LE FRANÇAIS POUR L'AVENIR
Et le gagnant est...


Lire le texte de Lauren Langille
Lire le texte de Martine Lee
Lire le texte de Maryse Gendron

Lauren Langille, élève de secondaire à Oshawa, en Ontario, remporte les honneurs du concours d'essais commandité par Sélection du Reader's Digest, l'Université d'Ottawa et le mouvement éducatif Le français pour l'avenir. Lauren, 16 ans, se voit octroyer une bourse de 20000$ par l'Université d'Ottawa. Elle reçoit la somme de 1000$ pour la parution de son essai dans notre numéro de février.
Une bourse de 20000$ de l'Université d'Ottawa est également décernée à nos deux autres lauréates: Maryse Gendron, deMontmagny, au Québec, classée seconde, et Martine Lee, de Toronto, troisième. Maryse et Martine recevront respectivement 500$ et 250$ pour la publication de leur essai sur notre site selection.ca.
Les trois gagnantes ont été choisies par un jury de rédacteurs deSélection du Reader's Digest, parmi plusieurs centaines d'excellents candidats qui, au travers d'un texte rédigé dans la langue de Molière, devaient souligner l'intérêt que revêt à leurs yeux l'acquisition d'une autre langue. Lauren Langille a pu mesurer cette importance vitale lors d'un voyage en avion qui a failli se terminer tragiquement. Quand on vit la langue, écrit-elle dans son essai ci-après, elle cesse d'être une barrière pour devenir une porte. «Je suis allée au-delà des barricades.

Comment l'anglais et le français sont devenus mes ailes!
A l'école, assis à nos pupitres, on apprend à écrire, à lire et à parler le français, mais comment apprendre à «vivre la langue»? On commence à remarquer son utilité et son importance au niveau municipal, provincial, national et global. En parlant français, on a la chance de se développer et d'enrichir son esprit, ce qui ouvre les portes sur plusieurs mondes!

Je n'aurais jamais imaginé combien la connaissance des deux langues pourrait aider à sauver des vies, surtout dans une situation épouvantable. J'ai fait mes premiers pas dans le monde francophone grâce au programme d'immersion française. Et cela, même avec des parents qui ne parlaient pas français! Pourtant, j'étais bientôt capable de connaître différentes personnes, d'apprendre différentes manières de vivre et d'apprécier deux cultures distinctes: celle du Canada et celle de la France.

J'ai eu la chance de voyager avec confiance, sans mes parents, puisque je connaissais cette deuxième langue. En 8e année, j'ai fait un échange au Québec pour deux semaines avec mon école. Je suis allée vivre avec une fille québécoise pour une semaine, puis elle est venue chez moi pour une autre semaine. Pendant ce temps-là, il me semblait que je vivais la vie canadienne, mais en français.

L'expérience était magnifique, mon français s'est amélioré, et ma correspondante et moi sommes devenues les meilleures amies du monde. La langue n'était pas une barrière, c'était une porte. Cette fois, je suis allée au-delà des barricades.

En outre, la vie m'a enseigné que le destin nous mène dans une direction prédéterminée. Au début de ma 9e année, je n'appréciais pas le français et les opportunités qu'il pouvait m'offrir. Alors, j'ai changé d'école, pour une exclusivement en anglais. Presque immédiatement, j'ai senti qu'il me manquait quelque chose. Je me suis rendu compte que cette lacune était due au fait que je ne «vivais» pas une vie bilingue. L'importance de cette langue m'a attirée de nouveau vers les classes d'immersion. Et, maintenant, je connais la raison de mon choix.

Pendant l'été, je suis allée en France pour un autre échange, mais pour deux mois cette fois. Cela m'a pris moins d'une semaine pour m'adapter à la culture de la France et presque tout comprendre quand les Français me parlaient. Je me suis fait beaucoup de nouveaux amis, je pouvais parler à n'importe qui, commander au restaurant, apprendre une nouvelle culture; tout cela en français. La famille avec laquelle je vivais ne parlait pas du tout anglais. Ma correspondante, Pauline, et moi sommes devenues presque des soeurs, et sa famille est devenue ma famille.

