Bibliothèque Redpath de l’Université McGill, 11H30.
Il fait très beau, les allées de l’université grouillent de monde. Une femme dans la quarantaine s’assoit sur un petit muret de pierre, à l’endroit où nous avons laissé le téléphone. Coudes appuyés sur les cuisses, elle fume une cigarette. Une autre jeune femme, puis un jeune homme la rejoignent. Ils fument et bavardent tous les trois. Quelques minutes plus tard, n’obtenant pas de réponse, notre reporter s’approche de la dame et lui demande si elle n’aurait pas trouvé un téléphone.
«Je l’ai donné à une fille qui disait avoir perdu le sien. »
Aucune fille ne s’est pourtant approché d’elle. Nous ne le reverrons jamais.
Complexe Desjardins, 12 h 00
Le téléphone se met à sonner tout près d’une dame dans la cinquantaine, accompagnée d’une fillette d’environ 6 ans et d’un garçon plus petit. Pas de réaction. Un homme s’approche et lui demande si le téléphone est à elle. Elle fait oui de la tête, prend le téléphone qui continue de sonner et le fourre dans la poche du manteau de la petite fille. Elle quitte ensuite les lieux rapidement, descend d’un étage et contemple longuement la fontaine… sans se soucier du téléphone qui sonne à nouveau.
Complexe Desjardins, 13 h 00
Un monsieur vient de s’asseoir à côté du téléphone que nous avons abandonné sur un banc. Pantalon bleu foncé, manteau gris, casquette de camionneur, il doit avoir 70 ans. Lorsque le cellulaire sonne, il le prend, le regarde et le met dans sa poche, puis il poursuit son chemin et va rejoindre la dame qui l’accompagnait, avant de s’asseoir dans l’ère de restauration pour discuter.
Nous n’entendrons plus parler de lui.
Gare centrale Bonaventure, 13 h 00
Le téléphone de notre reporter sonne: «Excusez-moi de vous déranger, mais je vous appelle d’un téléphone que j’ai trouvé…
— Merci, c’est gentil. Je travaille juste à côté, pouvez-vous m’attendre ?
—Pas de problème,» répond Patrick Girard, 30 ans, de Montréal. »
«J’aide les gens comme j’aimerais qu’ils m’aident, explique plus tard le jeune homme. C’est une question de karma, j’imagine.»






















