Nous avons perdu 30 cellulaires dans 33 villes du monde entier. Où pensez-vous qu’on nous en a le plus rendu?
PAR SIMON HEMELRYK
Globalement, les femmes se montrent légèrement plus disposées que les hommes à restituer le bien d’autrui. «Elles attachent davantage d’importance aux rapports humains, et faire un geste généreux va dans ce sens, explique Terrence Shulman, fondateur du centre Shulman d’études sur le vol et l’achat compulsifs, au Michigan. Elles ont également un état d’esprit moins enclin au délit.»
Aux quatre coins du monde, les personnes venues rendre un cellulaire expliquent le plus souvent qu’il leur est aussi arrivé de perdre un objet important et qu’elles veulent éviter à autrui les mêmes ennuis. Agée d’une cinquantaine d’années, Kristiina Laakso, une résidante d’Helsinki, en Finlande, raconte: «On m’a déjà volé trois voitures… et même du linge qui séchait dans la cave.»
Elles veulent aussi parfois préserver la réputation de leur ville, ou encore celle de leur lieu de travail, comme Diane Mayville, 54 ans, une employée des Promenades Cathédrale, à Montréal. «C’est un des meilleurs centres commerciaux, dit-elle. Les gens retrouvent souvent ce qu’ils y perdent. J’y ai moi-même égaré un chèque, et on me l’a renvoyé par la poste…»
Certains nous ont dit que l’honnêteté leur avait été inculquée dès leur enfance. D’ailleurs, au cours de notre enquête, de nombreux parents en ont profité pour prodiguer une leçon de civisme à leurs enfants. A Hounslow, un quartier londonien, Mohammad Yusuf Mahmoud, 33 ans, était accompagné de ses deux fillettes au moment où il a répondu au téléphone et convenu d’un moyen de nous le rendre.
«Je suis content que mes enfants aient assisté à cette scène, explique-t-il. J’espère ainsi leur avoir donné l’exemple.»
Tout le monde n’est pas aussi à cheval sur les principes. A Amsterdam, un jeune garçon d’une dizaine d’années supplie ses parents de lui donner le téléphone retrouvé dans la rue Kalverstraat. Ils hésitent, mais un sourire angélique et un baiser sur la joue de la maman suffisent à les faire céder.
Alors, le monde a-t-il réussi son test d’honnêteté? Partout, nos reporters ont été accueillis avec pessimisme, leurs chances de récupérer les cellulaires «égarés» étant jugées minimes. A en croire Doreen, vendeuse à Berlin, la malhonnêteté régnerait en Allemagne. La plupart des Thaïlandais nous avaient prévenus: nous devrions nous estimer chanceux si, au bout du compte, nous récupérions ne serait-ce que la moitié de nos téléphones. Quant à nos correspondants milanais, ils étaient persuadés que leurs concitoyens étaient trop «fourbes et rusés» pour se montrer serviables. A Mexico, les habitants invoquaient les problèmes économiques pour justifier l’égoïsme de leurs concitoyens. Et pourtant… à Berlin comme à Bangkok, nous avons retrouvé 21 appareils sur 30, et un de moins à Mexico et à Milan.
Ces a priori culturels prennent parfois une tournure assez cocasse. Carlos Ortegon, un jeune homme d’origine mexicaine dans la vingtaine, sort de la Place Ville-Marie, à Montréal. Il vient tout juste de prêter serment à la reine afin d’obtenir la citoyenneté canadienne. Lorsqu’il entend sonner notre téléphone, sa compagne lui dit en rigolant: «Vas-y, réponds! Tu es canadien maintenant…»
En tout, 679 cellulaires, soit 68,5 pour 100, nous ont été restitués, ce qui est plutôt encourageant.
«Malgré le discours des médias, le crime n’est pas la norme, explique Paul Ekman, psychologue à l’université de la Californie. Les gens sont enclins à faire confiance aux autres et veulent qu’on leur fasse confiance.»
Ce n’est pas Ferenc Kozma qui le contredira. Sans-abri depuis six ans, cet ancien entrepreneur hongrois de 52 ans n’a jamais songé à garder le cellulaire qu’il a trouvé sur un quai à Budapest.
«On trouve une chose, on en perd une autre, mais l’honnêteté, ça reste en vous à jamais.»






















