Vie publique: Nathalie Simard
Vivre à tue-tête
Elle tend la main aux victimes d’agressions sexuelles
PAR ANNICK DUCHATEL
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«Je ne m’en suis jamais douté à l’époque, confie Martin Simard, le frère de Nathalie, ex-musicien aujourd’hui ouvrier dans une usine, qui a beaucoup encouragé sa sœur dans sa démarche. Nathalie ne m’a appris la vérité qu’il y a deux ans. C’était le 23 décembre 2003, durant les Fêtes. Elle pleurait. Elle m’a dit: «Un jour, je te parlerai.» J’ai tout appris quelques jours plus tard. C’était comme si on m’avait frappé en plein visage. Je lui ai tout de suite dit que je la soutiendrais.»
Le silence qui tue Pourquoi s’êtretue pendant 25 ans? «Avec le recul, je me rends compte que j’avais essayé d’en parler, dit aujourd’hui la chanteuse de 36 ans. Mais sans résultat. Il faut dire que je vivais dans un contexte complètement tordu. Mon agresseur était celui qui s’occupait de ma carrière. Je grandissais avec sa propre famille.»
Une situation schizophrénique où elle s’est sentie comme une marionnette. «J’avais toujours peur de décevoir, j’étais prise dans le système. Je n’avais pas vraiment de personnalitéà moi. C’est déjà très dur pour uneenfant de devoir performer sur scène, de parler devant les caméras. Imaginez quand, en plus, on vous agresse sexuellement…»
D’un côté, il y avait un homme puissant et respecté, qui avait l’entière confiance de la famille Simard – on ne se méfie pas du père Noël. De l’autre, une petite fille manipulée, tenue au secret, l’arme favorite des agresseurs.
«Pour toute notre famille, la célébrité n’a pas été facile à vivre, raconte Martin Simard. A tout moment,on devait donner l’image du parfait bonheur.»
Lorsque Nathalie commence sa vie de femme, la presse à potins ne la lâche pas d’une semelle. «Elle a souffert de dépendance affective avec les hommes qui ont partagé sa vie», dit son frère.
La naissance de sa fille Eve, qui a aujourd’hui 11 ans, a donné à Nathalie Simard une raison de vivre.
«Ma fille est le centre de ma vie. C’est une enfant intelligente, sensible, dotée d’un fort caractère. J’ai voulu lui donner tout ce que je n’ai pas eu dans mon enfance, en particulier l’estime de soi. Très jeune, je l’ai mise en garde, je lui ai appris à se méfier des inconnus. Sans entrer dans les détails, je lui ai parlé de ce que j’avais vécu. On peut me trouver surprotectrice: je n’arrive même pas à l’envoyer dans un camp de vacances! Compte tenu de ce que j’ai subi, j’essaie seulement de la protéger…»
Le passé est souvent revenu la hanter. «Ma fille me voyait sangloter, etje devais lui dire que ce n’était pas sa faute, que sa maman avait besoin de pleurer.» Parfois, Nathalie est tellement terrorisée par la vie qu’elle s’enferme chez elle. «Je souffrais énormément d’insécurité. Même durant ces périodes où je me suis «encabanée», j’ai fait en sorte que la vie soit agréable chez nous. Je bricolais beaucoup, je préparais des fêtes.»
Briser le tabou Peu à peu, l’image de la petite fille repliée sur son secret s’efface devant l’adulte. «Non, je n’aurais pas aimé rester toute ma vie une enfant. J’aime vieillir. Vieillir éveille notre conscience. Pour moi qui n’avais jamais osé penser par moi-même, qui n’avais jamais osé dire non, c’est un beau cadeau.»
En 2001, elle commence une thérapie. «Cela m’a beaucoup aidée, mais j’ai été mise au pied du mur: si je voulais progresser, me libérer, il fallait que je parle. Je jouais ma peau: c’était devenu une question de vie ou de mort! J’étais morte de peur, mais, s’il avait fallu aller jusqu’au procès, je n’aurais pas reculé.»
Au printemps 2004, elle rencontre des policiers, convaincue qu’ils ne vont pas la croire. «Ils ont été formidables. Pour la première fois, on m’écoutait, on me disait que le coupable, c’était lui. La police, le procureur de la Couronne, tous m’ont énormément aidée.»
Il lui faut pourtant des nerfs solides pour affronter la suite: le piège tendu, chez elle, à l’agresseur et, surtout, l’incroyable raz-de-marée médiatique lorsque l’ordonnance de non-publication est levée, en mai 2005. «Ma fille et moi, on était prêtes à vivre ça. On en avait parlé ensemble. A l’école, ses professeurs étaient déjà au courant.»
Dans la tourmente, Nathalie Simard se découvre une force qu’elle ignore. «Eve me trouve tellement plus «cool» qu’avant! Au fond de moi, j’étais une battante, une personne qui aime la vie, qui espère toujours que la noirceur va s’éloigner. Je suis allée chercher tout ça en moi. Je suis quelqu’un d’intègre aussi. J’aurais pu basculer dans l’alcool, dans la drogue. Si j’ai su me préserver, c’est parce que je sentais que j’avais quelque chose d’important à donner.»
Réapprendre à vivre Aujourd’hui, grâce à la fondation qu’elle a créée, Nathalie a l’impression d’avoir pris en main sa destinée. En 2003, selon les statistiques, 5244 infractions d’ordre sexuel, dont plus de 4000 agressions, ont été signalées à la police, mais on estime qu’une victime sur 10 seulement porte plainte.
