Le foulosophe
Ex-entartiste et émule du Dr Patch Adams, François Gourd a un projet très sérieux: changer le monde par le rire
PAR HÉLÈNE DE BILLY
Il y a trois ans, Guy Laliberté l’a engagé pour «décontaminer sa compagnie». Le patron du Cirque du Soleil avait besoin d’un agent provocateur pour briser la routine et dérider l’atmosphère au siège social de la multinationale québécoise. Reconnu comme l’animateur le plus déjanté et le plus irrévérencieux de la planète contre-culturelle montréalaise, François Gourd, qui se définit comme un «foulosophe», a débarqué vêtu d’un de ses vestons bariolés, avec un de ses deux boston-terriers et un hamac qu’il a accroché dans un bureau de la prestigieuse société de divertissement.
«Je me suis dit naïvement que j’allais me faire 1500 nouveaux amis.»
C’était la première fois en 35 ans de dérive burlesque que le fondateur des Foufounes électriques (un bar alternatif de Montréal) était payé pour être ce qu’il est: un fou, un empêcheur de tourner en rond, un pelleteux de nuages. Contrairement aux apparences, il a pris son job de «thérapeupeute» très au sérieux. Notant un niveau élevé de détresse psychologique chez les employés – «comme dans toutes les compagnies, observe-t-il, les gens sont épuisés» –, il avait pensé inviter quelques conférenciers et, pourquoi pas, son ami indien, le Dr Madan Kataria, un pionnier de la technique de relaxation par le rire, à l’origine de la création de 5000 clubs de rire à travers le monde.
Mais c’était compter sans la résistance d’un milieu organisationnel habitué à carburer selon les règles de gestion en vogue dans les facultés. François Gourd se souvient de l’entretien qu’il a eu avec la directrice des services informatiques au sujet d’un «microbe amical» qu’il avait l’intention de répandre via le système de traitement de données. Deux fois par jour, proposait-il, son chien apparaîtrait inopinément et ferait une farce sur les écrans des ordinateurs. Le gag durerait une quinzaine de secondes, ce qui permettrait aux employés de rire un bon coup avant de se remettre au boulot. Réponse de la dame: ça va déranger les gens. «Mais c’est précisément le but de l’opération», lui a-t-il répondu.
Il n’y a pas eu de microbe amical au Cirque du Soleil, et Guy Laliberté a dû mettre son foulosophe à la porte au bout de deux mois. Malgré tout, François Gourd refuse de considérer cette expérience comme un échec.
«Je ne fonctionne pas avec ces notions-là, dit-il. Je suis en exploration continuelle.»
Né en 1950 à Val-d’Or, François Gourd a toujours été, à l’instar des surréalistes, un explorateur de l’irrationnel. A Montréal, où il a grandi, il redoublait systématiquement ses classes et s’est fait mettre à la porte des collèges Brébeuf, Bourget et Notre-Dame. A 17 ans, il obtient un emploi d’été à Expo 67, où il découvre la musique rock et les drogues douces. Il part ensuite pour Vancouver, fait un stage de huit mois en Californie, visite l’Europe. De retour à Montréal, il se présente cinq fois comme candidat du parti Rhinocéros, notamment en 1980, contre son frère Robert qui porte les couleurs du Parti libéral du Canada. Son slogan «Votez pour le plus Gourd des deux» ne lui permet pas d’arracher la victoire: c’est Robert qui est élu dans la circonscription d’Argenteuil.
Une des grandes réalisations de François Gourd fut certainement les Foufounes électriques, qu’il a ouvertes avec deux amis en 1983. C’est là qu’ont eu lieu les premières séances de peinture en direct et les premiers festivals d’art vidéo et électronique. Au bout de cinq ans, toujours sur une pinotte, François Gourd quitte les Foufs, met sur pied une série de manifestations spontanées (les Cabarets de la pleine lune, entre autres) pour finalement se lancer dans l’entartisme. Ses cibles? Les «péteux de broue» qui encombrent la place publique de leur suffisance et dont il cloue le bec en leur lançant une tarte à la crème en plein visage. Mais qui décide qu’un tel est suffisant et pas tel autre? Il hausse les épaules. «De toute façon, je ne pratique plus l’entartisme depuis 1999.» Et pourquoi donc? «Parce que je ne cours pas assez vite.»
Pourtant, il a du souffle, François Gourd, et pas seulement parce qu’il a arrêté de fumer et de boire «après 35 ans d’épongisme». S’il a su garder sa pertinence durant tout ce temps, c’est parce que, d’une expérience à l’autre, la plupart de ses gags ont conservé une sorte de fraîcheur tonique. Avec lui, tout à coup, on respire. Car, à travers ses délires, François Gourd essaie d’aider les gens.