Ce n'était pas simplement le fait d'être capable de parler et de vivre en deux langues, c'était aussi le sentiment d'orgueil et de fierté qui m'a permis de réussir. J'étais capable de participer à une vie totalement différente de la mienne, j'étais à l'aise et je me suis adaptée rapidement à ce nouveau défi.

En retournant chez moi, à Toronto, Pauline et moi avons eu une expérience qui a changé ma vie. L'avion a dépassé la piste, puis s'est écrasé et a brûlé. Comme beaucoup de personnes à bord étaient francophones ou anglophones, je pouvais communiquer avec elles dans les deux langues. Cela m'a permis de rester calme et donné la possibilité et le courage d'aider les autres dans ce cas d'urgence. A l'aéroport, les journalistes et les médias nous ont bombardés de questions. Pauline n'était pas à l'aise en anglais, qu'elle ne parlait pas et ne comprenait pas très bien.

Quand les journalistes lui ont posé des questions, j'étais la personne qui les a traduites pour elle. J'ai essayé de la rassurer pendant le désastre. Mais, peut-être le plus important, j'ai été capable de communiquer avec sa famille et de transmettre une information précieuse: l'état de bien-être de leur fille. Le bilinguisme m'a donné l'opportunité de livrer le meilleur cadeau au monde: la capacité de consoler les passagers, ma nouvelle âme soeur et sa famille. Le bilinguisme ouvre la porte aux universités, aux emplois, à l'avenir. Une langue nous donne la chance de voyager, de côtoyer d'autres personnes dans leur vie quotidienne, de découvrir d'autres cultures. Comme touriste, on n'a qu'un bref aperçu d'une culture ou d'une vie différente de la nôtre. En tant qu'étudiante bilingue, j'ai l'avantage de vivre la langue!

Lauren Langille, Oshawa


Comme c'est amusant de parler plusieurs langues!
Un jour, alors que je remplissais mes fonctions de bibliothécaire, une vieille dame m'a demandé en mandarin: «Où sont les toilettes?» C'était une question très simple, mais moi, Martine Wai-Yee Lee, canadienne-chinoise, je ne pratiquais pas assez mon mandarin. Je voulais lui dire: «Notre bibliothèque est trop pauvre et trop minuscule pour offrir des toilettes au public, mais il y en a au centre d'achats, à coté du 241 Pizza». La dame me regardait d'un oeil bizarre pendant que je bégayais. J'avais un cheveu sur la langue, car je ne savais pas comment dire le mot « pizza » en mandarin. Ayoye!

J'ai vécu de drôles d'expériences dans des situations où la communication était mauvaise. Heureusement, la vieille dame de cette histoire a reconnu le mot «pizza» quand je l'ai dit en anglais. Sinon, peut-être aurait-elle dû faire pipi dans sa culotte? Ces dernières années, j'ai découvert qu'apprendre plusieurs langues est très utile. Même si on ne voyage pas, ça rend la vie quotidienne plus amusante et plus facile. Il est évident que quelqu'un qui parle plusieurs langues peut aider les autres, rencontrer de nouveaux amis, se sortir de situations embarrassantes et s'amuser avec des cultures étrangères.

Avant, je ne trouvais pas le français utile, jusqu'au jour où, pendant nos vacances de famille, nous sommes allés dans un très beau parc en Ontario. Il était situé près d'une petite ville anglophone. Tout à coup, une touriste française à trébuché et s'est fracturé la jambe. Prise de panique, j'ai couru au bureau d'accueil du parc pour y chercher de l'aide. Plus tard, une douzaine de pompiers sont venue à son secours et j'ai dû aider avec l'interprétation pendant qu'ils lui posaient maintes questions. La gérante du parc m'a remerciée. Après cet incident, je voyais combien le français était précieux.

La plupart des élèves à mon école (Agincourt Collegiate, surnommé «Asiancourt») sont d'origine orientale. Chaque année, beaucoup d'immigrants chinois s'y inscrivent. Moi, j'adore parler avec les nouveaux étudiants, leur montrer l'école et les aider avec l'anglais. Je ne pourrais pas faire ces choses si je ne savais pas parler leur langue. Grâce a mes leçons de chinois, que je détestais auparavant, je peux devenir amie avec de nouveaux immigrants. Mes amis chinois ne m'ont pas seulement enseigné plus de vocabulaire, ils m'ont aussi parlé de la Chine, un endroit que je ne peux visiter que dans mes rêves.

