Nous avons perdu 30 cellulaires dans 33 villes du monde entier. Où pensez-vous qu’on nous en a le plus rendu?
PAR SIMON HEMELRYK
Hong Kong et Kuala Lumpur, la capitale malaise, ferment la marche, avec seulement 13 restitutions pour 30 cellulaires abandonnés. A Hong Kong, dans le quartier de Causeway Bay, un gardien de sécurité trouve un cellulaire à Times Square. Après s’être assuré qu’il n’appartient à personne dans les parages, il le camoufle dans du papier. C’est alors que notre reporter l’interpelle. «Quel téléphone? bredouille-t-il en serrant l’appareil dans son poing. Je n’ai rien vu. Si vous avez perdu quelque chose, adressez-vous aux objets trouvés!»
D’ailleurs, notre enquête nous aura démontré que l’uniforme n’est pas un gage d’honnêteté. Selon les observations de nos correspondants dans les centres commerciaux du monde entier, ce vigile indélicat n’est pas un cas isolé. En tout, six gardiens ont empoché un cellulaire sans juger bon de signaler l’objet perdu. Toutefois, l’honneur de la police est sauf, puisque tous les agents «testés» ont bien réagi – à la grande surprise de notre reporter de São Paulo, au Brésil, où les forces de l’ordre ont la réputation d’être largement corrompues.
Autre conclusion de notre enquête: aisance matérielle ne rime pas toujours avec honnêteté. A Auckland, en Nouvelle-Zélande, une femme élégante dans la cinquantaine repère un cellulaire «oublié» sur le rebord d’une vitrine. Elle s’en empare, s’éloigne au pas de course et n’essaiera jamais de contacter notre reporter. En revanche, une jeune Brésilienne, mère de trois jeunes enfants, restitue un cellulaire ramassé dans un parc de São Paulo.
«J’ai beau ne pas être riche, explique-t-elle, je veux que mes enfants connaissent la valeur de l’honnêteté.»
Dans plusieurs pays, nos interlocuteurs étaient persuadés que les jeunes avaient moins de scrupules que leurs aînés. Une idée reçue que démentent les résultats de notre enquête: les jeunes ne sont ni plus ni moins honnêtes que les vieux.
Sur une terrasse de la Plaza Universidad, à Mexico, un couple de septuagénaires repère un cellulaire «égaré». L’homme s’empare de l’appareil, et tous deux se volatilisent en s’engageant dans un escalier roulant; ils ne répondront jamais aux appels de notre reporter.
A New York, dans le quartier chaud de Harlem, un jeune Noir ramasse un cellulaire sur le trottoir et donne rendez-vous à notre correspondant le soir même à une intersection pour lui rendre son bien. L’adolescent de 16 ans, Johnnie Sparrow, arrive accompagné d’une bande dont il semble être le chef. Notre enquêteur lui explique alors le petit test auquel il s’est prêté à son insu. «C’était ce qu’il fallait faire», dit Johnnie avec fierté.






