«Il faut que ça cesse, dit Nathalie. Je crois beaucoup à la communication: plus on en parlera, mieux ce sera, quitte à placarder les numéros des ressources dans les toilettes des écoles. Il faut briser la honte, les tabous.»
La fondation prépare une collecte de fonds, et Nathalie sera bien sûren première ligne, avec à ses côtés le champion olympique Bruny Surin, qui siège au conseil d’administration de l’organisme. «Nous lui avons demandé d’en faire partie parce que c’estun homme de famille», explique l’ex-enfant-vedette. L’ancien sprinter n’a pas hésité une seconde à s’impliquer.
«Quand j’entends parler d’atrocités, dit-il, je me mets toujours à la place des victimes. J’ai deux filles de 10 et 11 ans. Si on leur avait fait subir ça, je crois que je serais devenu fou...»
Il a rencontré pour la première fois Nathalie Simard sur la scène de Star Académie. «J’ai 35 ans, on a presquele même âge, raconte Bruny Surin. J’ai grandi avec ses chansons. Notre première rencontre a été très émouvante. Les mots n’arrivaient pas à sortir de ma bouche. Je sais que c’est une adulte, mais j’ai toujours devant les yeux l’image de la petite fille qui a besoin de protection.»
Cette enfant blessée, Nathalie le sait, est là pour rester. «J’aurai toujours des faiblesses à surmonter. Mon passé sera toujours là; je n’ai pas le pouvoir de le changer. Par contre, j’ai celui de continuer à me reconstruire, de me bâtir le meilleur avenir possible, en aidant les victimes d’agressions sexuelles à s’en sortir.»
L’impact médiatique a été tel que Nathalie Simard se fait chaque jour une discipline de décrocher, pour ne pas se laisser avaler par la vague. «Ma cause, c’est là où est mon cœur. Je viens de faire un tapis rouge et, bien sûr, c’était joyeux, mais ce n’est pas ça que je désire. Ce qui me touche, c’est de voir que j’aide les gens. Je reçois des témoignages de personnes qui me disent que les ravages des pédophiles, il ne faut plus tolérer ça.»
Elle a senti que le public la remerciait de faire bouger les choses.
«Les gens m’arrêtent dans la rue pour me dire: «Ne lâchez pas, on est derrière vous.» Chaque fois, je me dis que j’ai pris la bonne décision. Pourtant, je n’ai rien vécu de pire que les autres victimes. La seule différence, c’est que j’étais connue.»
Elle confie qu’après la dénonciation qui a éclaté comme une bombe, sa famille est convalescente.
«Ç’a été très dur pour tout le monde. Mais, sur ce plan-là aussi, je peux aider les victimes...»
La haine pour l’agresseur qui purge sa peine? Elle n’a pas d’énergie à dépenser pour cela. «Ça m’en prendrait trop, et je préfère la mettre ailleurs. Quant à ceux qui me jugent opportuniste, qu’ils pensent ça s’ils le veulent. Moi, je ne veux voir que le côté positif des choses.»
«J’aimerais être magicien pour effacer ces affreux souvenirs de sa tête, dit Bruny Surin. Elle va devoir vivre toute sa vie avec ça.» Martin Simard, lui, souhaite une seule chose à sa sœur: «Qu’elle soit aussi heureuse à l’avenir qu’elle a été malheureuse dans le passé.»
Pour soutenir la fondation, s’adresser à: Nathalie La Fondation, 1100, boul. René-Lévesque Ouest, bureau 2305, Montréal, H3B 4N4 (514) 868-6284.
Nathalie Simard Elle a dit à tout le monde qu’elle avait été agressée sexuellement. Elle lui a fallu tellement de courage pour dénoncer son abuseur, une figure très connue du show business, et pour parler de son malheur. Elle était ma chanteuse préférée lorsque j’étais petite et je l’admirais beaucoup. Je n’aurais jamais imaginé qu’un drame terrible se produisait dans sa vie. Je suis gravement désolée de ce qui a pu lui arriver et j’espère que le fait d’en parler lui a fait du bien. Nathalie Simard a dénoncé un pédophile, la personne qui gérait sa carrière. Dès l’âge de 10 ou 11 ans, Son gérant, Guy Cloutier a abusé d’elle. Un procès a eu lieu, et Guy Cloutier a été déclaré coupable et il purge actuellement une peine de prison. Après de nombreuses années d’abus, de violence et de viols de la part de son agresseur, Nathalie a eu le courage de le dénoncer publiquement. Par son geste, elle a aidé de nombreuses personnes à dénoncer ces crimes sexuels faits aux enfants. J’admire cette jeune femme pour avoir eu le courage de dévoiler publiquement qu’elle était la victime de Guy Cloutier. Par son courage, elle a aidé d’autres personnes qui ont vécu la même chose, comme moi, à dévoiler leur calvaire. Pour toutes les souffrances et les abus sexuels qu’elle a subis, Nathalie Simard m’inspire un grand respect Elle est sortie grandie de cette épreuve et a donné un grand message d’espoir à toutes les victimes de pédophiles, et pour cette raison elle a toute mon admiration. Elle a eu le courage de dénoncer son agresseur d’ouvrir la porte sur ce qu’elle a vécu et ainsi donner un exemple à d’autres qui sont victimes de pédophiles. Les gestes qu’elle a posés ne sont pas faciles, elle a eu beaucoup de courage de le faire. En plus je crois que la Fondation qu’elle veut créer va aider les victimes de ces êtres répugnants qui volent l’enfance et la jeunesse de leurs victimes. |
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