Maigrir à tout prix?
Méfiez-vous de ces «régimes miracles» qui ne font fondre que votre portefeuille

par Catherine Dubé


Sylvie Poissant, 42 ans, a tout essayé pour perdre du poids: elle a lu des livres sur la dissociation alimentaire, avalé des diu-rétiques, des produits naturels, des aliments en sachet, s’est inscrite à des programmes de pesée quotidienne, etc. « En 15 ans, j’ai dépensé 5000 $ en produits et programmes de toutes sortes », dit aujourd’hui cette infirmière de Beauharnois. Et pour quels résultats?

Selon l’Enquête sociale et de santé 1998 de l’Institut de la statistique du Québec, 53 pour 100 des femmes voudraient maigrir. Et ce, même si près du quart des Québécoises seulement présentent un surplus de poids. Cela explique sans doute la popularité persistante des régimes, même lorsqu’ils reposent sur des bases pseudo-scientifiques.

Certains fonctionnent, mais rarement pour les raisons invoquées par leurs créateurs! La méthode Montignac, par exemple, qui a fait fureur dans les années 90, évacue complètement la notion de calories et se base plutôt sur la dissociation des glucides et des lipides. Pourquoi la méthode donne-t-elle des résultats?

«Nous avons mesuré les effets d’un régime pauvre en sucres raffinés et un peu plus riche en protéines, lesquelles amènent plus vite une sensation de satiété. Résultat : les gens ingèrent 25 pour 100 moins de calories quotidiennement », explique Jean-Pierre Després, professeur au département des sciences des aliments et de nutrition de l’Université Laval.

«On peut adopter certaines propositions sensées, comme celle de délaisser les sucres raffinés, admet Jean-Pierre Després. Mais il est plus sain d’éviter de suivre un gourou.»

Et ne pas oublier que, dans ce domaine plus que tout autre, les miracles n’existent pas.


Une question de bon sang!
Depuis son arrivée en librairie au Québec en septembre 1999, 4 groupes sanguins, 4 régimes (traduction française du best-seller Eat Right 4 Your Type) s’est vendu à 50 000 exemplaires. Cuisinez selon votre groupe sanguin, arrivé sur les tablettes en septembre 2001, a trouvé 8000 preneurs en quelques mois. L’auteur de ces livres, Peter D’Adamo, présente sa théorie comme une façon révolutionnaire de concevoir la nutrition. Le régime alimentaire de chacun devrait être fonction de son groupe sanguin (A, B, AB ou O). C’est essentiel non seulement pour perdre du poids, mais aussi pour accroître son niveau d’énergie et pour combattre des allergies et des maladies graves, tel le cancer. Ainsi, les gens du groupe O devraient manger beaucoup de viande, mais pas trop de céréales. Par contre, ceux du groupe A feraient bien d’adopter un régime végétal. Les gens des groupes AB et B devraient pour leur part éviter le poulet, les pois chiches et les avocats.

La théorie de D’Adamo s’appuie sur la présence dans la nourriture de lectines, des protéines qui réagiraient différemment selon le groupe sanguin. «Foutaise, commente le Dr Dominique Garrel, endocrinologue et directeur du département de nutrition à l’Université de Montréal. On ne peut pas bâtir de théorie à partir des groupes sanguins.»

Le «docteur» Peter D’Adamo se dit naturopathe… et n’a aucune formation en médecine ou en biologie. En plus de ses livres, il vend en ligne une multitude de suppléments alimentaires destinés à améliorer la santé. Cela devrait suffire à éveiller les soupçons.

Année après année, de nouveaux régimes à succès font leur apparition. «Ils suivent toujours le même modèle, dit le Dr Garrel. Un individu lance un ouvrage dans lequel il dit: «La médecine n’a rien pu faire pour votre problème de poids, mais moi, j’ai la solution.» Il présente alors des cas anecdotiques de personnes pour qui sa méthode a fonctionné. Et cela se termine avec des menus et recettes hypocaloriques.»


Pilules, gélules… et poudre aux yeux
«Perdez 30 livres en 30 jours… » Les journaux à potins regorgent de publicités de ce type. Les produits permettant ces supposés miracles se vendent sous forme de capsules, d’ampoules ou de poudre, en pharmacie ou par commande postale ou électronique. Les prétentions de ces produits miracles devraient nous mettre la puce à l’oreille. « Perdre plus d’un kilo par semaine favorise la perte de tissu musculaire plutôt que de tissus adipeux », note Diane Côté, nutritionniste. « Un demi-kilo par semaine représente une perte de poids plus raisonnable », ajoute Jean-Pierre Després. Cela équivaut à créer un déficit de 500 calories par jour, en mangeant moins et en bougeant plus.

Capsules et ampoules contiennent la plupart du temps un cocktail de plantes, de vitamines et de composés chimiques dont l’efficacité est très variable. Certaines de ces substances ont un effet réel, mais tellement ténu qu’il ne faut pas trop s’y fier. La caféine et la théine ont la propriété d’augmenter le métabolisme, mais 200 mg de caféine (l’équivalent de deux tasses de café) ne brûlent qu’une vingtaine de calories.

«Une augmentation de la dose se solde par des palpitations, de l’insomnie, des brûlures d’estomac, etc.», note Jean-Pierre Després.

