Il y a au moins huit bonnes raisons de signer votre carte de donneur et chacune delles vaut une vie
PAR MARIE CHARBONNIAUD
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Don dorganes: Suppléments |
En 2003, au Québec, le décès par mort cérébrale de 142 personnes a permis plus de 435 transplantations. Mais, au 31 décembre de la même année, 860 Québécois étaient encore sur les listes dattente. Et 46 mourraient avant davoir pu bénéficier dune greffe.
Pour comprendre les raisons de cette pénurie, nous avons interrogé le ministre de la Santé, Philippe Couillard, ainsi que différents spécialistes. Leur constat est unanime: il y a beaucoup à faire dans les hôpitaux, mais aussi auprès du public. Le consentement reste un des pivots du don dorganes. Tous les intervenants sentendent là-dessus: signer sa carte est un geste qui sauve. Cest pourquoi, pour la première fois, Sélection, en partenariat avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et Québec-Transplant, vous invite à signer lautocollant que vous trouverez dans notre numéro du mois de novembre (en vente dans tous les kioskes), à lapposer sur votre carte dassurance maladie et à en parler avec vos proches afin quils soient au courant de votre décision.
Lautre pivot du don, ce sont les infirmières-ressources. Dans un premier temps, nous vous proposons de suivre Lisa Goulet, une de ces professionnelles dont la tâche consiste à identifier les donneurs potentiels et à convaincre leurs familles de limportance vitale du don. Missions éminemment délicates.
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Témoignage Le lendemain matin, le Dr Creery accueille Diane et Kenny, son fils de 16 ans. Le cerveau de Sandrine est mort, explique-t-il. Elle ne reviendra jamais. Conscient de limmense chagrin de Diane, le médecin glisse dune voix hésitante: «Avez-vous envisagé » Diane ne lui laisse pas le temps de finir: « de donner les organes de Sandrine?» Deux mois plus tôt, lors du renouvellement de son permis de conduire, la jeune femme a reçu une brochure et une carte de donneur, mais elle ny a pas vraiment prêté attention. Comment pourrais-je enterrer un cur qui bat, des poumons qui respirent? pense-t-elle maintenant, alors que sa fille se meurt. Depuis cette tragédie, Diane Craig milite activement en faveur du don dorganes. Il faut bien sûr commencer par signer sa carte de donneur. «Mais cela ne suffit pas, ajoute-t-elle. Les donneurs potentiels doivent discuter de cette décision en famille.» Perdre un être cher est déjà une épreuve terrible, et devoir prendre à ce moment-là une décision aussi importante que celle de donner ou non ses organes ne peut que la rendre encore plus pénible. Parler en famille de sa décision de donner, cest donc décharger celle-ci et le personnel hospitalier dune responsabilité écrasante. (Cest pourquoi nous invitons nos lecteurs non seulement à signer la carte insérée dans notre magazine, mais aussi à expliquer ce choix à leur entourage.) Condensé dun article de Robert Kiener |
Une nuit dété à Montréal
3h00 du matin. Lisa Goulet est brutalement tirée du sommeil par la sonnerie de son téléavertisseur. A cette heure, ce ne peut être que les urgences. «Bonsoir Lisa. Cest un traumatisme crânien massif; on ne pense pas pouvoir sauver la patiente. La famille vient darriver. On tattend.»
Depuis six ans, Lisa est infirmière-ressource au Centre universitaire de santé McGill. Elle est appelée ainsi près de 50 fois par an. Autant dire que cest un scénario quelle connaît. Cette nuit-là, il sagit dune jeune fille de 16 ans, Sarah*, qui a été renversée par un chauffard. Elle-même mère de deux jeunes enfants, Lisa éprouve chaque fois le même élan de compassion. Les parents ne devraient jamais avoir à enterrer leur enfant, pense-t-elle.