J'ai entendu une histoire très rigolote, racontée par un missionnaire chinois qui était allé au Costa Rica. Un jour, fier du vocabulaire espagnol qu'il avait appris, il a visité un restaurant. Voulant pratiquer la langue, le missionnaire a demandé une cuillère au garçon de table... mais il a mal prononcé, et a en fait demandé un cafard et une cuillère! Le garçon a répondu en souriant: «Un grand ou un petit?» A une autre occasion, le missionnaire a invité quelques amis à dîner chez lui. Il voulait encore une fois utiliser son mauvais espagnol pour dire: «Soyez bienvenue et mangez!»... Mais il a plutôt dit quelque chose de très impoli. Heureusement, ce missionnaire avait de bons amis qui lui ont pardonné cette erreur. Comme il est important de bien connaître plusieurs langues!

Enfin, c'est amusant de se familiariser avec d'autres cultures! Au lieu de n'écouter qu'une sorte de musique, je peux écouter de la musique chinoise, française et anglaise, puisque je peux comprendre ces trois langues (mais pas toutes à la fois, bien sûr). A l'avenir, je pourrai visiter la Chine, le Québec, la France et bien d'autres pays francophones sans avoir besoin d'un interprète. Il y a tant de possibilités! Je pourrai même travailler dans un pays étranger. Mais même si je n'ai jamais la chance de voyager, je saurai au moins comment dire à ma soeur qu'il y a du caca d'oie sur ses souliers, sans que les anglophones autour de nous comprennent.

On commence à m'apprécier à la bibliothèque où je travaille à temps partiel. Des fois, quand les autres employés ne comprennent pas ce que les clients chinois disent, ils m'appellent. « Martine, peux-tu m'aider?» «Martine, tu peux parler chinois, n'est-ce pas?» Un samedi, nous étions si occupés qu'on en devenait fou. Ma surveillante ne comprenait pas ce qu'un client chinois venait de lui dire, alors elle a dit: «J'AI BESOIN D'UNE MARTINE!» (Un autre employé, qui l'avait mal entendue, a pensé qu'elle avait besoin d'un martini, une boisson alcoolisée). Comme c'est fantastique de savoir parler chinois!

En conclusion, parler plusieurs langues est non seulement utile, c'est aussi amusant! On peut apprendre plus au sujet d'autres cultures, parler avec des amis immigrants, se tirer de situations gênantes et... aider ceux qui ont besoin d'aller aux toilettes. Notre monde a besoin de personnes polyglottes, de gens qui ne sont pas limités à une seule langue. Savoir plusieurs langues rend la vie plus belle, plus drôle, plus intéressante! La connaissance de deux autres langues m'enrichit. Si seulement la bibliothèque me payait plus pour mes services...

