Traitements ciblés
Les trois dernières mammographies annuelles de Lisa Priebe, de Vancouver, n’indiquaient rien d’anormal. Pourtant, en mai 2003, moins d’un an après son plus récent examen, elle sent une bosse de la grosseur d’une cerise dans son sein gauche. Des tests plus poussés révèlent qu’il s’agit d’une tumeur maligne. Agée seulement de 42 ans à l’époque, Lisa est sous le choc. “J’ai tout de suite pensé à mes filles, se rappelle-t-elle. Elles n’avaient que quatre et six ans. Ma plus grande crainte était qu’elles grandissent sans leur mère.”
Lisa subit une mastectomie. Mais comme le cancer a envahi son système lymphatique, elle doit aussi faire six mois de chimiothérapie et cinq semaines de radiothérapie. Puis son oncologue lui parle d’un nouveau médicament en cours d’expérimentation, l’Herceptin, qui réduirait le taux de récidive de la maladie. Lisa décide de participer à l’essai et, en avril 2004, commence à recevoir des injections d’Herceptin toutes les trois semaines. Depuis, elle est guérie. “J’ai eu beaucoup de chance”, dit-elle.
Médicament issu de la nouvelle génération des traitements ciblés, l’Herceptin s’attaque à une anomalie génétique présente dans le tiers des cas de cancer du sein, explique la Dre Caroline Lohrisch, oncologue à l’Agence du cancer de la Colombie-Britannique.
Normalement, les cellules contiennent deux gènes HER-2, qui contribuent à la régulation de la croissance cellulaire. Lorsque, pour des raisons obscures, ce gène se présente en surnombre, il entraîne la surproduction d’une protéine (la protéine HER-2), qui à son tour déclenche la prolifération pathologique des cellules – autrement dit, le cancer. Anticorps de la protéine HER-2, l’Herceptin en freine la production excessive. Selon quatre études regroupant 10000 sujets souffrant de ce type de cancer du sein, le risque de récidive baisse de 50 pour 100 si l’on associe pendant un an une chimiothérapie à un traitement à l’Herceptin. Toutefois, ce médicament ne convient qu’aux femmes dont le cancer se caractérise par un excès de HER-2.
Autre médicament suscitant beaucoup d’espoir: l’Abraxane. Il s’agit d’une nouvelle version du Paclitaxel, médicament de chimiothérapie qu’on doit dissoudre avant de l’injecter par intraveineuse. D’une part, les chercheurs ont constaté que, lorsque les nanoparticules de Paclitaxel se lient à l’albumi-ne (une protéine présente dans l’organisme), la chimiothérapie est plus efficace et ses effets secondaires sont moindres chez les femmes souffrant d’un cancer du sein à un stade avancé. D’autre part, il semblerait que certaines cellules cancéreuses produisent une quantité excessive de protéines SPARC, qui elles aussi se lient à l’albumine. Par l’entremise de l’albumine et des protéines SPARC, les nanoparticules d’Abraxane devraient pouvoir pénétrer directement dans les cellules cancéreuses et les tuer.
Cette théorie fait actuellement l’objet d’un essai clinique au Canada, explique la Dre Susan Dent, oncologue au Centre de cancérologie de l’Hôpital d’Ottawa. Si l’expérience est concluante, les médecins pourront déterminer quelles sont les femmes les plus susceptibles de bénéficier de l’Abraxane.
“On opte de plus en plus pour des protocoles de traitement personnalisés”, ajoute Susan Dent.
Le point faible du cancer
Grâce aux travaux de chercheurs canadiens, nous avons encore progressé dans notre compréhension de la génétique du cancer.
“Pour que les cellules cancéreuses puissent se multiplier de façon effrénée, dit John Bell, chercheur à l’Institut de recherche en santé d’Ottawa, il faut qu’elles aient conclu une sorte de pacte avec le diable.” En effet, en échange de cette extraordinaire capacité de prolifération, elles abandonnent certaines caractéristiques génétiques et, ce faisant, perdent leur faculté de combattre les infections virales.
En 2005, des chercheurs de Calgary et de London font la une des médias canadiens: ils ont réussi à éliminer des tumeurs cérébrales chez des souris en leur injectant un poxvirus qui ne contamine que les lapins. Au terme de l’expérience, 92 pour 100 des souris étaient vivantes et apparemment guéries.
“L’intérêt de ce genre de traitement, dit John Bell, est que, contrairement à la chimiothérapie ou à la radiothérapie, il n’attaque pas les tissus sains. Il vise essentiellement l’anomalie génétique des cellules tumorales, sans toucher aux cellules normales.”
Dans le même ordre d’idées, un médicament anticancer élaboré à partir du cowpox – un virus utilisé dans les vaccins contre la variole – fera l’objet d’un essai clinique limité sur des patients de Hamilton, d’Ottawa et de Calgary. L’expérience sera en partie finan- cée par l’Institut national du cancer du Canada.
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