«Je ne suis pas un humoriste, dit-il, mais un humorissionnaire.»
Et ce n’est pas une boutade. En 2003, après son passage au Cirque du Soleil, il a rejoint le Dr Patch Adams pour une mission en Russie. Il répète l’expérience l’année suivante en accompagnant le célèbre médecin américain (immortalisé au cinéma par Robin Williams) au Tibet. Persuadé qu’on peut soulager la souffrance par l’humour et le rire, le Dr Adams invite chaque année une armée de clowns issus de tous les pays à le suivre dans les orphelinats et les hôpitaux les plus démunis de la planète. François Gourd se souvient ainsi d’avoir fait le pitre devant des gamins moscovites qui, à chaque grimace, lui lançaient un «Not funny» catégorique, et de les avoir finalement menés au rire. Il se rappelle aussi ce petit sourd-muet tibétain avec qui il a eu, dit-il, une conversation «d’âme à âme».
Il a connu le Dr Adams alors qu’il préparait le Symfolium de 2000, un événement de 10 jours sur le thème de la folie créatrice, réunissant des représentants de la rébellion burlesque en provenance du monde entier. A l’époque, le Dr Adams n’avait pu se présenter à Montréal, mais les deux hommes ont gardé le contact, et, aujourd’hui, François Gourd est persuadé, comme son maître, que le rire peut changer le monde. «J’ai l’intention d’ouvrir un département de foulosophie à l’université. J’y enseignerai les grands principes de cette discipline.»
Il est très sérieux quand il dit cela. C’est d’ailleurs tout le drame du fou. Même lorsqu’il s’avise d’être sage, on ne l’écoute pas. François Gourd n’en a cure. «Un fou ne s’explique pas.» Il est aussi à l’abri de la colère et de la rancune – ce qui n’est pas négligeable dans le domaine des relations familiales. Ainsi, les deux fils du foulosophe, Félix, 15 ans, et Aristophane, 13 ans, habitent avec leurs mamans respectives en haut de chez lui sur le Plateau-Mont-Royal et dans sa maison de campagne. Le foulosophe a aussi une «amiante» qui a un enfant, et tout ce beau monde se fréquente sur le mode des familles recomposées. «J’aime la vie, et je suis heureux par devoir.»
Le programme vous plaît? François Gourd a réalisé quelques films – dont L’avis d’un fou, disponible sur DVD. Il en prépare un autre sur le thème de «la masturbation libre» et, avec quelques amis, il vient de créer le parti Néo-Rhino – sur les cendres de l’ancien fondé par Jacques Ferron. Dans ses temps libres (ce dont il dispose à profusion), il donne des ateliers sur comment ne rien faire.
«Il n’y a pas beaucoup de clients, note-t-il. Les gens qui ont de l’argent sont trop occupés pour participer.»
Il signe également des vestons récupérés qu’il peint de superbes motifs multicolores. Ce sont les «malades manteaux» qu’il compte encadrer et exposer prochainement. Selon ce fou d’humour, impossible d’être déprimé avec un tel attirail sur le dos.
Et s’il mourait demain? Alors, il voudrait se faire incinérer dans son plus beau costume, qu’il aurait farci au préalable de feux d’artifice sans en parler à personne. L’idée lui est venue d’un moine bouddhiste particulièrement farceur.
«Ça ferait un beau party.»
Avez-vous lu...
Jeux - 10 trucs pour entraîner votre espritVos souvenirs sont nébuleux? Les quelques trucs que voici... |
Santé - Manger pour augmenter son énergieChanger certaines habitudes alimentaires peut vous permettre... |
Bien Manger - Pour un pique-nique parfait!Enfin, voici le soleil ! L’été est arrivé... |
Maison et jardin - Adieu angoisse de la cérémonie!Oubliez les sueurs froides dans le dos : une cérémonie... |
Concours
Vous pourriez gagner un tout nouvel ordinateur portable MacBook d'Apple !Mieux, invitez vos amis à participer, et si l'un d'entre eux s'avérait être un gagnant - VOUS GAGNERIEZ AUSSI ! |
Vous pourriez gagner un BBQ Summit S470 de Weber d'une valeur de 2 600$!Cliquez ici pour participer! |
Vous pourriez gagner un mélangeur Vita-Mix Super 5200 d'une valeur de 930 $!Participez à notre concours pour avoir une chance de gagner un mélangeur Vita-Mix Super 5200 d'une valeur de 930 $ ou 1 des 4 certificats-cadeaux Choix du Président d'une valeur de 150 $ chacun! |
180 000 milles Aéroplan à gagner !Participez pour une chance de remporter votre part! |
Que feriez-vous avec
|





















