ENTREVUE avec Etienne Gaudet, psychoéducateur et intervenant en toxicomanie, auteur de Drogues et adolescence : réponses aux questions des parents, Editions de lhôpital Sainte-Justine, 2002
Sélection: Bien quils aient souvent consommé des drogues douces étant jeunes, les parents ont beaucoup de difficulté à conseiller leurs ados sur le sujet. Pourquoi?
Etienne Gaudet: Les parents, qui représentaient autrefois une véritable figures dautorité, préfèrent aujourdhui être les amis, les confidents de leurs adolescents. Ils ont peur, en abordant ces questions, de paraître trop stricts, trop vieux jeu. Ils sinquiètent aussi de couper le contact avec lenfant sils osent parler de ces sujets, ou encore que leurs adolescents les aiment moins.
Or, si on instaure une relation dégal à égal avec son enfant, il est difficile, par la suite, dintervenir avec fermeté, lorsquon constate que celui-ci consomme de la drogue, par exemple. Donc, à mon avis, bien que les structures sociales aient changé, il est primordial de mettre le sujet de la drogue sur le tapis pour savoir à quoi sen tenir et pour réagir efficacement en cas de besoin.
Sélection: Le phénomène de la consommation de drogue est-il répandu chez les adolescents québécois?
Etienne Gaudet: Selon le Comité permanent de lutte à la toxicomanie, 42 pour 100 des adolescents de 12 à 17 ans ont consommé au moins une fois de la drogue au cours de lannée précédant la publication de son étude, à lautomne 2002. Mais pour 8 ados sur 10, cette consommation nest pas problématique. Environ 15 pour 100 sont ce quon appelle des « feux jaunes », cest-à-dire quils sont vulnérables, et 6 pour 100 des jeunes (un peu plus de garçons que de filles) ont des problèmes réels de consommation.
Sélection: Quand peut-on considérer que la consommation de drogue dun jeune devient problématique?
Etienne Gaudet: Un adolescent éprouve des problèmes de consommation quand la drogue a des impacts négatifs sur plusieurs aspects de sa vie. Lorsquil voit ses résultats scolaires plonger, quil a des problèmes avec la justice, que ses relations avec les membres de sa famille en souffrent et que son milieu social est organisé autour de la consommation, on peut dire quil a un problème de toxicomanie.
Sélection: Sagit-il dun phénomène inquiétant?
Etienne Gaudet: Selon moi, oui, car il est en hausse constante. Il y a 15 ans, il sagissait dun phénomène moins visible, moins socialement accepté. On se cachait pour fumer un joint. Actuellement, on assiste à une banalisation de la consommation. Le message véhiculé, notamment par le projet fédéral de décriminalisation de la marijuana, cest que ce nest pas grave de consommer de la drogue, que ça ne pose pas de problème. Or, une telle attitude encourage lusage chez les jeunes, particulièrement chez les « feux jaunes ».
Lévolution des substances est aussi très inquiétante. Les joints que les parents dados ont fumé dans les années 1970 nont pas de commune mesure avec ceux quon trouve sur le marché aujourdhui : la concentration de ceux-ci en THC (lingrédient actif du cannabis) est de 25 à 30 pour 100 plus élevée.
Cela dit, il ne faut pas pour autant verser dans la dramatisation à outrance. La très grande majorité des adolescents qui fument un joint à loccasion deviendront des adultes fort équilibrés. Tout est donc question de mesure. Il ne sagit pas de prendre la consommation à la légère, mais rien ne sert non plus de priver de sortie les ados jusquà leur majorité!
Sélection: Quels sont les signes qui peuvent indiquer quun jeune consomme de la drogue?
Etienne Gaudet: Un changement damis, une chute des résultats scolaires, une grande fatigue, des modifications soudaines de lhumeur : voilà autant de signes qui peuvent laisser croire quun ado éprouve des problèmes de drogue. Par contre, comme il peut également sagir de réactions typiques de ladolescence, il ne faut pas salarmer outre mesure. Le dialogue reste le meilleur moyen den savoir davantage.
Sélection: Comment conseillez-vous aux parents daborder ce sujet avec leurs adolescents?
Etienne Gaudet: Il faut dabord prêcher par lexemple, être au clair quant à sa propre consommation. Il est aussi primordial détablir une frontière entre les comportements quon accepte et ceux qui ne passent pas. En ce sens, il faut identifier son seuil de tolérance et ne pas avoir peur de verbaliser ses attentes.
Aimer son enfant, sy intéresser, être présent sans être trop envahissant, démontrer du respect et de louverture: voilà autant dattitudes gagnantes qui ne peuvent que favoriser la communication. Enfin, je suggère toujours aux parents qui ont des doutes sur la consommation de leurs jeunes de leur poser des questions directes. Osez vérifiez vos craintes: la transparence est la meilleure attitude à adopter pour être rassuré ou, à tout le moins, pour savoir à quoi sen tenir.
Propos recueillis par Isabelle Pauzé
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