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«Clarifier le consentement des citoyens» Atteint du «cur de buf» une insuffisance aortique qui fait grossir le cur , William Cusano savait, dès 1989, à 46 ans à peine, quil était sur la liste des «curs en attente». Et, quand, deux ans plus tard, ses médecins linscrivent sur la liste urgente, cet ancien professeur de mathématiques sait parfaitement que les probabilités sont contre lui: «Javais une chance sur deux de mourir avant la transplantation.» Lattente va durer six mois. Six mois terribles durant lesquels il continue à exercer ses fonctions de député, commence à écrire son autobiographie et tremble au moindre signal de son téléavertisseur. «Je savais que trouver un cur compatible relevait du miracle.» En novembre 1992, «il gagne le 6/49», comme il dit: une greffe lui sauve la vie. Aujourdhui âgé de 61 ans, William Cusano se fait chaque année lardent promoteur du don dorganes dans larène parlementaire. Son cheval de bataille: clarifier le consentement. «A lheure actuelle, les médecins nont pas la garantie dun consentement éclairé et sont dans lobligation de demander confirmation aux proches. Or ceux-ci ne devraient pas avoir à confirmer ou à contester ce choix.» Le député se prépare à déposer un projet de loi à lAssemblée nationale (cest peut-être déjà fait à lheure où paraissent ces lignes) afin que la volonté de lindividu soit respectée jusquà la fin, sans en référer à la famille. Lidée est simple. «Lorsquil fait sa demande de carte dassurance maladie, lassuré aura une section à remplir sur le don dorganes et de tissus. Il pourra choisir entre trois possibilités: je consens; je ne consens pas; je ne suis pas prêt à prendre cette décision. Sil consent, un sigle permanent sera poinçonné sur sa carte. Mais, en plus, il aura une étiquette à coller, laquelle sera rétractable. De manière à respecter le choix ultime de lindividu.» La différence avec le système actuel? Dabord, même sil nest pas obligatoire de remplir lencadré sur la feuille, les gens y seront fortement incités. Ensuite, «dès larrivée du patient à lhôpital, le sigle permanent permettra denregistrer automatiquement linformation dans son dossier. Pour ladministration, il restera juste à vérifier que létiquette est bien collée. Si elle ny est pas, cest quil a changé davis. Mais les deux conditions feront que le consentement est éclairé, et les choses iront beaucoup plus vite.» William Cusano, député de Viau |
3h20. Dans le couloir des urgences du Royal Victoria, cest la consternation. La famille est là au complet. La mère, en pleurs, encercle de ses bras son jeune fils recroquevillé sur le banc. Le père tourne frénétiquement sur lui-même. «Ça ne se peut pas, cest impossible», marmonne-t-il.
Lisa se renseigne discrètement auprès de léquipe médicale.
«Ont-ils vu leur fille? Que leur a-t-on dit?
Ils savent quil ny a plus rien à faire», explique-t-on à linfirmière.
La mission de Lisa, elle, commence précisément dans cette zone dombre où, contre toute apparence, la vie nest déjà plus là.
«Le temps que les examens se poursuivent, je vous propose dattendre dans le salon privé des urgences, leur dit Lisa après sêtre présentée. Vous y serez plus au calme. Avez-vous besoin de quoi que ce soit? Voulez-vous appeler des proches?»
La famille répond un «non» fébrile, et tous prennent place dans un petit salon sobrement meublé. Il sagit maintenant de clarifier linformation reçue.
«Que vous a-t-on dit?» La mère est sous le choc; elle nécoute pas. Le frère, toujours prostré, ne tourne même pas la tête. Le père prend sur lui et entame la discussion: pour Lisa, ce sera la personne-liaison.
Un quart dheure sécoule, le temps dun premier bilan. Lisa passe son bras autour des épaules de la mère pour la réconforter.
«Merci pour tout ce que vous faites, lâche timidement celle-ci. Pensez-vous que nous puissions voir Sarah maintenant?
Absolument. Je reviens vous chercher.»
