising Bar 2, vous avez un peu tâté de la réalisation. Cela vous a-t-il donné envie de passer vraiment derrière la caméra ?
M.C.: Je le ferai sans doute un jour, mais mon but dans la vie n’est pas de réaliser un film et d’aller aux Oscars. Depuis que je suis jeune, j’aspire à être heureux, et j’y arrive. Ce qui gâche mon bonheur, c’est quand je constate qu’il y a des gens malheureux autour de moi.

A.D.:
A consulter votre parcours professionnel, on se dit que le travail doit contribuer à votre bonheur...
M.C.: Mais je ne suis pas un drogué du travail. J’ai 58 ans [depuis le 25 juin] et je n’ai qu’une quinzaine de films à mon actif. Rémy Girard, qui a mon âge, a dû en faire, lui, une cinquantaine! Cela dit, demandez à n’importe quel technicien combien je suis heureux sur les tournages. Tout le mon de a du plaisir avec moi, je détends l’atmosphère. Je ne me souviens pas qu’un réalisateur ne m’ait pas redemandé pour un autre film.

A.D.:
On serait mal avisé de ne pas vous redemander: chacun de vos films est un succès.
M.C.: Je ne parierai pas ma maison sur celui de mon prochain film.

   

 

 

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