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D’autres substances n’ont pas prouvé leur efficacité. Le chitosane, extrait de la carapace des crustacés, empêcherait, en laboratoire, le stockage des graisses, mais aucune étude n’a prouvé son efficacité sur l’être humain. Même chose pour l’acide hydroxycitrique, extrait de Garcinia cambogia, un des ingrédients principaux de Phyto Ligne d’Adrien Gagnon, de Nature-Slim du Dr Martin et de Slim Down de Jamieson.

Les algues, l’acide citrique des agrumes, le vinaigre et les enzymes qui auraient la propriété de dissoudre les graisses ne sont d’aucune utilité.

«Un brûle-graisse ou un capteur de graisse, ça n’existe pas», tranche le Dr Garrel.

Mais il y a pire: certains composés chimiques sont carrément dangereux. En janvier 2002, Santé Canada a demandé que soient retirés du marché les coupe-faim contenant de l’Ephédra (un nom désignant plusieurs espèces d’arbustes) ou de l’éphédrine (un alcaloïde tiré de ces plantes ou fabriqué en laboratoire). On suspecte ces substances d’être associées à des accidents vasculaires cérébraux, des infarctus du myocarde et des crises d’épilepsie. L’éphédrine peut aussi entraîner des irrégularités du rythme cardiaque, des psychoses, et même causer la mort.

Internet permet encore de commander des Etats-Unis des produits, comme Thermo-Lift ou Diet Fuel, qui contiennent de cette substance.

La très grande majorité de ces produits amaigrissants ne possèdent pas d’identification numérique de drogue (DIN), le numéro qui atteste que Santé Canada a approuvé le produit. Cela signifie que ni leur efficacité ni leur composition n’ont été vérifiées avant leur mise en marché.

Au Canada, seuls deux médicaments, l’orlistat (Xenical) et la sibutramine (Meridia), sont reconnus pour le traitement de l’obésité, et ils ne sont vendus que sous ordonnance.


Faites du muscle sans vous faire suer

A la télévision, les publicités vantent depuis des années les mérites des électrostimulateurs, des appareils permettant une gymnastique sans effort. Des électrodes posées sur la peau provoquent la contraction des muscles. Ces appareils coûtent cher: la Boutique TVA vend la Ceinture électrotonique 147,95 $ plus taxes.

En médecine sportive, on utilise parfois la stimulation électrique pour conserver le tonus musculaire d’un athlète immobilisé à cause d’une blessure. Les succès sont mitigés, même avec des appareils perfectionnés, explique Pierre Lagassé, professeur de kinésiologie à l’Université Laval. «On arrive à peine à conserver le tonus, et parfois le muscle s’atrophie.»

«Il est impossible d’augmenter la masse musculaire de cette façon ! s’exclame Odette Côté, membre de la Fédération des kinésiologues du Québec. Pour faire du muscle, il faut que celui-ci soit en mouvement et soumis à une résistance – soulever des poids, supporter sa propre masse en marchant…» Quant à la dépense énergétique, essentielle à la fonte des kilos excédentaires, elle est nulle avec les appareils vendus à la télévision. En 1998, le Laboratoire des sciences de l’activité physique de l’Université Laval a évalué trois modèles d’électrostimulateurs pour la revue Protégez-vous. Un appareil professionnel servait de référence. Avec cet appareil, la fréquence cardiaque du sujet a augmenté, tout comme l’oxygène consommé pour que les muscles se contractent. Les appareils destinés au public n’ont provoqué aucune réaction de ce type!

«Se brancher à des électrodes ne constitue vraiment pas une façon de retrouver la santé. Etre sédentaire est aussi néfaste que fumer un paquet de cigarettes par jour», dit Odette Côté. En stationnant sa voiture à
une certaine distance de son lieu de travail ou en se déplaçant à vélo, on peut dépenser des dizaines de calories sans se rendre au gymnase, fait remarquer Jean-Pierre Després.


Eternelles victimes

Sylvie Poissant, elle, s’est mise à la marche, a appris à cuisiner des plats à la fois savoureux et peu caloriques, et trouve aujourd’hui beaucoup de motivation dans un groupe de soutien.

«En deux ans, j’ai perdu 98 kilos, dit-elle. Comme j’ai vraiment changé mes habitudes, je suis certaine de ne pas reprendre le poids perdu.»

Elle n’est pas seule à avoir englouti temps et argent dans la poursuite de la minceur.

«La grande majorité de nos clientes ont tenté une ou plusieurs méthodes miracles avant de nous consulter», dit Diane Côté, présidente du Collectif action alternative en obésité, un organisme à but non lucratif regroupant des professionnels et des citoyens qui dénoncent l’obsession de la minceur et privilégient une approche globale pour perdre du poids.

Pourquoi ces pilules, gadgets et autres régimes à la mode, tous inefficaces à long terme, continuent-ils à faire des adeptes?

«A cause de la démission des médecins, qui n’accordent pas suffisamment de temps à leurs patients obèses, conclut le Dr Dominique Garrel. Ces personnes ont besoin de soutien psychologique et d’une équipe multidisciplinaire. Les charlatans mettent l’accent sur l’image corporelle, non sur la santé. Les gens sont tellement désespérés qu’ils sont prêts à faire n’importe quoi, même s’ils savent que cela ne servira à rien.»

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ILLUSTRATION: © PAULE THIBAULT

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