En deux minutes, Lisa a nettoyé le visage de la jeune fille et dissimulé les blessures sous un grand drap vert. Quand la famille entre, elle se retire avec léquipe.
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« Promouvoir le don vivant » Le rein reste encore et toujours lorgane le plus demandé. En 2003, il faisait lobjet de 284 transplantations au Québec. Mais, à la fin de la même année, 638 Québécois étaient encore «en attente». La Fondation canadienne du rein a donc choisi dintervenir sur tous les «maillons faibles» du don dorganes. «Nous travaillons à la sensibilisation du public, à la formation du personnel de santé et, enfin, à la promotion du don vivant», résume Danièle Drolet. Car le don de rein, on loublie souvent, est le seul don possible entre personnes vivantes et apparentées. «Il faut que les patients sachent que cela existe. Le taux au Québec est le plus faible du Canada.» Le taux de donneurs vivants nest que de 7 par million dhabitants au Québec, alors quil est de 16 par million en Ontario. En 2004, la Colombie-Britannique a été la première à permettre le don entre personnes non apparentées. «On va donc observer ce qui se passe là-bas, étudier les résultats.» |
3h45. Après une brève concertation avec les médecins, la jeune fille est transférée aux soins intensifs. Lisa accompagne la famille dans une chambre privée plus confortable, dotée dun sofa-lit et dun téléphone. Puis elle reprend tranquillement ses explications.
«On va faire passer des tests à votre fille. Il faut sassurer que le diagnostic est irréversible.»
Lisa évoque ensuite, plus directement, la quasi-certitude dune mort cérébrale. Là, les questions fusent.
«Comment faites-vous pour déterminer ça? Comment est-ce possible puisquelle respire encore?»
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Témoignage Le don dorganes, on en avait bien sûr entendu parler. Moi, ma carte était signée. Mais Jeannine, ma conjointe, nétait pas très favorable. Ce qui la faisait hésiter, cétait limage du prélèvement. Nous en avons beaucoup discuté. Et elle ma dit: «Si vraiment quelquun peut vivre grâce à Mathieu, cest ça que je veux.» Ensuite, on a rencontré le représentant de Québec-Transplant. Il a été très gentil, nous a expliqué quil allait rester auprès de Mathieu jusquà la fin des opérations. Et que, sil ny avait pas de receveur pour un organe, on ne le lui prélèverait pas. Il nous a expliqué en détail comment ça allait se passer. Nous avons pensé à ces parents dont lenfant est condamné. Et si cétait notre Mathieu? Dans un moment pareil, il suffit dinverser les rôles. Linfirmière est intervenue pour quon nous laisse seuls avec notre garçon. Ils ont poussé les fils auxquels il était branché, puis ma femme sest allongée à ses côtés. On a fait nos adieux. Lors des dernières fêtes de Noël, on a reçu par lintermédiaire de Québec-Transplant la lettre écrite en anglais des parents dune petite fille. Elle a lâge quaurait Mathieu aujourdhui. Ils nous disaient quelle était en parfaite santé, quelle faisait même de la bicyclette. Tout ça grâce au coeur et au poumon de Mathieu. Ça été quelque chose de grand. Aujourdhui, on sait que cest le plus beau geste de notre vie. On est extrêmement fiers. Car on a mis cet enfant-là au monde, puis on a permis à dautres de continuer à vivre.» Michel Dupont |
Linfirmière sait que la mort cérébrale sera dautant plus difficile à comprendre quelle nest pas naturelle. Cest une mort «sous haute technologie». Le patient est branché sur une batterie dappareils destinés à le maintenir en vie. Même si son cerveau est irrémédiablement détruit, son cur bat, sa peau est chaude, et il respire encore. Aux yeux de la famille, rien ne différencie cet instant de celui où lon peut encore le sauver.
