Nous avons perdu 30 cellulaires dans 33 villes du monde entier. Où pensez-vous qu’on nous en a le plus rendu?
PAR SIMON HEMELRYK
La Slovénie a beau être un pays jeune, indépendant de la Yougoslavie depuis 1991, les habitants de sa capitale, Ljubljana, n’en cultivent pas moins un sens civique à l’ancienne. Avec ses 267000 habitants, cette pittoresque petite ville nichée au pied des Alpes est, de loin, la moins peuplée de notre enquête. C’est peut-être la raison pour laquelle elle remporte la palme de l’honnêteté. De la religieuse attendant son autobus au jeune serveur dans un petit café – qui a également redonné à notre enquêteur le blouson de cuir qu’il avait oublié –, les Slovènes se révèlent extrêmement coopératifs : sur les 30 téléphones abandonnés en différents points de la ville, un seul a disparu.
Soumis au stress et à la pression, les résidants d’une métropole peuvent-ils se montrer aussi honnêtes? Les gens de Toronto (5,4 millions d’habitants) ont presque réalisé l’exploit en signalant 28 des 30 téléphones disséminés dans la ville.
«Si je peux rendre service, pourquoi pas? explique Ryan Demchuk, un jeune agent d’assurances, en rapportant un cellulaire trouvé dans un couloir souterrain près d’une succursale de la Banque TD. Les Torontois sont exceptionnellement intègres. On m’a rendu le portefeuille que j’avais perdu, et moi-même j’en ai déjà restitué deux dans la même semaine.»
Séoul se classe au troisième rang de notre palmarès, suivie de Stockholm, dont les habitants semblent avoir assimilé la notion d’intégrité à leur vie.
Quant à Montréal – qui, avouons-le, nous avait fait un peu honte l’an dernier lors du test sur la courtoisie –, elle semble plus honnête que polie, puisque 25 des 30 téléphones que nous avons semés aux quatre coins de la ville nous sont revenus. On sentait souvent un véritable plaisir de rendre service chez ceux qui nous ont rapporté les cellulaires.
«J’aime aider les gens comme j’aime-rais qu’ils m’aident, nous a expliqué Patrick Girouard, un jeune professionnel de 30 ans. C’est une question de karma, j’imagine.»
New York, Mumbai et Manille finissent ex æquo au sixième rang de notre classement. Dans ces trois villes,24 téléphones sur 30 ont été rendus.
A New York, Derrick Wolf commence à jouer nerveusement du pied avec notre cellulaire, abandonné près d’une fontaine de Central Park, avant de se résoudre à répondre.
«Je me demandais si ce n’était pas une bombe», expliquera ensuite ce jeune technicien de 25 ans. L’empreinte du 11 septembre…
A Mumbai, l’intégrité est une valeur collective. Un client, qui venait de retrouver un téléphone dans une épicerie et clamait haut et fort qu’il allait le garder pour lui, s’est fait ramener à de meilleurs sentiments par le gérant et ses amis.
Hué par la foule, le coupable – vendeur dans un magasin de vêtements voisin – a malgré tout tenté de convaincre notre correspondant:
«J’aurais fini par vous le rendre…
— Mais, alors, pourquoi l’avez-vous éteint?»
Esquissant un sourire gêné en guise de réponse, l’indélicat s’est défilé et a disparu.






