Martine Lee, Toronto


Les langues de chez nous
S'il y a un mot qui est resté timide bien longtemps et qui a maintenant décidé de se faire connaître, c'est bien celui-ci. Tous les membres de ma famille semblent sous son emprise. Ma tante, qui se plaît à me répéter année après année: «Mais t'es rendue donc bien grande », a maintenant ajouté: «Tu sais, c'est important d'apprendre l'... pour ton avenir » à son sermon habituel. Mes grands-parents, quant à eux, deviennent mélodramatiques en me marmonnant ceci: «Si j'avais pu, je l'aurais appris.» Et mes parents, les pires, m'ont exilée un mois au milieu de nulle part au nom de ce mot : l'ANGLAIS. Habitant une ville purement francophone, où les gens s'enorgueillissent de parler« en bon québécois», j'ai appris très jeune à mettre ma «toast» dans le «toaster» et qu'on se devait de «breaker» aux «stop». Mis à part ces quelques mots, mon vocabulaire anglais pouvait bien rougir. J'ai alors pris la décision, au péril de ma santé, de mettre tous les efforts possibles pour apprendre les rudiments de cette langue aux sonorités si différentes de la mienne. On peut comparer ce qui s'est passé dans ma tête à ce que doit ressentir un pilote lorsque son avion perd soudainement de l'altitude pour une raison inconnue. Plus son engin plonge, plus il met d'efforts à lui faire regagner le ciel. Dans mon cas, plus mes notes piquaient du nez, et plus forte devenait ma volonté d'apprendre la langue de Shakespeare ( ou de J. K. Rowling pour moderniser un peu l'expression). Au début de mon apprentissage, il y a d'abord eu une longue période d'apprivoisement avec cette langue. Je lui en voulais de ses « th » qui arrosent presque les fleurs autour et de ses verbes qui n'en font qu'à leur tête en se déguisant sous toutes les formes inimaginables. Celle-ci me le rendait bien en se rendant inaccessible. Mais, j'ai persévéré et nous avons maintenant développé une relation d'amitié! Et je peux dire que c'est maintenant que je réalise tous les avantages de notre symbiose. En effet, comment pourrais-je prétendre être Canadienne et ne pas connaître les deux langues officielles de mon pays? Celles-ci font partie intégrante de notre culture, de notre identité. De plus, comme je tiens à découvrir le Canada «A Mari usque ad Mare», j'ai tout avantage à bien connaître ma seconde langue, car malheureusement, à l'extérieur du Québec, le français ne prend pas toute la place qu'il mérite. Alors, je me devrai de mettre de côté ma langue maternelle le temps de m'extasier devant les marées de la baie de Fundy, de contempler le Soleil infatigable du Nunavut, et de rêver en voyant les lacs d'un turquoise quasi artificiel des Rocheuses. Ces voyages dont je rêve demandent toutefois beaucoup de ces huards bien convoités. Alors, bien que mon emploi à temps partiel sera celui d'exploratrice de notre belle sphère bleue, j'exercerai une profession pour combler mes temps libres! Et vu que le phénomène de la mondialisation de l'économie s'intensifie, pour le bonheur des uns et le malheur des autres, les relations professionnelles ne tiendront plus compte des frontières. Mais, alors, comment communiquer avec un Japonais, une Allemande ou un Égyptien? Pas question de communiquer par signes au téléphone ou par courriel. C'est alors qu'on s'aperçoit de la nécessité de connaître une autre langue que celle de sa patrie. Les communications peuvent se faire dans une langue connue des deux personnes, c'est-à-dire, bien souvent, l'anglais. Pour les francophones qui se plaisent à collectionner des portraits de la reine d'Angleterre, sachez que vous pouvez faire des économies si vous avez une bonne connaissance de la langue maternelle de votre idole! En effet, lorsque vous étudiez dans un établissement scolaire post-secondaire, les volumes à acheter sont bien moins dispendieux en anglais. Votre connaissance de la langue peut aussi vous permettre de fréquenter l'université de votre choix, qu'elle soit française ou anglaise, comme celle d'Ottawa! Étant francophone, j'ai insisté sur l'importance pour nous de connaître l'anglais, parce que cette langue est internationale et que, sans elle, nous ne pourrions nous ouvrir au monde . Les merveilles culturelles, géographiques, sociales, de cet endroit unique dans l'univers nous seraient fermées. Et, pour les anglophones sachez que le français , « C'est une langue belle avec des mots superbes. Qui porte son histoire à travers ses accents. Où l'on sent la musique et le parfum des herbes », comme l'a admirablement chanté Yves Duteil dans La langue de chez nous.

Maryse Gendron, Montmagny

Outre les trois lauréats, les 10 meilleurs textes ont été écrits par:
Sarah Forsyth - Ottawa, ON
Gatien de Broucker - Ottawa, ON
Ariane Brun del Re - Orléans, ON
Katie Fitzpatrick - St. John's, NL
Chris Harris - St. John's, NL
Sean Murphy - St. John's, NL
Laura Wilson Ewing - Ulverton, QC
Marie-Maude Côté - Brossard, QC
Julie Paquet - St-Côme-Linière, QC
John Adam Roberts - Toronto, ON

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