Sarah va subir deux examens, dont les résultats seront confirmés par deux médecins, poursuit Lisa. «Dabord une évaluation neurologique complète. Puis un test dapnée, pour déterminer si votre fille est capable de respirer sans assistance. Lexamen dure 10 minutes. Si tous les réflexes sont absents, tant au niveau de la respiration, des pupilles, de la réaction à la douleur que des nerfs crâniens, il sagit dune mort cérébrale. Cela même si le cur continue de battre.» Saisissant une scanographie du cerveau de la jeune fille, Lisa le compare à un cliché normal.
«Un cerveau qui a reçu un choc violent enfle, et le sang se propage, comme dans toute hémorragie. Mais, à lintérieur de la boîte crânienne, contrairement aux autres endroits du corps, il ny a pas despace pour lhémorragie. Donc, les vaisseaux se compriment, et le cerveau, privé doxygène, meurt.»
Les parents, désemparés mais attentifs, acquiescent. Lidée de la mort fait son chemin dans leur esprit.
«Sil ny a vraiment plus rien à faire, autant la débrancher», lâche le père.
Cest le moment de les interroger sur ce que la jeune fille aurait voulu. «Avait-elle déjà discuté du don dorganes avec vous? Si elle en avait parlé, et si vous y consentez, nous la garderons ainsi un moment, puis nous en discuterons. Sinon, nous arrêtons le respirateur, et son cur cessera de battre dici 10 à 15 minutes. Mais, alors, nous ne pourrons plus récupérer ses organes.»
La jeune fille en avait effectivement parlé à loccasion dun anniversaire. Elle avait même signé sa carte.
«Ça pourrait donner un sens à un non-sens», glisse la mère, hésitante.
Habituellement, on ne demande jamais de réponse immédiate; un temps de réflexion est souvent proposé. Mais il est toujours ponctué de nombreuses questions. La personne ne sera-t-elle pas trop «charcutée» pour être exposée? Peut-on décider des organes à prélever? Peut-on rester auprès delle pendant tout ce temps? «Toutes vos volontés seront respectées, précise Lisa. Les prélèvements se font dans le plus grand respect de la personne, comme si elle était encore vivante. Le corps est soigneusement recousu, et rien ne paraît. Dautre part, le coordonnateur de Québec-Transplant, lorganisme chargé du processus, sera présent pendant toutes les interventions.»
Ce matin-là, à laube, la décision de donner aboutit rapidement. Une fois que la famille a rempli le questionnaire sur les antécédents médico-sociaux de Sarah, Québec-Transplant procède à lattribution des organes selon les critères rigoureux des listes dattente. Cur, poumons, foie, reins, pancréas et intestins seront donnés. Ainsi que certains tissus: la cornée ainsi quune très mince couche de peau, prélevée dans le dos et sur les bras, et destinée aux grands brûlés.
16h00. Tous les examens sont terminés. Le moment des adieux est venu. Ecrasée de peine et de fatigue, la famille se réunit autour du lit en présence dun prêtre. Lisa a été priée de rester. Pour linfirmière, cest un instant démotion intense. Dans deux semaines, elle les appellera pour savoir comment ils vont. Elle leur proposera un soutien psychologique, quils accepteront sans doute.
17h00. Dans une salle bourdonnante se croisent maintenant une vingtaine de personnes. Les quatre chirurgiens des receveurs sont arrivés: lun pour le cur, lautre pour les poumons, un troisième pour le foie, le pancréas et les intestins, et le dernier pour les reins.
Organes et tissus sont soigneusement préservés et identifiés. Le cur et les poumons doivent être transplantés dans un délai de 4 heures; le foie et le pancréas dici 8 heures; les reins, conservés dans de bonnes conditions, peuvent attendre 24 heures.
Un seul donneur peut sauver la vie de huit personnes et fournir des tissus à 40 autres.
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Don dorganes: Suppléments |
A la mort dun proche, accepteriez-vous ou refuseriez-vous de donner ses organes? Pourquoi?
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